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    Sites d'injection supervisée - Québec aussi doit agir en faveur des toxicomanes

    6 juin 2009 |Manon Cornellier | Santé
    Les Québécois pourraient savoir dès cet automne si la province se dotera de sites d'injection supervisée pour venir en aide aux 23 000 usagers de drogues injectables de la métropole. La rédaction de l'avis sur la question qui a été demandé à l'Institut national de santé publique (INSP) par le ministre de la Santé, Yves Bolduc, est pratiquement terminée et cet avis devrait lui être remis incessamment.

    Cela signifie qu'il devrait être rendu public au plus tard cet automne, précise Nathalie Hudon, de la direction des communications de l'INSP.

    Médecin-chef du service de la médecine des toxicomanies au CHUM, la Dre Suzanne Brissette suit le dossier de près. Bien qu'elle ignore la teneur de la recommandation de l'INSP, elle ne serait pas surprise qu'il soit favorable à l'implantation d'un site d'injection supervisée, puisque le Programme national de santé publique 2003-2012 l'envisageait déjà.

    En effet, la mise à jour du plan, faite en 2008, inscrit dans les «activités à déployer» d'ici 2012, en matière de «lutte contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang», la création de «services d'injection supervisée pour les utilisateurs de drogues dans les régions visées». En supervisant les usagers, ces services permettent en effet de limiter la transmission du VIH et de l'hépatite C attribuable au partage de seringues. À Montréal, environ 20 % des usagers seraient porteurs du VIH et environ 90 %, du virus de l'hépatite C. Les études sur les sites d'injection supervisée font aussi état de la prévention des décès grâce à l'intervention rapide en cas de surdose ou de problèmes de santé, d'un taux plus élevé d'accès aux ressources médicales ou sociales, d'une diminution de la criminalité et des seringues souillées dans les lieux publics environnants.

    Les partisans d'un tel service croyaient que ça y était en juin 2008, lorsque Philippe Couillard, ancien ministre de la Santé, avait exprimé son appui. Le mois suivant, Alain Poirier, directeur de la santé publique, a même affirmé qu'un site pourrait voir le jour dès l'automne 2008 à Montréal. Mais, en août, le ministre Bolduc a jeté une douche d'eau froide sur les espoirs de tout le monde.

    Les protestations ont été immédiates, y compris dans le milieu de la santé. La Coalition de réduction des méfaits a aussitôt vu le jour. Elle a obtenu l'appui d'environ 80 organisations et d'une centaine de personnalités. Et, le 19 mai dernier, sa pétition de 5000 noms, récoltés en mars, a été déposée à l'Assemblée nationale par le député péquiste Bernard Drainville.

    Nécessaire

    «Toutes les études montrent la pertinence de mettre sur pied un site d'injection supervisée, y compris pour le système de santé et l'ensemble de la société. C'est une question de santé publique pure et dure», insiste Nicole McNeil, porte-parole de la coalition et directrice d'ANONYME, l'unité d'intervention mobile d'aide aux jeunes en difficulté.

    Mme McNeil est d'autant plus déterminée que l'élaboration d'un modèle de fonctionnement était déjà bien avancée quand le Dr Bolduc a tout mis sur la glace. En mai 2008, une délégation réunissant six représentants du milieu de la santé publique et six représentants d'organismes communautaires s'est même rendue à Barcelone pour y étudier le modèle mis en place il y a longtemps.

    «Leur situation ressemble davantage à celle de Montréal. Les usagers sont dispersés sur le territoire et la drogue de choix est la cocaïne, alors qu'à Vancouver les usagers sont concentrés dans un quartier et l'héroïne est la drogue la plus utilisée. Pour qu'un tel service soit efficace à Montréal, sa mise en place doit être modulée en fonction de la réalité sur le terrain», explique-t-elle.

    Elle donne en exemple les organismes de distribution de seringues propres. À Montréal, ils sont actifs dans plusieurs quartiers et ANONYME offre un service mobile. «Nous voulons utiliser le même principe de répartition sur le territoire pour les sites d'injection supervisée», dit Mme McNeil.

    La Coalition a invité le ministre à venir sur le terrain pour rencontrer les intervenants et les usagers afin d'avoir un aperçu de la situation. Le ministre n'a pas encore répondu à son invitation.

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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