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Nouvelle étude - La cigarette est-elle encore plus dangereuse aujourd'hui?

19 mai 2009  Santé
Washington — Serait-il plus dangereux de fumer aujourd'hui qu'il y a 40 ans? C'est ce que laissent entendre les résultats d'une étude selon lesquels des modifications dans la composition des cigarettes américaines expliqueraient en partie l'augmentation de certaines formes de cancer du poumon.

La moitié des cancers du poumon aux États-Unis pourraient être le résultat de cette composition riche en nitrosamines, substance cancérigène contenue dans le tabac, estime le Dr David Burns, de l'Université de Californie-San Diego, lors d'un congrès de chercheurs spécialistes du tabac. Les scientifiques alertent depuis longtemps sur les effets pervers des cigarettes légères. Mais cette nouvelle étude, bien que préliminaire, est plus approfondie. Curieusement, elle constate que cette augmentation du nombre des adénocarcinomes, un certain type de cancer du poumon, est plus importante aux États-Unis qu'en Australie. Or les deux pays ont commercialisé les cigarettes légères au même moment.

«L'explication la plus probable est le changement dans la cigarette elle-même», a noté Burns, qui fut rédacteur de plusieurs rapports médicaux sur le tabac: et de noter que les cigarettes vendues en Australie contiennent moins de nitrosamines que celles vendues aux États-Unis. Mais cette preuve indirecte nécessite plus de recherches, reconnaît-il toutefois.

Cette étude est cependant mise en avant par les antitabac à l'heure où le Congrès américain réfléchit sur la possibilité de donner à la FDA, l'agence de contrôle du médicament, le pouvoir de décider de la quantité maximum de certaines substances chimiques contenues dans le tabac.

Il fut un temps où les fumeurs développaient le cancer du poumon dans les bronches les plus larges, notamment le «carcinome cellulaire squameux». Puis les médecins ont remarqué que le nombre d'adénocarcinomes faisait un bond. Ce cancer se développe dans les petites bronches profondes du poumon. En cause, la vente de cigarettes dites légères: les fumeurs s'y mettant ont inhalé la fumée plus profondément pour obtenir leur décharge de nicotine, repoussant plus profondément dans les bronches la fumée cancérigène.

L'étude de Burns, présentée à une réunion de la Société pour la recherche sur la nicotine et le tabac, va plus loin. Burns y compare les comportements de fumeurs à différents âges de la vie sur 40 ans, notamment la quantité de cigarettes fumées, l'âge de début et d'arrêt de la consommation... et l'évolution des risques de cancer.

Selon les résultats, le risque de carcinome cellulaire squameux est resté quasi identique. Mais celui d'adénocarcinome a fait un bond, représentant de 65 à 70 % des nouveaux cas de cancer aux États-Unis, contre pas plus de 40 % des cas en Australie. Donc, si le nombre total de cancers aux États-Unis est à la baisse en raison de la diminution du nombre de fumeurs, l'étude laisse entendre que chaque fumeur individuellement a plus de risques d'avoir un cancer.

La composition des cigarettes varie d'un pays à l'autre, en raison des récoltes de tabac locales et des goûts différents des populations. Le niveau de nitrosamines, produit dérivé du traitement du tabac, varie pour des raisons variées, notamment les différences dans les pratiques de séchage.

Les cigarettes australiennes ne contiennent que 20 % de la quantité de nitrosamines contenue dans les cigarettes américaines, ce qui fait de cette substance le suspect principal, a conclu Burns.

Le rôle de l'inhalation profonde

Ce qui n'exclut pas le rôle joué par l'inhalation profonde, renchérit le Dr Michael Thun, de la Société américaine du cancer: «Nous avons une liste de plusieurs suspects sérieux qui peuvent agir simultanément.»

Le porte-parole du fabricant de cigarettes Philip Morris, David Sutton, a pour sa part expliqué que la société avait commencé en 2000 à diminuer la quantité de nitrosamines dans ses produits.

Mais il ne faut pas estimer que des cigarettes avec moins de nitrosamines sont moins mortelles, a mis en garde pour sa part le Dr Neal Benowitz, de l'Université de Californie à San Francisco, spécialiste du tabac renommé. Le cancer du poumon n'est pas le seul risque, le tabac favorisant les maladies cardiovasculaires et bien d'autres cancers. «Réduire le risque de 10 %, ça n'est pas réellement significatif pour un individu. L'objectif reste de le faire arrêter.»
 
 
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