De l'intimidation
En septembre 2006, deux jours à peine après que la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ) a annoncé son intention de contester la loi 37, qui imposait aux spécialistes des conditions de travail qu'ils jugeaient inacceptables, La Presse publiait une lettre ouverte incendiaire adressée à Philippe Couillard par la chef du service de chirurgie plastique à l'hôpital Sainte-Justine, la Dre Louise Caouette Laberge.
«Nous suivrons, Monsieur le Ministre, vos instructions très claires et nous opérerons cette semaine les enfants aux oreilles décollées qui ont trop attendu et qui dégradent vos statistiques. Ne me demandez toutefois pas d'être complice de cette manipulation qui veut faire croire que la liste d'attente de la chirurgie à Sainte-Justine s'est améliorée», écrivait-elle.
Le problème était certainement très réel, mais il n'était pas vraiment nouveau. La grogne suscitée par la loi 37 avait cependant eu pour effet de le rendre soudainement intolérable aux yeux de la communauté médicale.
De la même façon, le doute qui plane sur la validité des tests administrés aux femmes atteintes d'un cancer du sein est assurément insoutenable, mais tout le monde dans le milieu, y compris le ministère de la Santé, semblait au courant des graves lacunes dont souffraient les laboratoires de pathologie, bien avant la publication de l'étude du Dr Luc Gaboury, comme en fait foi un document obtenu par La Presse, que le Dr Gaboury lui-même avait soumis à un sous-ministre en octobre 2007.
«Comme il n'y a actuellement aucun programme d'assurance qualité au Québec, personne ne peut garantir la qualité des épreuves de laboratoire et la validité des tests», pouvait-on y lire. Il serait difficile d'être plus explicite. Pourquoi personne n'a-t-il sonné l'alarme?
***
De toute évidence, le ministre Bolduc n'a pas été à la hauteur, que ce soit par négligence ou par incompétence. Dans les circonstances, il était de bonne guerre que le porte-parole adéquiste Éric Caire réclame sa démission, tout en sachant parfaitement qu'il ne l'obtiendrait pas.
La brutalité avec laquelle le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a réagi est plus suspecte. Mardi, M. Bolduc a dit qu'il abordait le dossier en médecin plutôt qu'en politicien, mais il est très difficile de reconnaître le médecin dans les interventions du Dr Gaétan Barette, qui donne toujours l'impression de chercher à abattre un adversaire plutôt qu'à contribuer au règlement des problèmes.
Hier, le ministre de la Santé a trouvé un défenseur inattendu dans la personne du député de Mercier, Amir Khadir, également médecin, qui a dit croire en la sincérité de M. Bolduc, mais qui a vivement dénoncé les «larmes de crocodile» versées par le Dr Barette et l'esprit corporatiste qui semble l'animer dans la plupart des dossiers.
À première vue, cet appui peut surprendre, mais il est difficile d'imaginer deux personnalités plus différentes que l'imposant président de la FMSQ, qui illustre jusqu'à la caricature le poids de l'establishment médical, et le frêle député de Québec solidaire. Son intervention d'hier rappelait un peu sa diatribe contre Henri-Paul Rousseau en commission parlementaire.
M. Khadir a vu une coïncidence troublante entre cette charge injustifiée contre le ministre de la Santé et le dépôt du projet de loi qui encadrera les cliniques privées, y compris les cliniques de radiologie. Il a carrément accusé le Dr Barette, un radiologue, d'utiliser le dossier des tests de cancer du sein pour intimider le ministre.
D'ailleurs, si le président de la FMSQ se soucie réellement du sort des femmes qui souffrent d'un cancer, il devrait plutôt faire en sorte que les cliniques privées cessent de siphonner les ressources privées du système public, ce qui entraîne des délais inacceptables.
***
Il n'y a pas que le projet de loi sur les cliniques privées. Dans quelques mois, le gouvernement et la FMSQ devront s'attabler à nouveau pour renégocier la rémunération des spécialistes.
Déjà, malgré le règlement intervenu en août 2007, le Dr Barette a pris prétexte de la récente entente de mobilité signée avec l'Ontario pour réclamer un nouveau rattrapage salarial, sous peine de provoquer un nouvel exode des médecins.
Inévitablement, cela aura un effet d'entraînement sur la rémunération des généralistes, qui se plaignent du trop grand écart avec celle des spécialistes, ce qui nuit au recrutement au moment où il y a déjà une pénurie de médecins de famille.
Dans l'état actuel des finances publiques, on peut facilement prévoir que les négociations seront difficiles. Pour la FMSQ, il n'est donc pas trop tôt pour préparer le terrain et intimider l'adversaire.
