Tests erronés: les médecins ont un plan
Photo : Jacques Grenier
«Au Québec, on attend souvent les crises pour agir», constate le Dr Louis Gaboury.
Le Collège des médecins du Québec (CMQ) a tenté hier de mettre fin à la tourmente dans le milieu de la pathologie médicale en recommandant au gouvernement de mettre sur pied un programme systématique d'assurance qualité des laboratoires du Québec et a mandaté le président de l'Association des pathologistes, le Dr Louis Gaboury, à titre d'enquêteur principal.
Dans l'immédiat, afin de rassurer les patientes qui s'inquiètent de savoir si elles ont reçu le bon traitement pour leur cancer du sein, le CMQ a proposé la création d'un comité d'experts qui s'occupera d'assurer la prise en charge et le suivi de celles qui auraient pu faire l'objet d'un test erroné, «d'ici quelques semaines». «Quel patient, quel laboratoire, quelle région? [Cette stratégie] va permettre de cerner le type de personne qui pourrait avoir besoin d'être testée à nouveau», a dit le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège. Ainsi, les cas ambigus seront examinés en premier lieu. Des femmes qui auraient été déclarées négatives au test de récepteurs hormonaux de progestérone et d'oestrogènes pourraient donc être retestées en priorité. «Car si on trouve des cas faux négatifs, elles pourraient encore bénéficier d'un traitement adéquat. Pour les patientes qui sont négatives au HER-2, il faudra vérifier quelle est l'ampleur pour qu'elles reçoivent le plus rapidement possible le traitement adéquat», a souligné le Dr Gaboury.
Ainsi, le CMQ n'a pas écarté la possibilité que certaines patientes reçoivent actuellement des traitements erronés. Mais son président, le Dr Yves Lamontagne, a surtout voulu calmer le jeu en minimisant la portée de l'étude menée par le Dr Gaboury, à l'origine de la controverse, sans toutefois la remettre en question. «Il s'agit d'une étude pilote et qui ne permet pas de croire que 30 % des patientes atteintes cancer du sein sont mal traitées. L'étude est bien fondée, mais demeure préliminaire», a indiqué le Dr Lamontagne, faisant ainsi écho aux propos du ministre de la Santé. Il a toutefois insisté sur le fait que «si le CMQ avait été averti [de la situation que révèle l'étude], il aurait pu aider les pathologistes à aviser le ministère». À l'heure actuelle, si la totalité de la soixantaine de laboratoires québécois ont un système de contrôle de qualité interne, il est impossible de déterminer combien d'entre eux comparent leurs résultats avec d'autres laboratoires (contrôle de qualité externe).
Pénurie et équipement désuet
Très prudent, le Dr Gaboury n'a pas osé se prononcer sur le nombre de rappels qu'il y aura et si cela touchera d'autres cancers. «Mais de façon générale, quand on a une chaîne de production avec plusieurs étapes et qu'on sait que les pathologistes sont surchargés, qu'ils ont parfois les mauvais équipements et anticorps, il serait sot de penser qu'on peut dormir tranquille», a-t-il indiqué. Il s'est inquiété du fait que seulement 10 % des tests de récepteurs HER-2 soient positifs dans certains centres «alors que la norme dans la littérature est de 20 % à 25 %».
Conceptuellement, il est possible que des tests recommandent des traitements à l'Herceptin, coûteux et comprenant beaucoup d'effets secondaires, sans que la patiente en ait besoin, a estimé Tony Antakly, un biochimiste qui a fait sa thèse de doctorat sur les récepteurs hormonaux stéroïdiens. «Ce ne sera tout simplement pas efficace», a-t-il indiqué en précisant que l'inverse est aussi vrai.
