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Grippe porcine - Fait-on beaucoup de bruit pour rien?

Lisa-Marie Gervais   30 avril 2009  Santé
Le virus de la grippe porcine
Photo : Agence Reuters
Le virus de la grippe porcine
Le virus de la grippe porcine continue de se propager si bien que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a relevé son niveau d'alerte à 5 et a conclu à une pandémie «imminente». Pourtant, malgré les multiples foyers d'infection et la prolifération de certains cas suspects, ceux-ci se confirment au compte-goutte et demeurent peu nombreux, en chiffres absolus. Même s'il pourrait s'élever à près de 160, le nombre de morts confirmé par l'OMS, huit jusqu'ici, apparaît peu significatif. Les autorités sanitaires ne recommandent pas non plus de restreindre les déplacements. Fait-on beaucoup de bruit pour rien?

Pas vraiment, affirment les scientifiques. Selon Jean-Pierre Vaillancourt, épidémiologiste à l'École de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal, sans alarmer à tort la population, le potentiel de la pandémie est grand. D'abord parce que le virus est nouveau et que sa virulence, encore inconnue et impossible à déceler, pourrait vraisemblablement augmenter. «C'est quoi le mode d'interaction du virus avec l'humain? Il y a peut-être des facteurs de pathogénécité et de virulence qui sont différents, c'est ça qui dérange», a-t-il dit. Ensuite, parce que c'est un virus qui, contrairement à celui qui infecte les gens en «haute saison» d'épidémie d'influenza, semble s'attaquer aux jeunes gens avec un système immunitaire fort et non aux personnes âgées.

Un virus complexe

Spécialiste en microbiologie et infectiologie, le professeur à l'Université de Sherbrooke Éric Frost, reconnaît que pour l'instant, le potentiel de la pandémie peut être difficile à comprendre. «D'après les plus récentes informations, on n'a pas l'impression que c'est une pandémie d'une sévérité similaire à la grippe aviaire, mais nous savons que la souche [de la grippe porcine] est la même que la grippe espagnole qui a fait tant de morts en 1918», a-t-il dit. L'importance de surveiller l'évolution de l'épidémie de grippe actuelle viendrait justement du fait que personne ne peut en prédire l'ampleur. «On n'a pas de boule de cristal qui pourrait nous dire combien de morts il y aura», a-t-il insisté. «On n'en sait très peu sur les gènes responsables de la sévérité de l'infection. C'est un peu comme se questionner sur ce qui fait qu'un homme tombe amoureux d'une femme plutôt que d'une autre. Il y a tellement d'interactions possibles entre le virus et les cellules d'un individu», explique-t-il. Le virus A/H1N1 d'un type inédit mélange des gènes d'origine porcine, aviaire et humaine.

Selon les Centres de maladie et de prévention américains, il y a eu aux États-Unis environ 36 000 décès de personnes, surtout âgées, contaminées par le virus de l'influenza, soit une faible proportion du total des gens contaminés. Dans le cas de l'actuelle grippe porcine, le fait qu'il y ait, rien qu'au Mexique, près de 160 morts potentiellement liées au virus sur quelques milliers de cas suffit à inquiéter les autorités.

Trop de battage?

Le directeur de l'Agence de santé publique du Canada, David Butler-Jones, ne croit pas alarmer inutilement la population. «On est inquiet et on prend la situation actuelle très au sérieux. Dans une saison de grippe normale, on peut avoir 10 % de la population infectée. Mais dans le cas d'une pandémie, ça peut monter à 30 ou 35 % de la population. Il faut être très vigilant. On ne sait toujours pas si cette pandémie sera faible ou forte.»

Si la pandémie ne s'avère finalement pas aussi dévastatrice, c'est peut-être que les gouvernements auront bien réussi leur travail de prévention, «basé sur une bonne communication», pense M. Vaillancourt. «Depuis la dernière pandémie de 1968, on a Internet et les Blackberry. Il est maintenant important de suivre en temps réel la progression de la maladie partout dans le monde. On est certainement en mesure de mieux contenir la pandémie», a-t-il souligné, en citant les efforts des gouvernements québécois et canadien qui tiennent quotidiennement un point de presse depuis quelques jours.

