Isotopes médicaux - Le dinosaure nucléaire
Il y a une semaine, on a fermé la centrale nucléaire de production d'isotopes médicaux de Chalk River, en Ontario, après avoir découvert une fuite d'eau lourde causée par la corrosion. Conséquence de cette panne: à partir d'aujourd'hui, Énergie atomique du Canada ltée (EACL) n'est plus en mesure de fournir les précieux isotopes à sa clientèle médicale.
Le problème n'est pas mineur. Le réacteur de Chalk River produit la moitié des isotopes médicaux dans le monde et 80 % de ceux qui sont utilisés au Canada, surtout au Québec et en Ontario. Cette interruption, qui pourrait durer plusieurs mois, a-t-on appris hier, forcera le report ou l'annulation de milliers d'examens médicaux, avec les conséquences que l'on imagine.
Ce n'est pas la première fois que l'arrêt de ce réacteur pose problème. On se souviendra que, il y a un an et demi, le gouvernement Harper a fait adopter une loi d'exception forçant la réouverture de la centrale malgré un interdit de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Quelques semaines plus tard, le même gouvernement a congédié la présidente de la CCSN, Linda Keen, comme si cela réglait le problème.
Il n'y a que cinq réacteurs pour produire des isotopes dans le monde, et ils sont tous vétustes. Au même moment où celui de Chalk River tombe en panne, trois autres sont en arrêt planifié pour leur entretien. Mauvaise coordination, certes, mais qui est surtout due au fait que le réacteur canadien ne devait pas s'arrêter en même temps que les autres.
L'incident était tellement prévisible! C'est la quatrième fois depuis un an qu'il faut colmater des fuites d'eau lourde! Le «réacteur national de recherche universel» (NRU) de Chalk River fonctionne depuis 1957. Au plan technologique, c'est un dinosaure qui aurait dû finir ses jours au rebut dès la mise en service de deux nouveaux réacteurs baptisés Maple, il y a quelques années. Or EACL n'a jamais été capable de concevoir cette nouvelle génération de réacteurs nucléaires! L'an dernier, après dix années de retard et des dizaines de millions de fonds fédéraux gaspillés, EACL a donc annoncé l'abandon du projet.
Cette semaine, un professeur de l'Université McGill a proposé que l'on revienne à la technologie d'origine qui a fait ses preuves. Le problème, c'est que cette vieille technologie ne satisfait pas aux normes de sécurité modernes, pas plus qu'une Chrysler des années 1950!
Comment se fait-il qu'Ottawa, qui invoquait l'urgence nationale pour faire adopter une loi d'exception il y a 18 mois, n'ait rien fait depuis pour s'attaquer au problème à long terme avec les autres pays concernés? M. Harper croit-il qu'une nouvelle loi d'exception ferait l'affaire?
***
j-rsansfacon@ledevoir.ca
Le problème n'est pas mineur. Le réacteur de Chalk River produit la moitié des isotopes médicaux dans le monde et 80 % de ceux qui sont utilisés au Canada, surtout au Québec et en Ontario. Cette interruption, qui pourrait durer plusieurs mois, a-t-on appris hier, forcera le report ou l'annulation de milliers d'examens médicaux, avec les conséquences que l'on imagine.
Ce n'est pas la première fois que l'arrêt de ce réacteur pose problème. On se souviendra que, il y a un an et demi, le gouvernement Harper a fait adopter une loi d'exception forçant la réouverture de la centrale malgré un interdit de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Quelques semaines plus tard, le même gouvernement a congédié la présidente de la CCSN, Linda Keen, comme si cela réglait le problème.
Il n'y a que cinq réacteurs pour produire des isotopes dans le monde, et ils sont tous vétustes. Au même moment où celui de Chalk River tombe en panne, trois autres sont en arrêt planifié pour leur entretien. Mauvaise coordination, certes, mais qui est surtout due au fait que le réacteur canadien ne devait pas s'arrêter en même temps que les autres.
L'incident était tellement prévisible! C'est la quatrième fois depuis un an qu'il faut colmater des fuites d'eau lourde! Le «réacteur national de recherche universel» (NRU) de Chalk River fonctionne depuis 1957. Au plan technologique, c'est un dinosaure qui aurait dû finir ses jours au rebut dès la mise en service de deux nouveaux réacteurs baptisés Maple, il y a quelques années. Or EACL n'a jamais été capable de concevoir cette nouvelle génération de réacteurs nucléaires! L'an dernier, après dix années de retard et des dizaines de millions de fonds fédéraux gaspillés, EACL a donc annoncé l'abandon du projet.
Cette semaine, un professeur de l'Université McGill a proposé que l'on revienne à la technologie d'origine qui a fait ses preuves. Le problème, c'est que cette vieille technologie ne satisfait pas aux normes de sécurité modernes, pas plus qu'une Chrysler des années 1950!
Comment se fait-il qu'Ottawa, qui invoquait l'urgence nationale pour faire adopter une loi d'exception il y a 18 mois, n'ait rien fait depuis pour s'attaquer au problème à long terme avec les autres pays concernés? M. Harper croit-il qu'une nouvelle loi d'exception ferait l'affaire?
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