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Isotopes médicaux - Crise mondiale à l'horizon

Aucune solution n'existe pour résoudre le problème d'approvisionnement causé par l'arrêt du réacteur de Chalk River

Pauline Gravel   23 mai 2009  Santé
Le réacteur NRU de Chalk River est le principal fournisseur de molybdène, sa production permet de répondre à plus de 50 % de la demande mondiale.
Photo : Agence Reuters
Le réacteur NRU de Chalk River est le principal fournisseur de molybdène, sa production permet de répondre à plus de 50 % de la demande mondiale.
Certaines rumeurs annoncent que l'arrêt du réacteur nucléaire de Chalk River pourrait se prolonger au-delà d'un mois. Si celles-ci s'avèrent exactes, la communauté médicale du monde entier devra se préparer à vivre une longue pénurie d'isotopes médicaux. Car dans l'immédiat, il n'existe aucune solution pour résoudre de façon satisfaisante cette crise de l'approvisionnement en isotopes médicaux, dont les plus grandes victimes seront les patients.

Si le réacteur de Chalk River demeure fermé plus d'un mois, ce sera un réel casse-tête pour tous les pays qui s'approvisionnent au Canada. «Le problème n'est pas que canadien, il est mondial parce que nous avons des réacteurs qui sont âgés. Et comme ils sont âgés, ils nécessitent des périodes de "maintenance" qui sont plus longues et plus fréquentes pour prévenir les incidents. Il s'en suit que le risque de pénurie est plus grand. Le problème ne va pas se résoudre très facilement parce qu'il nous faudrait de nouveaux réacteurs. Il faudrait prendre des décisions dès maintenant, et même qu'il est déjà tard pour les prendre, afin que l'on puisse disposer d'autres réacteurs le plus tôt possible», a déclaré au Devoir Jean-Pierre Cabocel, directeur général de l'Association of Imaging Producers & Equipment Suppliers, une association basée à Bruxelles qui regroupe les principaux acteurs dans le domaine des isotopes médicaux.

En France, un nouveau réacteur est en construction, mais il ne sera fonctionnel qu'en 2015 et il ne suffira pas à répondre à la demande. Au Canada, on a investi dans la construction de deux nouveaux réacteurs (les Maple) qui devaient assurer l'essentiel de l'approvisionnement mondial, mais ces deux réacteurs n'ont pas fonctionné et sont définitivement fermés.

Dans l'immédiat, les solutions avancées sont insuffisantes. Le problème risque de durer quelque temps, a prévenu M. Cabocel.

Six réacteurs dans le monde sont équipés pour irradier à l'aide de neutrons de l'uranium 235 ou du plutonium, dont la fission induit l'apparition d'un sous-produit, qui est le molybdène. De ce dernier, on tire ensuite du technétium-99m qui est un marqueur couramment utilisé en imagerie médicale. Le réacteur NRU de Chalk River est le principal fournisseur de molybdène, sa production permet de répondre à plus de 50 % de la demande mondiale. «Le Canada est un acteur majeur dans ce domaine. Il fournissait l'essentiel des besoins canadiens et américains, et une partie des besoins européens», a souligné M. Cabocel.

La première démarche qui a été entreprise depuis l'annonce de l'arrêt du réacteur canadien fut d'évaluer la capacité des autres réacteurs en fonctionnement, le Petten en Hollande, le Br2 en Belgique, l'Osiris en France, le Ntp en Afrique du Sud et l'Opal en Australie «afin de charger plus de cibles [irradier plus d'uranium 235] dans ceux qui peuvent en recevoir davantage». «Mais le fait de charger des cibles supplémentaires sera également conditionné par la capacité d'extraction des usines de séparation — situées à proximité des réacteurs — qui reçoivent les cibles irradiées et qui s'appliquent à en extraire le molybdène, a spécifié M. Cabocel. Il serait trop problématique d'expédier des cibles irradiées sur l'Atlantique jusqu'aux installations de MDS Nordion au Canada.» Une fois le molybdène extrait, on le mettra dans des conteneurs, puis on pourra le livrer à des sociétés canadiennes qui en feront des générateurs de technétium.