Interrogée sur les possibles dérapages de ce battage médiatique, la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a rappelé l'importance de rapporter les faits et l'information sur le nombre de cas. «En 2006, un peu après le SRAS, on a élaboré un plan en cas de pandémie et on applique aujourd'hui ce plan. L'un des volets est la transparence absolue.» Et pour le Dr Butler-Jones, les médias jouent un rôle dans la transmission du message, «ne serait-ce que pour dire aux gens comment se protéger. Il faut un certain niveau d'attention pour faire réagir les gens».

Le bilan s'alourdit

Pendant ce temps, ailleurs dans le monde, la grippe porcine continue de se propager. Prudente, l'Organisation mondiale de la santé a confirmé 148 cas de grippe porcine dans le monde, notamment en Allemagne, en Autriche, au Canada, au Costa-Rica, en Grande-Bretagne, en Israël, en Nouvelle-Zélande et en Espagne. Au Mexique, le foyer présumé de l'épidémie, 26 cas dont 7 mortels ont été diagnostiqués, mais ce pourrait être beaucoup plus, rapportent les autorités.

Aux États-Unis, les CDC ont confirmé 91 cas de grippe porcine dans 10 États, dont 51 à New York et 16 au Texas, où a été enregistré le premier cas mortel de la grippe, un enfant de moins de deux ans. Cet État voisin du Mexique est d'ailleurs le deuxième à décréter l'État d'urgence après la Californie. Sur les quelque 100 000 que compte le pays, une centaine d'écoles ont été fermées.

Au Québec, il n'y aurait toujours pas de cas déclaré, mais cela ne saurait tarder a rappelé Alain Poirier, directeur de la Santé publique du Québec. Il n'y aurait donc pas «d'exception québécoise», mais plutôt un retard de diagnostic, soutient le microbiologiste Éric Frost. «Si on se fie aux cas déclarés et qu'on fait des probabilités, le Québec devrait déjà avoir [des cas de grippe porcine]. C'est parce qu'on est une plus petite population», a-t-il soutenu. Et confirmer un cas prend plusieurs jours. À cet effet, le directeur de la Santé publique prévoit que «d'ici 24 à 48 heures», le Québec aura des tests de dépistage lui permettant d'accélérer les diagnostics.

Selon M. Frost, il y aurait lieu de porter une attention particulière aux pays moins développés situés en Afrique ou en Asie qui «n'ont pas la capacité de diagnostiquer les cas et encore moins de les traiter». «Les autorités sanitaires sont tellement préoccupées par l'Europe et les pays d'Amérique du Nord, là où [les dirigeants] habitent, qu'ils ne se posent plus de questions sur le reste du monde, là où l'épidémie risque d'être beaucoup plus sévère», s'est-il inquiété.

***

avec la collaboration d'Alec Castonguay et l'Agence France-Presse
 
 
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  • Robert Henri - Inscrit
    30 avril 2009 07 h 13
    Si rien n'était fait?
    On avertit les gens. On les conseille. On les informe. On se prépare. Si rien ne se passe, on aura réussi et les imbéciles crieront au gaspillage et accuseront tout-un-chacun de «crier au loup pour rien. Si on ne faisait rien et que du monde se mette à crever, les mêmes imbéciles seraient les premiers à se plaindre. maudite gang de chiâleux!

    Peut-être que ce sera cette pandémie crainte qui réglera au moins en partie et dans la douleur le problème de surpopulation qui sera pire; la pandémie avec les désastres naturels puisque c'est toujours la nature qui gagne en fin de compte.
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  • Lukas Lafond-Rivard - Abonné
    30 avril 2009 07 h 43
    Le risque de pandémie inquiète plus, mais savez-vous quoi?
    256 personnes mortes du SRAS. En 2005, aux USA seulement, 63,001 sont mortes de complications de l'influenza/pneumonie. Hier Plus un grand nombre de personnes sont mortes de crise cardiaque, ou de cancer du poumon.