Le Dr Barette vient de démontrer encore une fois de quoi il est capable. Comme dans le cas du CHUM, alors que les spécialistes ont imposé des exigences qui ont fait doubler la facture, il a mis le ministre de la Santé dans sa petite poche. Face à ce matamore, M. Bolduc ne fait tout simplement pas le poids.
***
mdavid@ledevoir.com
«Nous suivrons, Monsieur le Ministre, vos instructions très claires et nous opérerons cette semaine les enfants aux oreilles décollées qui ont trop attendu et qui dégradent vos statistiques. Ne me demandez toutefois pas d'être complice de cette manipulation qui veut faire croire que la liste d'attente de la chirurgie à Sainte-Justine s'est améliorée», écrivait-elle.
Le problème était certainement très réel, mais il n'était pas vraiment nouveau. La grogne suscitée par la loi 37 avait cependant eu pour effet de le rendre soudainement intolérable aux yeux de la communauté médicale.
De la même façon, le doute qui plane sur la validité des tests administrés aux femmes atteintes d'un cancer du sein est assurément insoutenable, mais tout le monde dans le milieu, y compris le ministère de la Santé, semblait au courant des graves lacunes dont souffraient les laboratoires de pathologie, bien avant la publication de l'étude du Dr Luc Gaboury, comme en fait foi un document obtenu par La Presse, que le Dr Gaboury lui-même avait soumis à un sous-ministre en octobre 2007.
«Comme il n'y a actuellement aucun programme d'assurance qualité au Québec, personne ne peut garantir la qualité des épreuves de laboratoire et la validité des tests», pouvait-on y lire. Il serait difficile d'être plus explicite. Pourquoi personne n'a-t-il sonné l'alarme?
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De toute évidence, le ministre Bolduc n'a pas été à la hauteur, que ce soit par négligence ou par incompétence. Dans les circonstances, il était de bonne guerre que le porte-parole adéquiste Éric Caire réclame sa démission, tout en sachant parfaitement qu'il ne l'obtiendrait pas.
La brutalité avec laquelle le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) a réagi est plus suspecte. Mardi, M. Bolduc a dit qu'il abordait le dossier en médecin plutôt qu'en politicien, mais il est très difficile de reconnaître le médecin dans les interventions du Dr Gaétan Barette, qui donne toujours l'impression de chercher à abattre un adversaire plutôt qu'à contribuer au règlement des problèmes.
Hier, le ministre de la Santé a trouvé un défenseur inattendu dans la personne du député de Mercier, Amir Khadir, également médecin, qui a dit croire en la sincérité de M. Bolduc, mais qui a vivement dénoncé les «larmes de crocodile» versées par le Dr Barette et l'esprit corporatiste qui semble l'animer dans la plupart des dossiers.
À première vue, cet appui peut surprendre, mais il est difficile d'imaginer deux personnalités plus différentes que l'imposant président de la FMSQ, qui illustre jusqu'à la caricature le poids de l'establishment médical, et le frêle député de Québec solidaire. Son intervention d'hier rappelait un peu sa diatribe contre Henri-Paul Rousseau en commission parlementaire.
M. Khadir a vu une coïncidence troublante entre cette charge injustifiée contre le ministre de la Santé et le dépôt du projet de loi qui encadrera les cliniques privées, y compris les cliniques de radiologie. Il a carrément accusé le Dr Barette, un radiologue, d'utiliser le dossier des tests de cancer du sein pour intimider le ministre.
D'ailleurs, si le président de la FMSQ se soucie réellement du sort des femmes qui souffrent d'un cancer, il devrait plutôt faire en sorte que les cliniques privées cessent de siphonner les ressources privées du système public, ce qui entraîne des délais inacceptables.
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Il n'y a pas que le projet de loi sur les cliniques privées. Dans quelques mois, le gouvernement et la FMSQ devront s'attabler à nouveau pour renégocier la rémunération des spécialistes.
Déjà, malgré le règlement intervenu en août 2007, le Dr Barette a pris prétexte de la récente entente de mobilité signée avec l'Ontario pour réclamer un nouveau rattrapage salarial, sous peine de provoquer un nouvel exode des médecins.
Inévitablement, cela aura un effet d'entraînement sur la rémunération des généralistes, qui se plaignent du trop grand écart avec celle des spécialistes, ce qui nuit au recrutement au moment où il y a déjà une pénurie de médecins de famille.
Dans l'état actuel des finances publiques, on peut facilement prévoir que les négociations seront difficiles. Pour la FMSQ, il n'est donc pas trop tôt pour préparer le terrain et intimider l'adversaire.
Le Dr Barette vient de démontrer encore une fois de quoi il est capable. Comme dans le cas du CHUM, alors que les spécialistes ont imposé des exigences qui ont fait doubler la facture, il a mis le ministre de la Santé dans sa petite poche. Face à ce matamore, M. Bolduc ne fait tout simplement pas le poids.
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