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Santé: Pesticides, bis

5 avril 2003  Santé
Je ne crois pas avoir écrit de chronique qui vous ait davantage inquiétés que celle où je parlais des poisons qu'on nous fait avaler incognito avec le céleri. Parfait : inquiétez-vous. Posez des questions. Aux agriculteurs quand vous allez au marché, aux politiciens quand ils sont en campagne électorale, à votre centre jardin, partout ! Et souvenez-vous : les enfants sont toujours les plus vulnérables.

Vous me demandez : en ce qui concerne les tomates, le Mexique est-il pire, et ce, surtout l'hiver ou tout le temps ? Y a-t-il d'autres légumes que ceux nommés dans la chronique ? Comment les pesticides percent-ils la peau épaisse d'une courge ?

Commençons par cet aspect. Les pesticides sont vaporisés sur la plante... parfois même avant qu'elle ne pousse. Le pesticide pénètre dans la terre, dans le système racinaire... Et de quoi se nourrit la plante qui donne le légume ou le fruit ? Celui-ci aura donc l'épaisseur de peau que vous voulez, si ça vient de l'intérieur, ça reste dedans.

Les fruits et les légumes les plus à risques ? Les fraises, et vous avez lu les récents reportages sur les bananes... En mai 2000, le magazine Protégez-vous avait fait faire des tests : les pommes contenaient 14 pesticides différents, trois fois sur quatre. Les poivrons, huit pesticides... Les chercheurs pensent que nous avons tous (99 %) des résidus de pesticides dans le sang. Les pesticides peuvent être transmis au foetus par le placenta ou à l'enfant par le lait de l'allaitement. La liste des problèmes de santé liés aux pesticides est longue et les recherches pour confirmer ces liens sont ardues et contestées... par l'industrie, comme de raison.

Vous vous dites que les gouvernements nous protègent des pesticides utilisés au Mexique, qui doivent être homologués ? C'est beau, la confiance ! Il est vrai que Santé Canada a montré qu'il se préoccupe de la santé de l'économie, et, de fait, les négociations vont bon train : un jour, seuls les bons poisons entreront au pays. C'est le libre-échange.

Posons donc la question à l'inverse : y a-t-il des fruits ou des légumes arrosés de pesticides qui ne soient pas à risques ? Doit-on accepter qu'un légume OGM dans le gène duquel on a intégré un insecticide nous soit présenté sans se nommer ? Moi, je ne réussis pas à me convaincre que même un petit peu de poison, ce n'est pas grave. En même temps, je me dis : même avec tous les polluants qui m'assaillent, je tiens encore le coup !

Puis, je me rappelle qu'on ne fait pas le lien de cause à effet dans la plupart des maladies que nous développons. Les accidents, oui : ça fait boum, c'est cassé. Le cancer, le mal de foie, l'asthme et les allergies... On cherchera encore longtemps ; les désaccords sont plus nombreux que les certitudes. Une chose est sûre : la contamination de l'environnement ne rend pas malade tout de suite. Les symptômes sont nombreux et flous, et les effets sur la santé dépendent de la dose. Alors, les pesticides ? Dans le mot « pesticide », il y a les mots « production », « productivité », « profit ». Il n'y a pas le mot « santé ».

Les pesticides sont aussi utilisés pour les pelouses. Ces dernières années, les terrains de golf ont été montrés du doigt. Vous-mêmes, à la maison, utilisez des pesticides si vous avez une bouteille qui contient un insecticide ou si vous vous servez de fongicides ou d'herbicides, aussi appelés désherbants, voire d'acaricides — et, pour résumer, tout ce qui lutte contre un envahisseur et finit en « ide » : ce sont des membres de la grande famille des pesticides, qu'ils soient sur les tablettes des commerces ou chez les agriculteurs.

Nous jouons donc tous un rôle dans la propagation des poisons. Pointer les agriculteurs, c'est sans doute notre devoir pour exercer des pressions, mais ce sont les normes exigées et les solutions alternatives proposées qui comptent. Notre type d'agriculture est basé sur la monoculture : quand vous avez une bibitte qui tombe sur le snack du siècle, elle appelle toute sa gang : youppi ! Une critique radicale de l'usage des pesticides appelle donc à revoir notre type d'agriculture. Beau contrat.

En période électorale, c'est aussi le temps de demander ce que proposent les partis pour encourager l'agriculture sans pesticides, l'étiquetage des OGM, ce genre de choses. On vous répondra que le gouvernement québécois encourage dorénavant la lutte intégrée, c'est-à-dire l'utilisation ciblée des pesticides et l'apprentissage de connaissances écologiques. On ajoutera que notre nouveau code des pesticides interdit la vente de pesticides et leur utilisation... dans trois ans. C'est bien. Mais tout de suite, ce serait pas mal non plus, et dans mon assiette, je préfère encore le bio.

Ces temps-ci, la rumeur dit : cessons d'acheter américain. Boycotter a toujours été efficace quand c'était massif. Alors, si vous avez peur des pesticides, de la baisse de la fertilité chez les hommes, des troubles du système nerveux, des maladies de peau, des risques de fausses couches ou des maladies congénitales... pensez à une alimentation qui provient de l'agriculture biologique. Quand on parle de commerce équitable autour de la table chez nous, on tombe d'accord : dans un pays riche, on peut payer un dollar de plus pour aider un paysan pauvre d'un pays pauvre à vivre dignement. On pense comme ça aussi quand on a le choix du bio, et, non, tout n'est pas bio sur la table. Je ne suis pas en religion, je veux être en santé. On fait du mieux qu'on peut. Vous aussi, et la route est longue.


- Au Québec : http://www.cap-quebec.com
- Le Pesticide Action Network : http://www.panna.org/
- La bible technique : Répertoire des principaux pesticides utilisés au Québec, Les Publications du Québec, 2002.

vallieca@hotmail.com






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