«Nous souhaitons que les réacteurs d'Europe et d'Afrique du Sud essaient de compenser le manque induit par l'arrêt du NRU de Chalk River, mais comme le NRU était un acteur principal, ce ne sera pas évident», a soutenu M. Cabocel tout en que expliquant qu'il n'est pas facile de modifier la planification des cycles de fonctionnement des six réacteurs. «On essaie de planifier les choses de telle façon qu'il y ait toujours pour la communauté mondiale deux à trois réacteurs qui fonctionnent pendant que les autres sont en "maintenance". Mais il arrive, quand il y a des incidents imprévus comme c'est le cas aujourd'hui, qu'il y ait des périodes plus ou moins longues où un ou deux réacteurs seulement fonctionnent. La semaine prochaine, seul le réacteur en Hollande fonctionnera, la semaine suivante deux, voire trois se remettront en marche. Et donc, les capacités de production redeviendront un peu plus favorables, mais pas forcément avec la possibilité de couvrir tout ce que faisait le NRU à Chalk River. Il subsistera toujours un manque», a-t-il précisé.

Les solutions immédiates ne suffiront visiblement pas à combler tous les besoins de la communauté médicale. «La situation sera très tendue. Bien sûr, on fera en sorte que les utilisateurs apprennent à utiliser plus efficacement le produit. Par exemple, on pourrait planifier le traitement d'un plus grand nombre de patients dans une journée. Le molybdène a une demi-vie de 66 heures, ce qui veut dire que la quantité de molybdène diminue de moitié toutes les 66 heures. En utilisant le produit le plus rapidement possible, on peut ainsi faire un petit gain. Toute la chaîne [des réacteurs à l'hôpital] doit se mobiliser pour minimiser l'effet de cette crise.»
 
 
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  • Bernard Lorazo - Abonné
    23 mai 2009 03 h 35
    Incompétence... une de plus
    La liste des incompétences de ce gouvernement fédéral s'allonge. Après l'alerte ayant conduit au limogeage abusif de la responsable de la sécurité nucléaire, rien n'a été fait pour remédier aux problèmes techniques de ce réacteur plus qu'obsolète. On a préféré traiter le problème de façon politique plutôt que de suivre les recommandations d'une personne compétente. On voit maintenant le résultat. Il ne reste plus à M. Harper qu'à se limoger lui-même!
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  • Rosaire Claveau - Inscrit
    23 mai 2009 08 h 33
    pénurie de radio-isotopes
    Chicoutimi, le 19 mai 2009

    Chalk River


    La source des radio-isotopes médicaux

    La centrale nucléaire de Chalk River a permis de rendre de grands services. La majorité des radio-isotopes médicaux utilisés dans le monde y sont produits.
    Cependant, nous subissons de plus en plus les contraintes reliées aux arrêts de production du Molybdène-99, ces arrêts étant causés par les problèmes liés au vieillissement de la centrale de Chalk River. La durée des coupures de service s'allonge, et leur fréquence augmente, comme dans un mauvais rêve. Pire : conjugué à l'offre des compagnies pharmaceutiques oeuvrant dans le domaine de la médecine nucléaire, la liste des produits disponibles pour l'imagerie s'amenuise, d'année en année.
    Le Molybdène-99, isotope isolé dans une centrale nucléaire et placé dans ce que l'on appelle un générateur, produit, par désintégration, un autre isotope qui a une demi-vie encore plus courte : le Technétium-99m. C'est ce dernier qui est injecté aux patients, et c'est à partir du rayonnement gamma émis par le Technétium-99m, une onde électromagnétique ou une certaine forme de lumière, que l'on réalise des photos avec l'aide d'une caméra à scintillation gamma.
    Récemment, le prix du Molybdène-99 a augmenté de façon substantielle, faisant augmenter, par ricochet, le coût des générateurs Molybdène-99/Technétium-99m. Il est permis de penser que cette augmentation du coût ne soit que le début d'une tendance.

