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Le SRAS est là pour rester

Pauline Gravel   23 avril 2003  Santé
Masqués, un homme et une femme se font leurs adieux sur le quai d’une gare, à Pékin. Les autorités chinoises disent avoir recensé plus de 2000 cas d’infection. 92 personnes seraient mortes.
Photo : Agence Reuters
Masqués, un homme et une femme se font leurs adieux sur le quai d’une gare, à Pékin. Les autorités chinoises disent avoir recensé plus de 2000 cas d’infection. 92 personnes seraient mortes.
Le virus du SRAS poursuit sa progression en Chine et à Hong Kong où près de 500 nouveaux cas ont été recensés en 48 heures en raison de la mise en branle d'un dépistage systématique dans les campagnes chinoises. L'OMS dénombrait hier près de 4000 cas probables et 229 décès dans le monde. Malgré le vent de panique qui souffle sur la Ville reine, le risque de contracter le SRAS dans les rues de Toronto demeure minime.

Le virus du SRAS ne disparaîtra pas et il faudra s'habituer à vivre avec cette menace, qui se compare à celle que laissent planer les autres virus respiratoires, comme l'influenza et la tuberculose qui resurgissent périodiquement en quelques foyers d'infection, a affirmé le Dr Yves Robert, médecin-conseil en maladies infectieuses du ministère de la Santé et des Services sociaux, face à la vague d'inquiétude qui est portée par les médias.

«La propagation de la maladie ne s'accélère pas, elle se maintient, a précisé le médecin. Ce n'est certainement pas l'épidémie du siècle. Et il y aura nettement plus de personnes qui mourront du sida cette année que du SRAS.»

Néanmoins, le fait que des études effectuées au Center for Disease Control (CDC) des États-Unis suggèrent que le virus responsable du SRAS peut survivre jusqu'à 24 heures hors du corps humain sur des surfaces inertes, laissant soupçonner que les poignées de porte et les tables puissent s'avérer des sites de propagation du virus, n'a rien de rassurant. Compte tenu de cette nouvelle information, les microbiologistes des principaux hôpitaux torontois ont procédé durant le week-end à divers prélèvements dans l'environnement hospitalier. On espère que les résultats de ces analyses permettront de comprendre pourquoi le virus continue à infecter le personnel hospitalier malgré les diverses mesures de prévention adoptées, comme le port du masque et des gants et la désinfection du mobilier.

«Tous les virus peuvent survivre un certain temps dans l'environnement extérieur. Mais de là à dire qu'il s'agit d'une autre voie de transmission, il y a tout un pas, nuance le Dr Robert. Les virus vivent à l'intérieur des cellules — le SRAS dans les cellules respiratoires. Ils se répliquent donc normalement à la température du corps humain, soit 37 degrés Celsius. Un virus qui se retrouve à une température de 20 ° ne sera pas enclin à se reproduire. Si le virus parvient à se transmettre depuis ces surfaces inertes, c'est de façon marginale. Pour le moment, tous les Canadiens atteints du SRAS ont contracté la maladie après avoir côtoyé un malade.»

Néanmoins, Santé Canada a sollicité la collaboration d'experts du Center for Disease Control and Prevention (CDC) des États-Unis afin de vérifier si les méthodes de prévention adoptées dans les hôpitaux ontariens sont adéquates. Ces experts tenteront également d'identifier s'il existe d'autres voies de transmission de la maladie. La venue d'experts du CDC n'est pas un événement exceptionnel pour autant, a indiqué le Dr Robert. «On les consulte couramment dans les situations de crise pour s'assurer que les mesures prises sont appropriées, a-t-il dit. Ce fut le cas lors de la dernière poussée de méningite au Québec. C'est un mécanisme de validation externe qui n'est pas nouveau mais qui est fort utile.»

Même si les États-Unis, l'Australie, la Grande-Bretagne et l'Irlande ont recommandé à leurs ressortissants en provenance de Toronto de se soumettre à des mesures de surveillance, la Ville reine ne représente pas une destination à éviter, selon les médecins conseillers des services de santé publique. «En ce moment, le risque de contracter le SRAS à Toronto demeure très faible, a précisé le Dr Marc-André Beaulieu, conseiller médical à la direction générale de la santé publique de Santé Canada. «La maladie n'est pas présente de façon diffuse dans la population. La chaîne de transmission de la maladie se limite aux hôpitaux et à certaines communautés particulières.»

Néanmoins, un homme de 64 ans succombait à la maladie hier en Ontario. Cette quinzième victime au pays comptait parmi les 324 cas probables ou suspects recensés par Santé Canada. Au Québec, les 450 personnes mises en isolement dans un hôtel de Dorval — où elles avaient côtoyé un Torontois infecté dans le cadre d'un congrès — terminaient hier soir leur période de quarantaine en bonne santé.

Même si les médecins disposeront bientôt d'un test diagnostique basé sur le dépistage de certains gènes caractéristiques du coronavirus responsable du SRAS, le Dr Frank Plummer, directeur du laboratoire national de microbiologie de Winnipeg, doute que cet outil soit vraiment utile pour confirmer les cas canadiens. Car des coronavirus n'ont été détectés que chez 40 % des Torontois souffrant du SRAS. Une proportion aussi faible est loin de renforcer le lien entre le SRAS et le virus à couronne qui cause le tiers des rhumes communs.






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