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H1N1: un climat éthique inquiétant

Daniel Weinstock, Directeur du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal  4 novembre 2009  Santé
Les gestes et messages émanant des autorités de la santé concernant la campagne de vaccination contre la grippe H1N1 ont de quoi semer la confusion et soulever des questionnements légitimes dans la population.

On nous dit d'une part qu'il est essentiel de se faire vacciner, car cette grippe peut être mortelle. Mais pour les individus qui ne correspondent pas à une catégorie de risque identifiée, il faudra attendre la semaine du 7 décembre à Montréal. Or, selon certains spécialistes, il se pourrait que l'utilité de recevoir la vaccination à la deuxième semaine de décembre, sachant que l'immunité met du temps à se développer après l'administration du vaccin, soit limitée, le virus étant déjà sur notre territoire au moment où j'écris ces lignes.

Jeunes à risques?

On nous dit par ailleurs que ce qu'il y a de particulier à propos de ce virus, c'est que contrairement à la grippe saisonnière, il attaque des personnes jeunes et en santé plutôt que les personnes habituellement à risque. Or, ce sont justement ces jeunes personnes en santé qui devront attendre le plus longtemps avant de recevoir le vaccin.

Mais les jeunes personnes sont-elles vraiment le plus à risque? C'est ce que rapportait avec véhémence le docteur Gaétan Barrette lors de son intervention à l'émission de Christiane Charrette la semaine dernière. Or, le document officiel du gouvernement du Québec identifie les catégories de personnes à risque comme étant les catégories «habituelles», soit les très jeunes enfants, les personnes très âgées, immunosupprimées, atteintes de maladies chroniques, etc.

Bref, il y a une certaine confusion. Et cette confusion, il faut le reconnaître, ne vient pas, comme certains officiels de notre système de santé voudraient le faire croire, de l'«extérieur» du système de santé, de cow-boys de l'opinion qui se servent d'Internet et des autres possibilités médiatiques qui leur sont offertes pour dire n'importe quoi. Elle provient de l'intérieur, de ces messages et gestes en apparence contradictoires émanant de l'intérieur du système lui-même.

Climat éthique

Il ne s'agit pas ici de condamner les officiels de notre système de santé pour cette confusion. Ils sont en situation de crise appréhendée et font du mieux qu'ils peuvent avec des ressources limitées, des pressions de temps, et des données dont il semble encore possible de tirer des conclusions contradictoires quant aux groupes le plus à risque. Je respecte et admire le dévouement et la ténacité avec lesquels ils tentent de protéger la population.

Je m'inquiète cependant du climat éthique et intellectuel que de nombreux porte-parole du système de santé québécois installent au sein de cette même population. Il est clair que devant les nombreux messages contradictoires qu'il reçoit, le citoyen ordinaire se doit d'être vigilant et critique pour pouvoir s'y retrouver. Et de manière générale, cela a toujours été un truisme de la santé publique de penser que nous ne sommes jamais mieux armés contre des problèmes de santé sociétaux que par une population informée et lucide.

C'est par ailleurs une règle d'or de l'éthique biomédicale de penser qu'il en va de la responsabilité du corps médical d'aider la population à s'informer, même lorsque l'information qu'elle reçoit est incertaine, fragmentaire et ambivalente. L'éthique médicale exige que l'on traite les gens comme des adultes plutôt que comme des enfants. C'est la raison pour laquelle on exige des médecins qu'ils exposent le pour et le contre de différentes options thérapeutiques, plutôt que de tenter d'imposer leur point de vue par la peur ou l'intimidation.

Des énormités

Les stratégies argumentatives de certains porte-parole du système de santé québécois ne respectent à l'évidence pas toujours cette exigence dans la présente campagne de vaccination. Ceux qui remettent en question l'utilité d'une campagne de vaccination en utilisant des arguments qui à première vue méritent d'être discutés se font dire qu'ils seront responsables de morts si leurs propos devaient venir à convaincre quiconque de ne pas se faire vacciner. Il s'agit là d'une énormité qu'il convient de signaler.

On démonise ceux qui posent des questions. On préfère les assimiler faussement aux charlatans qui opposent tout vaccin en toute circonstance plutôt que de répondre calmement, dans le respect mutuel, et au profit de la population québécoise dans son ensemble, à leurs arguments concernant cette campagne de vaccination. Et surtout, on fait comprendre à ceux qui voudraient poser des questions, qui voudraient y voir clair, comme il est du droit de tous de le faire dans une démocratie, qu'ils ont intérêt à garder le silence. Plutôt se taire et emboîter le pas que se faire dire qu'on sera responsable de morts.

Climat de peur

Que l'on me comprenne bien: je ne cherche pas à avaliser les propos de ceux qui doutent de la pertinence de faire vacciner la population. Je suis père de trois enfants, et je me soucie comme tout père de leur santé. Si nous n'avons pas été infectés lorsqu'arrivera notre tour en décembre, nous finirons probablement par faire la queue et retrousser nos manches.

Il est cependant essentiel que personne dans notre société ne cède devant la tentation de taire le débat public en installant un climat de peur. Nous avons à long terme plus à perdre de cette peur que de la grippe qui s'installe actuellement au sein de la population.
 
 
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  • Guillaume Girard
    Inscrit
    samedi 21 novembre 2009 04h06
    Le climat de peur est beaucoup plus installé par les tenants de l'anti-vaccination.
    Le climat de peur est beaucoup plus installé par les tenants de l'anti-vaccination.
    La médecine officielle ne fait que remettre les pendules à l'heure de ces imbéciles heureux!

