Porcine, mexicaine ou nord-américaine, la nouvelle grippe? - Nommer n'est pas sans conséquences
Cette grippe est-elle porcine, mexicaine ou nord-américaine? Ou s'agit-il d'une nouvelle grippe, tout simplement?
Il n'y a rien d'innocent et certaines dénominations moins objectives que l'appellation alphanumérique du virus A/H1N1 auront à coup sûr des conséquences politiques et économiques. Les médias, comme les politiciens mexicains, ne parlent presque pas de grippe mexicaine, mais plutôt de «gripa porcina» ou d'«influenza porcina». Ils désespèrent de voir leur pays stigmatisé comme source du problème, avec d'évidentes conséquences catastrophiques sur l'industrie touristique.
L'industrie porcine n'est pas plus dupe des enjeux. L'Union européenne préconise de parler de nouvelle grippe, tout simplement, afin de minimiser les impacts sur les producteurs et les vendeurs de cochons.
«Au cours de la fin de semaine, les autorités ont annoncé que c'était un virus provenant des porcs, ce qui a fait peur aux gens, qui ont cessé de manger de la viande de porc, raconte la Mexicaine Alba Sanchez, dans un texte-témoignage envoyé au Devoir. Ceci a affecté les carnitas [étals de rue qui vendent des plats à base de porc]. Pourtant, me disais-je, les carnitas que je fréquente sont délicieux, très propres et très attentifs aux risques sanitaires.»
Dès lundi après-midi, la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) publiait un communiqué pour rassurer la population. «Les fermes porcines du Québec sont bien protégées contre ce type d'infection», disait le texte. On pouvait aussi y lire que la grippe se propage entre humains et ne peut pas se transmettre par la consommation de viande de porc. Plus de la moitié de la production de porc du Québec est exportée dans 75 pays.
Étrangement, le court texte de la FPPQ utilisait «grippe porcine» à trois reprises alors que l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) juge le terme inapproprié, le virus n'ayant pas été isolé chez des animaux. L'OIE discute avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et propose plutôt de parler de grippe nord-américaine. Le Conseil canadien du porc approuve.
En Israël, le terme «grippe porcine» est maintenant écarté pour des raisons confessionnelles. Le vice-ministre israélien de la Santé, lui-même ultraorthodoxe, a décidé de retenir la référence mexicaine dans ses interventions. «Je vais parler de grippe du Mexique pour ne pas avoir à prononcer le mot "porc"», a-t-il expliqué.
L'Histoire regorge d'exemples d'utilisation idéologique des noms de maladies. Dès les premiers signes d'éclosion de l'épidémie du sida, l'appellation de «cancer gay» a concentré les préjugés entourant cette maladie.
La syphilis a été appelée le «mal de Naples», «mal des Anglais» ou «mal des Français», alors qu'elle se riait des frontières. Henri VIII, Napoléon et Beethoven en ont souffert, tout comme Christophe Colomb, qu'une rumeur persistante place à l'origine de cette «grande vérole» dans le Vieux Monde, où elle existait probablement depuis l'Antiquité.
La terrible grippe espagnole s'avère tout aussi mal nommée. Elle doit cette référence ibérique à la simple raison que l'Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, fut le premier pays à publier librement des informations sur la pandémie, apparemment originaire de Chine. C'est encore la faute aux médias, quoi...
Il n'y a rien d'innocent et certaines dénominations moins objectives que l'appellation alphanumérique du virus A/H1N1 auront à coup sûr des conséquences politiques et économiques. Les médias, comme les politiciens mexicains, ne parlent presque pas de grippe mexicaine, mais plutôt de «gripa porcina» ou d'«influenza porcina». Ils désespèrent de voir leur pays stigmatisé comme source du problème, avec d'évidentes conséquences catastrophiques sur l'industrie touristique.
L'industrie porcine n'est pas plus dupe des enjeux. L'Union européenne préconise de parler de nouvelle grippe, tout simplement, afin de minimiser les impacts sur les producteurs et les vendeurs de cochons.
«Au cours de la fin de semaine, les autorités ont annoncé que c'était un virus provenant des porcs, ce qui a fait peur aux gens, qui ont cessé de manger de la viande de porc, raconte la Mexicaine Alba Sanchez, dans un texte-témoignage envoyé au Devoir. Ceci a affecté les carnitas [étals de rue qui vendent des plats à base de porc]. Pourtant, me disais-je, les carnitas que je fréquente sont délicieux, très propres et très attentifs aux risques sanitaires.»
Dès lundi après-midi, la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) publiait un communiqué pour rassurer la population. «Les fermes porcines du Québec sont bien protégées contre ce type d'infection», disait le texte. On pouvait aussi y lire que la grippe se propage entre humains et ne peut pas se transmettre par la consommation de viande de porc. Plus de la moitié de la production de porc du Québec est exportée dans 75 pays.
Étrangement, le court texte de la FPPQ utilisait «grippe porcine» à trois reprises alors que l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE) juge le terme inapproprié, le virus n'ayant pas été isolé chez des animaux. L'OIE discute avec l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et propose plutôt de parler de grippe nord-américaine. Le Conseil canadien du porc approuve.
En Israël, le terme «grippe porcine» est maintenant écarté pour des raisons confessionnelles. Le vice-ministre israélien de la Santé, lui-même ultraorthodoxe, a décidé de retenir la référence mexicaine dans ses interventions. «Je vais parler de grippe du Mexique pour ne pas avoir à prononcer le mot "porc"», a-t-il expliqué.
L'Histoire regorge d'exemples d'utilisation idéologique des noms de maladies. Dès les premiers signes d'éclosion de l'épidémie du sida, l'appellation de «cancer gay» a concentré les préjugés entourant cette maladie.
La syphilis a été appelée le «mal de Naples», «mal des Anglais» ou «mal des Français», alors qu'elle se riait des frontières. Henri VIII, Napoléon et Beethoven en ont souffert, tout comme Christophe Colomb, qu'une rumeur persistante place à l'origine de cette «grande vérole» dans le Vieux Monde, où elle existait probablement depuis l'Antiquité.
La terrible grippe espagnole s'avère tout aussi mal nommée. Elle doit cette référence ibérique à la simple raison que l'Espagne, non impliquée dans la Première Guerre mondiale, fut le premier pays à publier librement des informations sur la pandémie, apparemment originaire de Chine. C'est encore la faute aux médias, quoi...
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