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Grippe A (H1N1) - Primes à la pandémie

Marie-Andrée Chouinard   16 septembre 2009  Santé
Personne ne songera à blâmer les médecins du Québec de revendiquer des conditions d'exercice sécuritaires en prévision d'une autre vague de grippe A(H1N1). Mais lorsqu'ils demandent des primes incitant à soigner les malades, ce à quoi leur code professionnel les contraint, ils jouent une rebutante négociation. Une prime à la pandémie, pourquoi pas?

Le Devoir révélait hier que les fédérations médicales négocient avec Québec des garanties en prévision d'une recrudescence de grippe A, à laquelle le système médical se prépare. Les omnipraticiens et les spécialistes souhaitent non seulement une protection physique, mais réclament des compensations financières correspondant au risque encouru. Pour le commun des mortels, qui croyait bêtement que la première responsabilité sociale du médecin était de protéger la santé des gens, ce marchandage est évidemment disgracieux.

Les prévisions de l'Organisation mondiale de la santé ont forcé la mise en place de plans d'urgence au coeur desquels trône le personnel médical, appelé à travailler en effet dans des conditions extraordinaires. Les médecins ont tout à fait raison de s'assurer qu'ils auront accès à une protection maximale correspondant à leur exposition à la contagion, qui est bien réelle; à part eux, personne ne doute d'ailleurs que le ministère de la Santé mettra à leur disposition les masques, gants, visières, mesures de nettoyage et d'asepsie, antiviraux et vaccins exigés. Il va aussi de soi qu'on devra ajuster leur protection légale en fonction des gestes qu'ils devront faire.

Mais à ces demandes élémentaires et justifiées, ils ajoutent un volet salarial décliné sous forme de primes incitatives et de primes au risque. Le message expédié au gouvernement n'est même pas subliminal: sans ces primes compensatoires, les médecins risquent de ne pas répondre à la demande s'ils sont appelés au front. Trop risqué. Pas assez payant. La pandémie? Très peu pour nous.

Les médecins se défendent bien de vouloir tirer un profit personnel de la crise appréhendée. Hélas, le mal est fait, et bien fait. Ils donnent en outre l'impression que seule une rémunération spéciale les incitera à honorer leur premier devoir.

On verra là un effet pervers du système de rémunération, qui favorise le paiement à l'acte médical, un mode conçu pour être productif, mais qui a conduit à des abus. Les omnipraticiens dénoncent depuis des lustres des écarts qui les indisposent; cela colore les tractations actuelles. On y verra aussi une conséquence de ce système qui laisse les médecins libres de pratiquer où ils le veulent, au moment jugé opportun. Ce libre arbitre ne peut pas se jouer au détriment des besoins de la population.

*****

machouinard@ledevoir.com






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