  • L. C. Fernández
    Inscrit
    vendredi 4 décembre 2009 09h29
    Grippe A (H1N1) : campagne « à la québécoise » ?
    Dans Le Devoir du 4 novembre 2009, Daniel Weinstock, directeur du Centre de recherche en éthique de l'Université de Montréal, disait son inquiétude quant au climat intellectuel dans lequel se déroule, au Québec, la campagne de vaccination contre la grippe H1N1. Il y a certes de quoi être inquiet. Le corps médical québécois est-il aussi massivement favorable à ladite vaccination qu’il en a l’air, ou s’agit-il seulement de faire croire cela à l’opinion publique — et dans quel but ? Est-il, en l’occurrence, la simple courroie de transmission des directives de l’OMS ? Cette dernière fait elle à son tour autre chose que véhiculer la propagande de Big Pharma ? Quoi qu’il en soit, il faut savoir que dans certains pays européens les médecins sont très divisés : 50 % des blouses blanches espagnoles et françaises refuse de se faire vacciner. Ma traduction ci-dessous du plus clair d’un article paru récemment dans le quotidien madrilène El Mundo
    (http://www.elmundo.es/elmundosalud/2009/11/18/medi et diffusé par la Coalition contre la privatisation du système espagnol de santé (http://www.casmadrid.org/) permettra sans doute de voir combien loin nous sommes au Québec du nécessaire débat public sur ladite vaccination.
    ******
    « Les médecins blâment le Ministère de la santé pour sa gestion de l’épidémie de grippe A »
    MADRID, 18/11/2099 — Des représentants de toutes les spécialités médicales ont blâmé le Ministère de la santé pour ses mesures antigrippales « exagérées », dont la profusion de vaccins, d’abord contre la grippe saisonnière, puis contre le nouveau virus A/H1N1.
    Le blâme s’est fait entendre au Forum sur l’éthique des mesures de protection de la population contre la grippe A, une initiative de l’Organisation médicale collégiale (OMC). Certains participants ont reproché à la ministre Trinidad Jiménez les gestes suivants :
    • La décision d’immuniser la population avec le vaccin utilisé traditionnellement contre la grippe saisonnière qui, par rapport au nouveau virus, n’a été diagnostiquée que dans 4 % des cas ;
    • L’absurdité consistant à acheter 37 millions de doses afin de vacciner 60 % de la population, alors que seuls 10 millions de doses seront utilisés finalement (pour inoculer les groupes à risque) ;
    • La vente libre d’antiviraux.
    Ces facultaires ont fait valoir que « dans la situation actuelle », les faits établis sont que la grippe saisonnière a été « pratiquement inexistante » el que la nouvelle pandémie se manifeste de façon bénigne, voire asymptomatique dans 95 % des cas (plus de 500 000) diagnostiqués en Espagne.
    Un porte-parole de l’OMC a signalé à elmundo.es que ces critiques n’expriment pas le point de vue officiel de l’organisation. L’OMC précise toutefois qu’elle respecte toutes les opinions des professionnels de la santé (y compris ceux qui refusent de se faire vacciner), car elle ne veut pas de « pensée unique ». Le Ministère « a bien agi, mais il faut poursuivre la réflexion ».
    Un vaccin superflu
    Mónica Lalanda, urgentologue, s’interroge sur les garanties de sécurité d’un vaccin sur lequel seuls deux essais cliniques de s 310 en cours ont été menés à terme.
    Juan Gervás, clinicien et professeur de médecine familiale à l’École nationale de santé publique de l’Université autonome, affirme que les autorités sanitaires espagnoles et européennes on transgressé « le principe fondamental de l’étique ». Le premier droit qui a été bafoué selon lui, c’est l’autonomie du patient, puisqu’on n’a pas suffisamment informé le public sur la vaccination, que l’on a plutôt « vendue » en lui attribuant « une sécurité et des avantages excessifs ». « Ce vaccin n’est pas sûr ou risqué, mais totalement superflu », comme on a pu le constater en Australie, qui a traversé la grippe A « avec moins de décès que pendant quelque période de grippe saisonnière que ce soit et sans le moindre vaccin ». Ceux qui attrapent la grippe ont par ailleurs l’avantage d’être immunisés « spontanément » contre le virus pour les 50 ans à venir. Il n’y a pas, ajoute-il, d’essai clinique garantissant l’efficacité du vaccin.
    Dilapidation de ressources
    Pour ce qui est des antiviraux, Gervás rappelle qu’ayant été jugés inutiles, ils ne furent pas couverts par la Sécurité sociale. Il est donc surpris de constater qu’ils le sont maintenant, et qu’ils sont en outre distribués sans prescription.
    Gervás trouve répréhensible que les autorités sanitaires se soient préparées au pire, comme si la grippe était « une attaque nucléaire ». Une imprudence passible à ses yeux de sanction pénale, car les ressources qui y sont engouffrées ne seront pas disponibles pour répondre à des besoins de santé publique autrement plus cruciaux.
    Ce médecin ne critique pas seulement cupidité des laboratoires, car le négoce de la grippe A profite aussi à d’autres. « Le diable, c’est nous tous, pas seulement l’industrie pharmaceutique », ironise-t-il. Grâce à la grippe, Tinidad Jiménez est maintenant le membre le plus populaire du gouvernement, l’OMS y a trouvé une justification à sa « présence dans le monde », et les médias, matière à « catastrophisme » rentable.

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