    Il faut relativiser. Des pandémies sont possibles, même avec la grippe conventionnelle. En plus la grippe porcine ne tue pas plus les gens en santé... C'est pas la méningite, ni l'ébola, ni le sida.
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  • Frèd'Rec Morin - Inscrit
    30 avril 2009 08 h 11
    Pour rien?
    La peur paralyse!
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  • Jean-Pierre Aubry - Abonné
    30 avril 2009 08 h 37
    Après la crise, un post-mortem s'impose
    Pour le moment, il faut laisser les groupes d'experts, tant au niveau national qu'au niveau international faire leur travail en mettant en place les mesures qu'ils jugent nécessaires pour arrêter cette épidémie.

    Cependant, une fois que la situation sera redevenue à la normale, il faudra que ceux-ci nous fassent un bilan des mesures qu'ils ont prises. Il faudra que les gouvernements nationaux et l'Organisation mondiale de la santé acceptent que des experts, totalement indépendants de ceux qui ont géré cette épidémie, fassent et publient des analyses post-mortem des mesures prises et la gestion de cette crise.

    En passant, après le passage en l'an 2000, les autorités nationales et internationales qui avaient crié au loup et mis en place des mesures très dispendieuses pour faciliter ce passage n'ont pas fait des analyses post-mortem de qualité, surtout après que l'on se soit rendu compte qu'il n'y avait pas de loup.


    Jean-Pierre Aubry
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  •  
  • Stéphanie LeBlanc - Inscrite
    30 avril 2009 09 h 52
    Principe de précaution
    Le principe de précaution n'a rien à voir avec le fait de s'inquiéter pour rien. Les mutations de virus comme le H1N1 sont imprévisibles et échangent du matériel génétique entre elles. On ne sais jamais quand on va se retrouver avec une souche particulièrement meurtrière et il ne faut pas attendre que la situation devienne ingérable pour agir.

    Je crois que les gens qui minimisent la situation le font parce que l'influenza fait tellement partie du paysage que nous ne la voyons même plus. Un peu comme les risques de tremblements de terre dans des pays à risques. Les tremblements de terre y sont aussi dangereux qu'ailleurs mais la population est habituée à vivre avec ce risque.

    On peut toujours faire des comparaison avec le cancer ou le VIH mais le cancer ne se transmet pas et le VIH ne se transmet que par certains liquides biologiques.

    Même si la mortalité du H1N1 s'avérait faible, une société ne peut pas fonctionner normalement avec 30-35% de sa population malade (à qui on dit de rester à la maison pour ne pas contaminer les autres!) Parmi les gens malades, il y aura du personnel médical, des pompiers et des travailleurs qui assurent l'approvisionnement en nourriture et en argent dans les guichets automatiques. Nous devons pensez maintenant à ce genre de détail pour ne pas être pris au dépourvu.

    Ne confondons pas le nombre avec la proportion. 36 000 cas sur les millions de personnes qui attrapent l'influenza chaque année aux É-U c'est peu en terme de proportion, beaucoup moins en fait que 160 morts rien qu'au Mexique sur quelques milliers de cas!
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  •  
  • Dominic Pageau - Abonné
    30 avril 2009 11 h 28
    Le mexique a diminué son bilan : 8 morts
    Beaucoup de bruit pour rien?


    Assurément, Obama viens d'investir 1,5 milliards dans les vaccins et mesures préventives, au grand plaisir des pharmaceutiques.

