Une pandémie de complots
Quand la rumeur est plus contagieuse qu'un virus
Photo : Agence France-Presse
Notre photo principale montre des voyageurs à leur arrivée à l’aéroport international de Jakarta, en Indonésie, où un scanner permet de prendre leur température.
Le virus des rumeurs se répand encore plus vite que celui de la grippe. Alba Sanchez, qui habite Mexico, s'est fait servir une explication liant la grippe porcine aux narcotrafiquants par des amis croisés samedi soir dans la capitale du Mexique. Le lendemain, un courriel d'un ami l'avertissait qu'un virus plus virulent encore flottait «au-dessus de la ville» et s'avérait «entièrement mortel pour tous ceux qui l'attrapent». Elle-même donne plus de crédit à l'implication du gouvernement cherchant à faire diversion sur la crise avec cette maladie qui tombe à point.
«Nous avons donc quatre versions possibles, résume la jeune femme de 21 ans, dans un courriel parvenu au Devoir. Le virus est une souche d'influenza, le virus est causé par les narcotrafiquants, le virus est une distraction du gouvernement, ou le virus est encore plus mortel que l'influenza. La blague qui court, c'est que Mexico souffre de quelque chose de jamais vu depuis l'épidémie de 1918 en Espagne, qui elle aussi provenait des porcs.»
Pour la professeure Julie-Anne Boudreau de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) ce genre d'interprétations ne peut pas simplement être balayé comme insignifiant. «Ce qui m'a frappé dans ce qu'écrit Itzel, c'est la façon dont elle décrit la panique et la paranoïa, surtout, qui frappe la ville», écrit la titulaire de la chaire du Canada sur la ville et les enjeux politiques liés à l'insécurité. Elle a traduit et diffusé le courriel de Mme Sanchez, sa belle-fille. «Les rumeurs qui courent, les liens que font les gens entre plusieurs sources de peur (les narcotrafiquants, dont les médias ont amplement parlé, la crise économique, la corruption de l'État, les tremblements de terre). Bien sûr, son courriel pourrait être interprété comme versant un peu dans la théorie du complot. Mais je pense qu'il révèle quelque chose de beaucoup plus fondamental: le manque de confiance envers les autorités publiques (nationales et internationales), certes, mais aussi envers la situation économique.»
La philosophe Hannah Arendt observait déjà que les théories du complot donnent une certaine cohérence au monde et rassurent les foules. Une dérive typique se présente sous l'hypothèse d'une manipulation des masses par un pouvoir secret, minoritaire, élitiste, souvent riche et puissant. Cette conjuration propose finalement un cadre d'explication fondé sur des préjugés et une capacité fictionnelle pouvant tenir de l'hallucination interprétative.
Maintenant qu'Internet favorise la propagation des ouï-dire à une vitesse exponentielle, la contagion atteint le monde virtuel au grand complet. Des théories du complot relayées par des blogues ou des sites (comme globaldashboard.org) parlent d'un virus développé en laboratoire et diffusé délibérément pour limiter l'accroissement de la population ou encore plus machiavéliquement, pour faire vendre un nouveau vaccin. Une autre idée farfelue évoque une tentative pour assassiner le président Obama, en visite au Mexique le 16 avril. Une idée moins bizarroïde, reprise dans un éditorial de La Cronica, demande si le gouvernement mexicain n'a pas tout simplement retenu l'information sur l'épidémie pour ne pas entacher la prestigieuse visite présidentielle.
Chaque catastrophe stimule les méninges des cabalistes nouveau genre, toujours prêts à découvrir des conjurations cachées derrière les évidences. Et ce sont évidemment toujours les juifs, boucs émissaires par excellence, qui écopent. La peste noire a déclenché des pogroms mortels partout en Europe. Les attentats du 11-Septembre ont vite été liés au Mossad par les antisémites d'aujourd'hui.
Le site québécois 911truth-sherbrookeexprimetoi.net exploite cette veine à sa façon. Son mot d'ordre: propager le germe de la vérité. Un exemple récent? Dimanche, le site parlait de «preuves alarmantes qui ont été cumulées par des sources scientifiques sérieuses à l'effet que [sic] le gouvernement des États-Unis soit sur le point [de posséder] ou aurait déjà une arme qui porte le nom de "grippe aviaire"»...
«Nous avons donc quatre versions possibles, résume la jeune femme de 21 ans, dans un courriel parvenu au Devoir. Le virus est une souche d'influenza, le virus est causé par les narcotrafiquants, le virus est une distraction du gouvernement, ou le virus est encore plus mortel que l'influenza. La blague qui court, c'est que Mexico souffre de quelque chose de jamais vu depuis l'épidémie de 1918 en Espagne, qui elle aussi provenait des porcs.»
Pour la professeure Julie-Anne Boudreau de l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) ce genre d'interprétations ne peut pas simplement être balayé comme insignifiant. «Ce qui m'a frappé dans ce qu'écrit Itzel, c'est la façon dont elle décrit la panique et la paranoïa, surtout, qui frappe la ville», écrit la titulaire de la chaire du Canada sur la ville et les enjeux politiques liés à l'insécurité. Elle a traduit et diffusé le courriel de Mme Sanchez, sa belle-fille. «Les rumeurs qui courent, les liens que font les gens entre plusieurs sources de peur (les narcotrafiquants, dont les médias ont amplement parlé, la crise économique, la corruption de l'État, les tremblements de terre). Bien sûr, son courriel pourrait être interprété comme versant un peu dans la théorie du complot. Mais je pense qu'il révèle quelque chose de beaucoup plus fondamental: le manque de confiance envers les autorités publiques (nationales et internationales), certes, mais aussi envers la situation économique.»
La philosophe Hannah Arendt observait déjà que les théories du complot donnent une certaine cohérence au monde et rassurent les foules. Une dérive typique se présente sous l'hypothèse d'une manipulation des masses par un pouvoir secret, minoritaire, élitiste, souvent riche et puissant. Cette conjuration propose finalement un cadre d'explication fondé sur des préjugés et une capacité fictionnelle pouvant tenir de l'hallucination interprétative.
Maintenant qu'Internet favorise la propagation des ouï-dire à une vitesse exponentielle, la contagion atteint le monde virtuel au grand complet. Des théories du complot relayées par des blogues ou des sites (comme globaldashboard.org) parlent d'un virus développé en laboratoire et diffusé délibérément pour limiter l'accroissement de la population ou encore plus machiavéliquement, pour faire vendre un nouveau vaccin. Une autre idée farfelue évoque une tentative pour assassiner le président Obama, en visite au Mexique le 16 avril. Une idée moins bizarroïde, reprise dans un éditorial de La Cronica, demande si le gouvernement mexicain n'a pas tout simplement retenu l'information sur l'épidémie pour ne pas entacher la prestigieuse visite présidentielle.
Chaque catastrophe stimule les méninges des cabalistes nouveau genre, toujours prêts à découvrir des conjurations cachées derrière les évidences. Et ce sont évidemment toujours les juifs, boucs émissaires par excellence, qui écopent. La peste noire a déclenché des pogroms mortels partout en Europe. Les attentats du 11-Septembre ont vite été liés au Mossad par les antisémites d'aujourd'hui.
Le site québécois 911truth-sherbrookeexprimetoi.net exploite cette veine à sa façon. Son mot d'ordre: propager le germe de la vérité. Un exemple récent? Dimanche, le site parlait de «preuves alarmantes qui ont été cumulées par des sources scientifiques sérieuses à l'effet que [sic] le gouvernement des États-Unis soit sur le point [de posséder] ou aurait déjà une arme qui porte le nom de "grippe aviaire"»...
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