Il explique les erreurs de certains par des défaillances techniques et humaines souvent liées à un manque de ressources. Les «laboratoires de campagne», qui ont un moins gros volume d'analyses à faire, sont parfois contraints de congeler les anticorps nécessaires aux tests. «Or, jusqu'à 20 % de leur réactivité peut être perdue. C'est moins efficace», a indiqué le professeur à l'Université de Montréal. Il met également en doute la formation de certains techniciens des plus petits laboratoires. «Mais dans les plus gros laboratoires, l'expertise est là, sauf que les pathologistes sont surchargés», a-t-il soutenu.
M. Antakly précise que, bien qu'il ne soit pas médecin, le comité d'experts qui sera formé aura tout intérêt à le consulter ainsi que ses collègues chercheurs. «On peut partager notre expertise. Par exemple, on a des tests hauts de gamme avec des récepteurs oestrogènes qu'on aimerait commercialiser, mais on n'a pas les sous pour le faire», a-t-il dit en dénonçant le sous-financement chronique en pathologie.
Inquiétude et confusion
Loin de rassurer les femmes atteintes d'un cancer du sein, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a semé davantage d'inquiétude et de confusion sur la validité des tests devant déterminer le choix de leur traitement, ont jugé le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec.
Le député péquiste de Marie-Victorin reproche au ministre d'avoir nourri l'inquiétude des femmes en affirmant que la «majorité peuvent avoir confiance», lors de son deuxième point de presse de la fin de semaine, dimanche, laissant selon lui une large proportion de victimes dans le doute.
Le Dr Gaboury se dit pour sa part désolé que son étude ait semé le doute et la controverse. «Malheureusement, au Québec, on attend souvent les crises pour agir. Je n'ai pas le contrôle sur l'interprétation de mon étude, mais si cela a servi à éveiller les consciences sur les conséquences d'une telle "discordance" et contribué à mettre en place un programme national, ce chaos aura servi à quelque chose.»
Le président du Collège des médecins a écorché au passage le président de la Fédération des médecins spécialistes, le docteur Gaétan Barrette, qui a tiré la sonnette d'alarme trop fort et sans trop de nuances, selon lui. «J'ai toujours beaucoup, beaucoup de difficulté à accepter qu'on essaie de pousser des dossiers en se servant des patients comme boucs émissaires. Jamais, comme médecin, on ne doit prendre les patients en otages pour défendre nos intérêts», a lancé le docteur Lamontagne.
Avec La Presse canadienne
Dans l'immédiat, afin de rassurer les patientes qui s'inquiètent de savoir si elles ont reçu le bon traitement pour leur cancer du sein, le CMQ a proposé la création d'un comité d'experts qui s'occupera d'assurer la prise en charge et le suivi de celles qui auraient pu faire l'objet d'un test erroné, «d'ici quelques semaines». «Quel patient, quel laboratoire, quelle région? [Cette stratégie] va permettre de cerner le type de personne qui pourrait avoir besoin d'être testée à nouveau», a dit le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège. Ainsi, les cas ambigus seront examinés en premier lieu. Des femmes qui auraient été déclarées négatives au test de récepteurs hormonaux de progestérone et d'oestrogènes pourraient donc être retestées en priorité. «Car si on trouve des cas faux négatifs, elles pourraient encore bénéficier d'un traitement adéquat. Pour les patientes qui sont négatives au HER-2, il faudra vérifier quelle est l'ampleur pour qu'elles reçoivent le plus rapidement possible le traitement adéquat», a souligné le Dr Gaboury.
Ainsi, le CMQ n'a pas écarté la possibilité que certaines patientes reçoivent actuellement des traitements erronés. Mais son président, le Dr Yves Lamontagne, a surtout voulu calmer le jeu en minimisant la portée de l'étude menée par le Dr Gaboury, à l'origine de la controverse, sans toutefois la remettre en question. «Il s'agit d'une étude pilote et qui ne permet pas de croire que 30 % des patientes atteintes cancer du sein sont mal traitées. L'étude est bien fondée, mais demeure préliminaire», a indiqué le Dr Lamontagne, faisant ainsi écho aux propos du ministre de la Santé. Il a toutefois insisté sur le fait que «si le CMQ avait été averti [de la situation que révèle l'étude], il aurait pu aider les pathologistes à aviser le ministère». À l'heure actuelle, si la totalité de la soixantaine de laboratoires québécois ont un système de contrôle de qualité interne, il est impossible de déterminer combien d'entre eux comparent leurs résultats avec d'autres laboratoires (contrôle de qualité externe).
