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12% de dépressifs à Dawson après la tragédie

Clairandrée Cauchy   29 juin 2009  Santé
La tragédie de Dawson a fait bien davantage de blessés que les 20 traités dans les hôpitaux. Une recherche menée sur les conséquences psychologiques de l'événement et sur les mesures de soutien déployées montre notamment qu'environ 12 % des étudiants et employés de Dawson ont souffert de dépression majeure à la suite de la tuerie.

On constate aussi que 7 % des répondants éprouvaient encore, 18 mois après la fusillade du 13 septembre 2006 qui a coûté la vie à une étudiante et au tueur, plusieurs symptômes associés à un état de stress post-traumatique sévère. «C'est plus que ce à quoi on s'attendait», précise le chercheur Stéphane Guay, directeur du centre d'étude sur le trauma affilié au Centre de recherche Fernand-Séguin. Il note toutefois que seulement 2 % présentent toutes les caractéristiques du diagnostic du syndrome de stress post-traumatique. Les symptômes peuvent par exemple être des épisodes de flash-back, l'évitement de certaines situations rappelant l'événement ou encore un état d'alerte démesuré.

Parmi les quelque 1000 répondants au questionnaire, 12,1 % ont dit avoir souffert d'une dépression majeure après l'événement (qui n'était pas déjà présente avant la tragédie) et 6,6 % affirmaient avoir eu des pensées suicidaires par la suite. Dans la population en général, au Québec, 4,8 % des gens disent avoir vécu une dépression majeure au cours des douze derniers mois et 3,7 % affirment avoir eu des pensées suicidaires.

«Les risques sont deux fois plus élevés chez les femmes pour les symptômes de stress post-traumatiques et pour la dépression», précise M. Guay. Il constate par ailleurs que les difficultés psychologiques varient en lien avec la proximité des témoins de la fusillade. «Les personnes les plus à risque sont celles qui ont vu des gens tués ou blessés, suivies de celles qui ont entendu des coups de feu sans voir le tueur et de celles qui se sont cachées avec d'autres», note M. Guay.

Les chercheurs ont aussi réalisé des entrevues avec plusieurs membres de la communauté de Dawson, y compris avec des blessés, ainsi qu'avec des intervenants. Ils dressent un bilan relativement positif de l'intervention. «Les gens ont senti qu'il y avait un leadership de la part du CUSM (Centre universitaire de santé de McGill) et de la direction de Dawson et un partenariat efficace avec l'Agence de santé. Ils ont surtout apprécié le retour rapide au collège et la décision d'y offrir les services sur place», explique la chercheuse Denise Roy, également du Centre de recherche Fernand-Séguin, associé à l'hôpital Louis-H.-Lafontaine.

C'est une véritable armée d'intervenants qui a en effet été déployée à Dawson. Quelque 130 personnes — psychologues, infirmières en santé mentale, travailleurs sociaux, psychiatres et autres —, provenant d'un peu partout à Montréal, avaient été dépêchées au collège du centre-ville le lundi suivant le drame. Cette aide est demeurée disponible pendant plusieurs mois, évidemment avec des effectifs décroissants au fil du temps.

Aussi efficace qu'ait été l'intervention, certaines personnes ont été quelque peu laissées de côté. C'est notamment le cas du personnel de la cafétéria, aux premières loges de la fusillade. Comme ces derniers travaillaient pour un sous-traitant, ils n'ont pas été ciblés par les services psychologiques déployés au collège. «Plusieurs d'entre eux sont très blessés. Nous avons rencontré des gens qui, deux ans après, ne sont plus capables de travailler», rapporte Denise Roy.

Curieusement, elle note aussi que certains étudiants blessés par balle ont souffert d'un manque de suivi psychologique à leur sortie de l'hôpital. Les employés de soutien cols bleus, qui ont eu la lourde tâche de nettoyer les lieux avant le retour des autres membres du personnel et des étudiants, ont aussi été très affectés. D'autres employés de soutien ont par ailleurs fait valoir qu'ils ne s'étaient pas sentis assez soutenus, alors que l'aide était concentrée sur les étudiants et les enseignants.

Les chercheurs ont rencontré plusieurs personnes encore aux prises avec des séquelles du 13 septembre 2006. «L'aide de départ est importante. Mais on doit poursuivre au-delà de quelques mois les efforts pour dépister les gens qui ont des difficultés et tenter de les convaincre d'accéder à des ressources pour qu'ils ne restent pas aux prises avec des problèmes, qui pourraient devenir chroniques», estime Stéphane Guay. La psychiatre Nadia Szkrumelak, qui a coordonné les services de soutien psychosocial, ajoute qu'il faut davantage aller chercher les gens et moins attendre qu'ils demandent de l'aide d'eux-mêmes.

Tirer des leçons

La recherche, qui sera présentée cette semaine lors d'un symposium à New York, servira aussi à établir des plans d'intervention pour les autorités de la santé québécoises à l'avenir. Déjà, le CUSM prépare un volet psychosocial à son plan d'intervention de «Code orange», soit son plan d'alerte lors d'événements majeurs.

La psychiatre Nadia Szkrumelak était à l'Hôpital général de Montréal lorsque l'on y a amené les blessés. Des centaines de personnes s'y sont ensuite présentées, à la recherche de leurs proches. «On a tendance à oublier que la plupart des gens qui arrivent à l'urgence n'ont pas besoin d'attention physique, mais d'information sur leurs proches et parfois de soutien psychologique», explique Mme Szkrumelak.






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