Procréation assistée - Vide abyssal
Depuis 2004, le Canada a une loi sur l'infertilité, mais les règlements qui en préciseront l'application sont inexistants. Le Québec, qui plaidera vendredi en Cour suprême l'inconstitutionnalité de la loi fédérale, a promis un projet de loi pour encadrer la procréation assistée. Mais on attend toujours d'en voir la couleur.
Autour de ce vide juridique abyssal, des incohérences se tissent. L'une d'elles trônait hier dans Le Devoir sous un titre choc: «L'homme aux 120 enfants». Suivait une histoire invraisemblable, mais néanmoins authentique: après des années d'altruisme, un donneur de sperme américain se retrouve avec une copieuse descendance de 120 marmots... au moins.
L'exemple est extrême. Ces lignées de 120 ne sont pas légion, espérons-le. Mais combien de donneurs auraient semé ainsi quelque 30, 40, 50 enfants sans savoir qu'on ferait si bon usage de leur legs? Combien ont fait don de leur sperme sans soupçonner qu'un jour leurs petits remonteraient le fil généalogique, fût-il associé à une banque de gamètes? Des commissions ont recommandé qu'un même donneur ne puisse être le géniteur de plus de dix bébés, mais sur cette question, le flou le plus complet règne toujours.
Le prolifique papa de 120 a été découvert grâce à l'initiative d'une maman américaine qui voulait justement retrouver «son» donneur. Le registre volontaire élaboré par Wendy Kramer démontre qu'en l'absence de balises, les lois du marché priment. Un bazar auquel le Québec et le Canada n'échappent pas: les dons de sperme rétribués étant interdits, de plus en plus de cliniques de fertilité s'alimentent aux banques américaines, car leurs réserves sont à sec.
On peine à mettre au jour les effets pervers de la procréation assistée, car le combat des couples infertiles est douloureux et courageux. Mais si noble que soit leur lutte, elle ne doit pas pâtir de questionnements nécessaires dont la réponse doit prendre la forme de lois et de règlements.
Dans le brouillard, on avance à l'aveugle. Récemment, la Cour du Québec a refusé à une femme le droit d'adopter sa fille née d'une mère porteuse, technique permise au Canada, mais non reconnue au Québec. On n'a toujours pas tranché sur une question aussi délicate que le nombre maximum d'embryons à transplanter lors d'une fécondation. On hésite à faire état des effets pervers des nouvelles techniques de reproduction, que certains médecins dénoncent haut et fort.
La lignée de 120 du «Starbuck» américain fait sourire. Mais elle cache un portrait désolant: celui d'une lucrative industrie de l'infertilité qui carbure aux dollars et au désarroi de parents en mal d'enfants. Celui d'un marché fourre-tout qu'on doit rapidement pourvoir de balises.
machouinard@ledevoir.com
Autour de ce vide juridique abyssal, des incohérences se tissent. L'une d'elles trônait hier dans Le Devoir sous un titre choc: «L'homme aux 120 enfants». Suivait une histoire invraisemblable, mais néanmoins authentique: après des années d'altruisme, un donneur de sperme américain se retrouve avec une copieuse descendance de 120 marmots... au moins.
L'exemple est extrême. Ces lignées de 120 ne sont pas légion, espérons-le. Mais combien de donneurs auraient semé ainsi quelque 30, 40, 50 enfants sans savoir qu'on ferait si bon usage de leur legs? Combien ont fait don de leur sperme sans soupçonner qu'un jour leurs petits remonteraient le fil généalogique, fût-il associé à une banque de gamètes? Des commissions ont recommandé qu'un même donneur ne puisse être le géniteur de plus de dix bébés, mais sur cette question, le flou le plus complet règne toujours.
Le prolifique papa de 120 a été découvert grâce à l'initiative d'une maman américaine qui voulait justement retrouver «son» donneur. Le registre volontaire élaboré par Wendy Kramer démontre qu'en l'absence de balises, les lois du marché priment. Un bazar auquel le Québec et le Canada n'échappent pas: les dons de sperme rétribués étant interdits, de plus en plus de cliniques de fertilité s'alimentent aux banques américaines, car leurs réserves sont à sec.
On peine à mettre au jour les effets pervers de la procréation assistée, car le combat des couples infertiles est douloureux et courageux. Mais si noble que soit leur lutte, elle ne doit pas pâtir de questionnements nécessaires dont la réponse doit prendre la forme de lois et de règlements.
Dans le brouillard, on avance à l'aveugle. Récemment, la Cour du Québec a refusé à une femme le droit d'adopter sa fille née d'une mère porteuse, technique permise au Canada, mais non reconnue au Québec. On n'a toujours pas tranché sur une question aussi délicate que le nombre maximum d'embryons à transplanter lors d'une fécondation. On hésite à faire état des effets pervers des nouvelles techniques de reproduction, que certains médecins dénoncent haut et fort.
La lignée de 120 du «Starbuck» américain fait sourire. Mais elle cache un portrait désolant: celui d'une lucrative industrie de l'infertilité qui carbure aux dollars et au désarroi de parents en mal d'enfants. Celui d'un marché fourre-tout qu'on doit rapidement pourvoir de balises.
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