Pénurie et équipement désuet
Très prudent, le Dr Gaboury n'a pas osé se prononcer sur le nombre de rappels qu'il y aura et si cela touchera d'autres cancers. «Mais de façon générale, quand on a une chaîne de production avec plusieurs étapes et qu'on sait que les pathologistes sont surchargés, qu'ils ont parfois les mauvais équipements et anticorps, il serait sot de penser qu'on peut dormir tranquille», a-t-il indiqué. Il s'est inquiété du fait que seulement 10 % des tests de récepteurs HER-2 soient positifs dans certains centres «alors que la norme dans la littérature est de 20 % à 25 %».
Conceptuellement, il est possible que des tests recommandent des traitements à l'Herceptin, coûteux et comprenant beaucoup d'effets secondaires, sans que la patiente en ait besoin, a estimé Tony Antakly, un biochimiste qui a fait sa thèse de doctorat sur les récepteurs hormonaux stéroïdiens. «Ce ne sera tout simplement pas efficace», a-t-il indiqué en précisant que l'inverse est aussi vrai.
Il explique les erreurs de certains par des défaillances techniques et humaines souvent liées à un manque de ressources. Les «laboratoires de campagne», qui ont un moins gros volume d'analyses à faire, sont parfois contraints de congeler les anticorps nécessaires aux tests. «Or, jusqu'à 20 % de leur réactivité peut être perdue. C'est moins efficace», a indiqué le professeur à l'Université de Montréal. Il met également en doute la formation de certains techniciens des plus petits laboratoires. «Mais dans les plus gros laboratoires, l'expertise est là, sauf que les pathologistes sont surchargés», a-t-il soutenu.
M. Antakly précise que, bien qu'il ne soit pas médecin, le comité d'experts qui sera formé aura tout intérêt à le consulter ainsi que ses collègues chercheurs. «On peut partager notre expertise. Par exemple, on a des tests hauts de gamme avec des récepteurs oestrogènes qu'on aimerait commercialiser, mais on n'a pas les sous pour le faire», a-t-il dit en dénonçant le sous-financement chronique en pathologie.
Inquiétude et confusion
Loin de rassurer les femmes atteintes d'un cancer du sein, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a semé davantage d'inquiétude et de confusion sur la validité des tests devant déterminer le choix de leur traitement, ont jugé le Parti québécois et l'Action démocratique du Québec.
Le député péquiste de Marie-Victorin reproche au ministre d'avoir nourri l'inquiétude des femmes en affirmant que la «majorité peuvent avoir confiance», lors de son deuxième point de presse de la fin de semaine, dimanche, laissant selon lui une large proportion de victimes dans le doute.
Le Dr Gaboury se dit pour sa part désolé que son étude ait semé le doute et la controverse. «Malheureusement, au Québec, on attend souvent les crises pour agir. Je n'ai pas le contrôle sur l'interprétation de mon étude, mais si cela a servi à éveiller les consciences sur les conséquences d'une telle "discordance" et contribué à mettre en place un programme national, ce chaos aura servi à quelque chose.»
Le président du Collège des médecins a écorché au passage le président de la Fédération des médecins spécialistes, le docteur Gaétan Barrette, qui a tiré la sonnette d'alarme trop fort et sans trop de nuances, selon lui. «J'ai toujours beaucoup, beaucoup de difficulté à accepter qu'on essaie de pousser des dossiers en se servant des patients comme boucs émissaires. Jamais, comme médecin, on ne doit prendre les patients en otages pour défendre nos intérêts», a lancé le docteur Lamontagne.
Avec La Presse canadienne
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