    La grippe ordinaire est pire.
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  •  
  • Marc André Bélanger - Inscrit
    30 avril 2009 13 h 16
    Réponse à Mme Leblanc
    "beaucoup moins en fait que 160 morts rien qu'au Mexique sur quelques milliers de cas!" En fait, les 160 morts sont loin d'être confirmés, et les quelques milliers de cas ne représente aucunement le nombre réel de personne infectées, lequel est pour l'instant inconnu. Il se pourrait fort bien que ce soit des millions, et que seuls quelques milliers ont été recensés, puisque présentant les symptômes.

    Je n'ai rien contre les précautions, mais à l'heure actuelle, sans cas grave au Canada, un grand nombre de pharmacies accusent déjà des pénuries de Tamiflu, etc. Que va-t-il arriver lorsque de les vrais cas vont se présenter?
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  •  
  • André Chamberland - Inscrit
    1 mai 2009 12 h 49
    Simplement détourner l'attention pour faire oublier la crise économique
    Et si demain, la nouvelle panique pandémique était le virus du chien (ou du chat)? Eux vivent dans nos maisons mais pas les cochons. Qui vit avec un cochon dans sa maison? Pas de panique!

    Imaginez votre animal préféré avec un masque, en quarantaine juste avant l'extermination rapide et inconditionnelle de la race canine. Y a de quoi paniquer, n'est-ce pas? Surtout pour un Anglais!

    Les bénéficiaire de ces paniques en inventent une chaque année (Virus du Nil, Maladie du mouton, la vache folle, la grippe aviaire, la grippe porcine, etc.) et nous sommes toujours vivant.

    On se promet qu'on ne nous y prendra plus, mais à chaque fois, on panique encore et encore. On a tué des milliers de volailles, de vaches, de moutons. On tuera des milliers de cochons puis de chiens et de chats.

    Ces génocides semblent émouvoir beaucoup plus d'humains que les activités guerrières, de prédation économique ou sexuelle, d'enlèvement d'enfants et de femmes, de meurtres, etc. partout dans le monde entier...et surtout sur tous les écrans de télévision.

    Un jour, ce sera une grippe féminine, ou masculine, ou homosexuelle, ou simplement humaine. Y a-t-il quelquechose de plus inhumain qu'une grippe humaine pandémique. Combien de gens tuera-t-on comme des vaches, des moutons, des cochons...des chiens et des chats?

    Cessons de paniquer!

    André Chamberland, écrivain et éditeur,
    artiste peintre, poète et philosophe temporel
    1315, Chemin du Sault, condo # 11
    Saint-Romuald (Québec) Canada G6W 2M6

    andre.cham@sympatico.ca
    (418) 834-1063
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  •  
  • Christian Montmarquette - Inscrit
    2 mai 2009 07 h 01
    @André Chamberland - L'argent comme vecteur de la maladie...
    (Billet)

    Attention... Attention.. !

    Les dollars et l'argent pourraient désormais être considérés comme d'importants vecteurs de diffusion de la Grippe porcine !

    C'est ce que révélait le communiqué issu d'une récente rencontre de la Coalition du Conseil du Patronat et des Institutions financières le CCPIF.

    « ..L'argent doit de toute urgence être retiré des mains et des poches des travailleurs afin de les protéger ainsi que leur famille..» ...affirmait pas plus tard qu'hier et sans détours le comité du CCPIF.

    Le président de la Coalition, Monsieur Tède Cochon, affirme se sentir lui-même très près du dossier et avoir déjà pris un nombre imposant de vigoureuses mesures afin de protéger la population de cette virulente pandémie !

    «Aucun efforts n'ont été négligés !» a-t-il déclaré :

    - Hausses d'intérêts, baisses de salaires, coupures drastiques, congédiements arbitraires, expropriations etc... Même des mises en demeure massives ont été expédiées afin de provoquer des faillites !

    Non peu fier de ces mesures et s'estimant plus que satisfait de ses efforts afin de contenir ce terrible fléau international, Monsieur Cochon estime qu'il n'est plus nécessaire de s'alarmer, puisque les actions ($) de la CCPIF feront en sorte que les gens crèveront de faim plutôt que de cette terrible maladie...

    - $ -
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