    Que faire alors avec une centrale vieille de 50 ans, vétuste, pilier de la production mondiale de radio-isotopes médicaux, mais à la fiabilité vacillante, sinon douteuse?

    Une solution est à notre portée. Je dirais même qu'elle devrait crever les yeux des initiés.

    La caméra à scintillation

    Suite à une décision éclairée du gouvernement du Québec, des caméras TEP (Tomographie par Émission de Positrons) ont été déployées dans les centres hospitaliers où se pratique l'oncologie. Ces caméras servent aussi à produire des images, mais à partir d'isotopes différents de ceux utilisés avec les caméras gamma conventionnelles.
    On acquiert donc des images en injectant un autre type d'isotope au patient: des isotopes émetteurs de particules bêta+, appelés aussi positrons. Ces radio-isotopes permettent de détecter, et de « suivre » la maladie, à l'aide d'une caméra TEP. Cette technologie est actuellement, et principalement, utilisée en oncologie. Le rendement de la TEP dépasse, en exactitude diagnostique, en capacité à produire des examens rapidement, et en résolution de l'image, tout ce qui se fait actuellement avec les caméras gamma conventionnelles.

    Suivant le déploiement de la TEP, le Québec a rattrapé un retard certain par rapport à ce qui se fait depuis plusieurs années en Europe, de même qu'aux États-Unis. Écart que les autres provinces canadiennes n'ont pas réduit à ce jour. Dans ce domaine, le Québec possède donc une certaine « avance » par rapport aux autres provinces canadiennes.

    Où trouve-t-on ces radio-isotopes émetteurs de positrons? Nulle part, et partout. En fait, on ne les trouve pas, on les fabrique! On se sert d'un appareil, appelé cyclotron, dans lequel des protons sont accélérés pour ensuite entrer en collision avec une cible prédéterminée, pour produire un nouvel élément, un élément émetteur de positrons. Un cyclotron médical moderne peut tenir facilement dans une pièce pas plus grosse qu'un garage simple. Ainsi, pas de dépendance par rapport à une centrale de taille imposante et fonctionnant à l'uranium.
    On peut installer le nombre de cyclotrons que l'on veut, où l'on veut, à proximité des départements, voire à l'intérieur-même des départements de médecine nucléaire.

    Aujourd'hui, au Québec, cette technologie est utilisée principalement dans l'investigation et le suivi du cancer. Mais la TEP peut servir à investiguer des maladies autres que le cancer. On pourrait se servir de la TEP dans d'autres champs d'intérêt de la médecine nucléaire: examens osseux, étude de perfusion et de viabilité myocardiques, études du métabolisme cérébral et tutti quanti.

    Quelques exemples.

    L'étude de la perfusion myocardique à l'effort (marche sur un tapis roulant) est un examen servant à déterminer si le muscle cardiaque reçoit suffisamment de sang pour fonctionner, lorsque le coeur est soumis à un effort. On évalue la perfusion du coeur soumis à un effort, et on la compare avec celle du même coeur lorsqu'il est au repos. Ces études, lorsque réalisées avec la TEP, rendent des valeurs de sensibilité et de spécificité avoisinant 95%. De plus, la TEP permet d'effectuer les 2 phases de l'examen (effort et repos) sur une période d'environ 30 minutes, en place et lieu des protocoles conventionnels qui s'étalent souvent sur 2 jours, avec les caméras gamma conventionnelles.
    L'examen osseux, réalisé avec la TEP, est aussi beaucoup plus performant et rapide que celui effectué à l'aide d'une caméra gamma conventionnelle. On n'a qu'à prendre l'exemple du cancer du sein : on détecte deux fois plus de métastases osseuses avec la caméra TEP, par rapport à ce que peut détecter la caméra gamma conventionnelle. Également, on détecte ces métastases plus tôt, alors qu'elles ont envahi la moelle osseuse, mais avant qu'elles n'atteignent la structure osseuse comme telle.
    Il y aurait plusieurs exemples à donner, mais ces deux seuls exemples suffisent à donner une idée de ce que la TEP peut rendre comme service au patient.

