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Santé: Yeux

3 mai 2003  Santé
Le mois de mai a cinq semaines et cinq sens. La caresse des yeux sur le monde est le premier d'entre eux. Le sixième sens sera pour juin. Les yeux sont une carte d'identité, une empreinte unique : cela m'avait frappé d'apprendre que des athlètes aux Jeux olympiques devaient offrir leur regard à une caméra : c'est une façon moderne — et dispendieuse — de montrer patte blanche!

Techniquement, on dit que c'est un système d'identification biométrique ; depuis la fin des années 30, on sait que les vaisseaux sanguins de la rétine sont uniques pour chaque personne et que l'iris peut livrer sa couleur en même temps que plus de 200 caractéristiques différentes. De là à penser en faire une mesure de contrôle, vous pensez bien qu'un petit génie n'a pas tardé à en avoir l'idée...

Notre oeil est ainsi une carte de visite. Certains croient que, dans nos yeux, on peut lire notre santé. Cela s'appelle l'iridologie, et vu l'état des lieux, la bataille fait rage. D'un côté, ceux qui s'en servent, de l'autre, ceux qui la dénoncent — c'est l'ordinaire des approches alternatives mais c'est toujours un peu vexant quand on essaie de s'y retrouver. Vous pensez bien que le sourcil lui hausse à peine quand on lui dit, à un iridologue, que des gens citent des études qui ont montré les erreurs diagnostiques commises par de réputés praticiens de l'iridologie.

Un iridoscope grossit l'oeil : on voit alors apparaître une texture, des fibres, des taches, des cercles blancs, des pigments, autant d'indices qui orientent vers une histoire médicale. Car, théoriquement, à chaque zone de l'iris correspond un organe. Un américain a parlé de notre iris comme d'un écran de télévision miniature... l'image est jolie. Surtout enseignée en Europe, cette approche est née en Hongrie dans les années 30 et évolue dans plusieurs pays européens. Les thérapeutes qui s'en servent disent en général que l'iridologie ne pose pas de diagnostic médical mais propose plutôt un bilan de santé, un dépistage permettant un bilan organique, biologique et neuropsychologique, pour reprendre les mots d'un site web - mais c'est chou blanc et blanc chou pour moi ; faire un bilan de santé n'est peut-être pas poser un diagnostic mais quand arrive le moment de soigner... Mon ophtalmologiste préféré, quant à lui, voit des yeux quand il regarde des yeux, et il a suffisamment à s'occuper déjà. Alors je le regarde gentiment et je lui propose d'aborder... les yeux du coeur. Si le coeur est dans l'oeil, l'oeil est dans le coeur ?

La visualisation est une technique connue en sport et... en oncologie. Un célèbre médecin américain, Carl Simonson, s'en sert même pour traiter des tumeurs. Son Simonson Cancer Center travaille sur les trois plans en même temps : le corps, les émotions et, disons, la dimension spirituelle, ou l'âme... on a tellement de mal à résumer la chose, n'est-ce pas.

Ici, chez nous, j'ai cherché : oui, en oncologie, on se sert parfois de la visualisation. On utilise la visualisation dans la gestion de la douleur. Il y a en pratique privée quelques psychologues qui utilisent la technique. Des massothérapeutes également. En appelant chez Leucan — vous savez, ils aident les enfants —, j'ai parlé à la directrice des programmes, Lise Lussier. Elle a massé des enfants atteints de cancer pendant douze ans, en intégrant la visualisation. Elle m'a raconté comment ça se passait. Je me disais que les enfants ont moins de « ça marchera pas » dans leur tête ; elle confirme : visualiser entre tout de suite dans leur monde. Les premières fois, on suggère des options ; devant la porte, il y aura quelqu'un, ou une clef, ou elle sera entrouverte : il n'y a jamais d'embûche, on est toujours protégé, c'est sécuritaire. Tout est axé sur le mieux-être, on offre un complément à la thérapie, me dit-elle, en ajoutant : « Je redonne accès à des gestes et des mouvements qui ne sont plus permis. Un enfant qui est sous traction depuis un mois et demi retrouve ses jambes dans sa tête. En phase terminale, se préparer à faire des adieux n'est pas facile, mais on propose un voyage. On va à l'aéroport à destination d'Hawaii, l'enfant dit au revoir à la famille, au début, bye, bye, et on passait plus de temps sur l'île ; mais avec l'approche de la mort, l'enfant passait plus de temps à dire au revoir... et ainsi apprivoisait la séparation inéluctable.

Chez les adultes malades comme pour les enfants, après un heure de visualisation, on se dit : ma vie m'appartient encore, j'ai encore accès à mon monde intérieur. Ce bien que je me fais demeure. Lise Lussier a soigné un camionneur : 30 ans sur la route et le voici incapable de se promener en chaise roulante ! On peut se voir rouler dans sa tête, et l'homme sortait de son voyage intérieur rasséréné.

Mais... on n'a pas besoin d'attendre d'être malade pour s'occuper de soi. On peut s'en servir avec nos enfants, et puis c'est intéressant quand quelqu'un nous guide, ça rassure... et c'est franchement plus facile qu'avec une cassette ou un livre.

Le monde semble sombre quand on a les yeux fermés, dit le proverbe indien. Mais quand les yeux du coeur sont ouverts, tout est possible.
 
 
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