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Isotopes médicaux - Le dinosaure nucléaire

Jean-Robert Sansfaçon   23 mai 2009  Santé
Il y a une semaine, on a fermé la centrale nucléaire de production d'isotopes médicaux de Chalk River, en Ontario, après avoir découvert une fuite d'eau lourde causée par la corrosion. Conséquence de cette panne: à partir d'aujourd'hui, Énergie atomique du Canada ltée (EACL) n'est plus en mesure de fournir les précieux isotopes à sa clientèle médicale.

Le problème n'est pas mineur. Le réacteur de Chalk River produit la moitié des isotopes médicaux dans le monde et 80 % de ceux qui sont utilisés au Canada, surtout au Québec et en Ontario. Cette interruption, qui pourrait durer plusieurs mois, a-t-on appris hier, forcera le report ou l'annulation de milliers d'examens médicaux, avec les conséquences que l'on imagine.

Ce n'est pas la première fois que l'arrêt de ce réacteur pose problème. On se souviendra que, il y a un an et demi, le gouvernement Harper a fait adopter une loi d'exception forçant la réouverture de la centrale malgré un interdit de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN). Quelques semaines plus tard, le même gouvernement a congédié la présidente de la CCSN, Linda Keen, comme si cela réglait le problème.

Il n'y a que cinq réacteurs pour produire des isotopes dans le monde, et ils sont tous vétustes. Au même moment où celui de Chalk River tombe en panne, trois autres sont en arrêt planifié pour leur entretien. Mauvaise coordination, certes, mais qui est surtout due au fait que le réacteur canadien ne devait pas s'arrêter en même temps que les autres.

L'incident était tellement prévisible! C'est la quatrième fois depuis un an qu'il faut colmater des fuites d'eau lourde! Le «réacteur national de recherche universel» (NRU) de Chalk River fonctionne depuis 1957. Au plan technologique, c'est un dinosaure qui aurait dû finir ses jours au rebut dès la mise en service de deux nouveaux réacteurs baptisés Maple, il y a quelques années. Or EACL n'a jamais été capable de concevoir cette nouvelle génération de réacteurs nucléaires! L'an dernier, après dix années de retard et des dizaines de millions de fonds fédéraux gaspillés, EACL a donc annoncé l'abandon du projet.

Cette semaine, un professeur de l'Université McGill a proposé que l'on revienne à la technologie d'origine qui a fait ses preuves. Le problème, c'est que cette vieille technologie ne satisfait pas aux normes de sécurité modernes, pas plus qu'une Chrysler des années 1950!

Comment se fait-il qu'Ottawa, qui invoquait l'urgence nationale pour faire adopter une loi d'exception il y a 18 mois, n'ait rien fait depuis pour s'attaquer au problème à long terme avec les autres pays concernés? M. Harper croit-il qu'une nouvelle loi d'exception ferait l'affaire?

***

j-rsansfacon@ledevoir.ca
 
 
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    23 mai 2009 10 h 05
    Un échec lamentable du gouvernement fédéral
    Un des rôles de nos gouvernements est de planifier à long terme la provision de certains services essentiels au bien-être de la population. Si en plus, ils prennent l'engagement d'offrit eux-mêmes certains de ces services, ils doivent respecter leurs engagements.

    Les interruptions répétées de service de la centrale nucléaire de Chalk River servant à la production d'isotopes médicaux sont un cas où le gouvernement fédéral a lamentablement failli dans ce rôle de planificateur et de pourvoyeurs d'un service essentiel. Ces interruptions ne sont pas causées par des phénomènes imprévisibles; elles étaient prévisibles, comme le dit si bien Jean-Robert Sansfaçon dans son éditorial de ce matin, car elles sont causées simplement par le vieillissement du réacteur. Les interruptions ne viennent pas de la difficulté de trouver une solution à long terme d'un nouveau problème; la solution minimale, soit le remplacement du réacteur par un réacteur quasi-identique a toujours été possible.

    Le problème, c'est la mauvaise gestion, l'incompétence crasse, une piètre détermination des priorités gouvernementales et surtout le manque de responsabilité sociale face à un service essentiel pour la santé de plusieurs Canadiens et de plusieurs personnes dans le reste du monde qui ont besoin de soins médicaux nécessitant l'usage d'isotopes.

    Jean-Pierre Aubry
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