    Le médecin spécialiste en médecine nucléaire

    Le médecin spécialiste en médecine nucléaire doit interpréter l'examen et produire un rapport médical. Il se trouve que la majorité des médecins spécialistes en médecine nucléaire du Québec pourrait interpréter des examens TEP suivant une formation minimale. Dans le cas des examens TEP cardiaques et des examens TEP osseux mentionnés plus haut, par exemple, il serait même facile de passer rapidement à cette technologie.




    L'argent pour le fonctionnement (le nerf de la guerre)

    Il en coûterait 500 millions$ (0,5 milliards$) pour réparer la centrale de Chalk River.
    Actuellement, dans un achat de groupe, et considérant que les coûts immobiliers seraient réduits dans un contexte de remplacement, sans modification immobilière majeure, on pourrait se procurer 20 appareils TEP pour une somme d'environ 60 millions$, soit 12% du coût de réfection de Chalk River. De plus, on renouvelle les départements de médecine nucléaire avec une technologie à la fine pointe, sans avoir à remplacer tout un parc vieillissant de caméras gammas. L'économie est donc encore plus grande. En tenant compte que le Québec représente quelque chose comme 20% du Canada, il demeure une économie d'échelle.
    Quelqu'un de sensé peut-il vraiment penser que l'on doive faire une réfection à grand frais d'une centrale nucléaire vieille de 50 ans, dans le but de continuer à effectuer les mêmes examens, que nous effectuons depuis déjà 20 ans, pendant encore 50 autres années, sans avoir à recourir, à court ou à moyen terme, à un usage plus étendu de la TEP? Ce serait de l'immobilisme, surtout lorsque l'on tient compte de l'évolution de la médecine nucléaire. Déjà, nous sommes rendus au point où la TEP est acceptée, reconnue et demandée.
    Comme l'achat du matériel médical est du ressort provincial, et que la centrale nucléaire de Chalk River est du ressort fédéral, il faudrait cependant que nos ministres de la santé s'entendent entre eux, pour le plus grand bien des patients. Le politique doit donc faire sa part, avec notre argent, afin que se réalise ce changement important.

    Le patient

    On se dégagerait donc d'une dépendance vis-à-vis d'une centrale qui nous a bien servi pendant 50 ans, mais qui est rendue vétuste. En place et lieu, on pourrait produire les radio-isotopes émetteurs de positrons à proximité des hôpitaux, là où sont donnés les soins de santé.
    L'information diagnostique est essentielle au traitement. Pas de diagnostic, pas de traitement. Étant donné la performance de la TEP, on se positionnerait en tête, on offrirait des renseignements de plus grande qualité, et on réduirait le temps des examens.
    Les patients n'en seraient que mieux servis, et mieux évalués.


    Rosaire Claveau M.D., M.Sc.
    Médecine nucléaire, Chicoutimi
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  • Fernand Trudel - Abonné
    23 mai 2009 10 h 40
    Merci aux écolos
    La lutte aux centrales nucléaires faite par les environnementalistes vient de faire d'autres victimes innoncentes.

    Aprèes avoir laissé mourir de fainàm des humains pour faire de l'Éthanol. Avoir refusé d'augmenter la capacité alimentaire en combattant les OGM voici que leur lutte se tourne vers les salles de rayon X des hôpitaux.

    Jusqu'à quand suivrons nous aveuglément ces apôtres de kyoto qui sont en train d'appauvrir et tuer le monde pour leur lubie climatique infondée...

    Chalk River abdique, merci aux écolos environnementalistes.
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  • chamane222 - Abonné
    27 mai 2009 16 h 09
    wow!
    Il va falloir revenir a l'oeil et a l'oreille rapidement
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