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Procréation assistée - Vide abyssal

Marie-Andrée Chouinard   21 avril 2009  Santé
Depuis 2004, le Canada a une loi sur l'infertilité, mais les règlements qui en préciseront l'application sont inexistants. Le Québec, qui plaidera vendredi en Cour suprême l'inconstitutionnalité de la loi fédérale, a promis un projet de loi pour encadrer la procréation assistée. Mais on attend toujours d'en voir la couleur.

Autour de ce vide juridique abyssal, des incohérences se tissent. L'une d'elles trônait hier dans Le Devoir sous un titre choc: «L'homme aux 120 enfants». Suivait une histoire invraisemblable, mais néanmoins authentique: après des années d'altruisme, un donneur de sperme américain se retrouve avec une copieuse descendance de 120 marmots... au moins.

L'exemple est extrême. Ces lignées de 120 ne sont pas légion, espérons-le. Mais combien de donneurs auraient semé ainsi quelque 30, 40, 50 enfants sans savoir qu'on ferait si bon usage de leur legs? Combien ont fait don de leur sperme sans soupçonner qu'un jour leurs petits remonteraient le fil généalogique, fût-il associé à une banque de gamètes? Des commissions ont recommandé qu'un même donneur ne puisse être le géniteur de plus de dix bébés, mais sur cette question, le flou le plus complet règne toujours.

Le prolifique papa de 120 a été découvert grâce à l'initiative d'une maman américaine qui voulait justement retrouver «son» donneur. Le registre volontaire élaboré par Wendy Kramer démontre qu'en l'absence de balises, les lois du marché priment. Un bazar auquel le Québec et le Canada n'échappent pas: les dons de sperme rétribués étant interdits, de plus en plus de cliniques de fertilité s'alimentent aux banques américaines, car leurs réserves sont à sec.

On peine à mettre au jour les effets pervers de la procréation assistée, car le combat des couples infertiles est douloureux et courageux. Mais si noble que soit leur lutte, elle ne doit pas pâtir de questionnements nécessaires dont la réponse doit prendre la forme de lois et de règlements.

Dans le brouillard, on avance à l'aveugle. Récemment, la Cour du Québec a refusé à une femme le droit d'adopter sa fille née d'une mère porteuse, technique permise au Canada, mais non reconnue au Québec. On n'a toujours pas tranché sur une question aussi délicate que le nombre maximum d'embryons à transplanter lors d'une fécondation. On hésite à faire état des effets pervers des nouvelles techniques de reproduction, que certains médecins dénoncent haut et fort.

La lignée de 120 du «Starbuck» américain fait sourire. Mais elle cache un portrait désolant: celui d'une lucrative industrie de l'infertilité qui carbure aux dollars et au désarroi de parents en mal d'enfants. Celui d'un marché fourre-tout qu'on doit rapidement pourvoir de balises.

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Eric Waldo - Inscrit
    22 avril 2009 09 h 00
    Filiation bafouée
    Que la médecine s'enrichisse d'un nouveau business est certes désolant, mais pas nouveau, et surement pas le point le plus critique dans le monde de l'infertilité.

    Ce qui me semble le plus problématique, c'est le mépris total affiché par les autorités du Québec en matière de l'intérêt de l'enfant au travers de deux points fondamentaux :

    * Dans le cas du refus de filiation adoptive à la mère qui a eu recours à une mère porteuse, on ne comprend absolument pas la démarche du juge, si ce n'est l'expression d'une morale bien discutable. De fait, à quoi sert cette décision de justice inique ? Elle ne protège en rien nos concitoyens puisque de toute manière la pratique des mères porteuses est légale au Canada, y compris au Québec. A l'inverse, priver un enfant d'une filiation qui existe dans le fait social et quotidien, cela ne sert qu'à stigmatiser une famille et à priver un enfant de ses droits légaux et symboliques. Comme l'enfant appellera bien cette femme "Maman", cela démontre que cette décision de justice n'apporte rien de ce qu'elle prétend et qu'elle pousse même un enfant au mensonge s'il doit appliquer au quotidien cette décision de justice. Ce jugement, c'est au mieux un fiasco, et au pire une honte.

    * Dans nombre de pays, on réfléchit à intégrer le droit de l'enfant à accéder aux informations concernant sa naissance. L'Angleterre et l'Australie ont fait évoluer leur législation dans ce sens. Et nous en sommes au Québec bien loin, tout occupé à de vieux débats moisis, où l'on trouve même le moyen "d'importer" de France un conservateur décrié par toutes les associations de patients et par la profession, je veux parler du sinistre Dr Frydman. C'est dire s'il nous sommes loin du compte.
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