La tuberculose reprend du terrain
Une vaste étude clinique devrait toutefois permettre d'en contrôler la dissémination
Photo : Jacques Nadeau
Elle reprend du terrain en Afrique subsaharienne et dans les ex-pays du Bloc soviétique. Elle frappe beaucoup plus fréquemment les Inuits du Nunavik que les autres citoyens québécois. On dépiste une grosse centaine de nouveaux cas chaque année à Montréal. La tuberculose, qui a décimé une partie de la population québécoise avant l'avènement des antibiotiques, est encore loin d'être éradiquée. Une vaste étude clinique qui débutera sous peu à Montréal et ailleurs dans le monde devrait toutefois permettre d'en contrôler la dissémination.
Dans les ex-pays du Bloc soviétique, l'incidence de la tuberculose (TB) a doublé depuis 1980.
Dans les pays au sud du Sahara, elle a quadruplé. Ailleurs dans le monde, comme en Amérique du Sud et en Asie, on observe plutôt un déclin de la maladie de 2 à 4 % par année, rapporte l'infectiologue Marcel Behr du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). La recrudescence qu'on observe en Europe de l'Est s'expliquerait notamment par l'effritement des systèmes de santé qui ne peuvent offrir les traitements optimaux, notamment dans les cas de résistance aux antibiotiques. Dans le sud de l'Afrique, l'épidémie de sida amplifie le problème. «Car il existe une synergie entre le VIH et la TB; les porteurs sains du pathogène de la TB sont plus susceptibles de développer la forme active de la maladie s'ils sont séropositifs pour le VIH, et inversement», explique le Dr Behr.
«On peut guérir la TB avec des médicaments peu coûteux dans la grande majorité des cas. Mais on ne réussit pas toujours à la diagnostiquer efficacement dans les pays en développement qui ne disposent pas des outils nécessaires pour y arriver. Seuls les cas les plus flagrants y sont généralement dépistés», ajoute le pneumologue Kevin Schwartzman de l'Institut thoracique de Montréal au CUSM.
Au Canada, l'incidence de la maladie est plutôt stable, sauf au sein de certaines populations autochtones du Nord du Québec et de l'Ouest canadien. En 2007, le taux d'infection parmi les Inuits du Nunavik était six fois plus élevé que chez les autres Canadiens. «Les délais dans le diagnostic, parce qu'ils habitent dans des villages isolés ou parce qu'ils ont un certaine appréhension du système de santé, entraînent des risques accrus de contamination», avance le Dr Schwartzman.
«L'histoire nous a montré qu'on recense plus de cas de TB lorsque le nombre de personnes vivant sous un même toit est plus élevé, ajoute le Dr Behr. Alors qu'à Outremont, une famille de quatre personnes habite généralement une maison comportant quatre chambres, un salon, une salle à dîner et une salle de séjour, chez les Inuits, huit personnes peuvent vivre dans deux pièces.»
À Montréal, environ 150 nouveaux cas de TB sont diagnostiqués chaque année. Près de 80 % d'entre eux sont des immigrés qui ont été infectés dans leur pays d'origine, où l'incidence de la TB est élevée. «À Montréal, la tuberculose n'est pas un problème de santé publique parce qu'il n'y a presque aucune transmission, souligne le Dr Behr. Les personnes qui émigrent à Montréal et qui sont atteintes de la TB sont dépistées à leur arrivée. Parmi les procédures d'immigration, les nouveaux arrivants doivent subir une radiographie des poumons. La plupart des cas de TB sont ainsi détectés et envoyés à la clinique pour y recevoir le traitement qui les guérira et préviendra ainsi toute transmission du pathogène.» Les proches de ces personnes infectées seront également invités à subir un test de dépistage, car ils sont probablement atteints de la forme latente de la maladie. Ce test cutané permet de diagnostiquer les porteurs sains, auxquels on proposera un traitement préventif qui permet d'éliminer les bactéries latentes.
La forme latente de la TB est complètement asymptomatique, explique le directeur de la médecine respiratoire au CUSM, le Dr Dick Menzies. «Les personnes atteintes de la forme latente peuvent vivre plusieurs mois, plusieurs années, voire toute la vie, sans développer la forme active de la maladie. On estime qu'entre 10 et 20 % d'entre elles développeront la maladie un jour. Certains facteurs tels que le diabète, l'insuffisance rénale, une mauvaise alimentation, le tabagisme ou la prise de certains médicaments comme la chimiothérapie contre le cancer, qui diminue les défenses immunitaires, accroissent le risque que la forme latente devienne active», souligne le Dr Menzies, qui pilotera une grande étude clinique visant à éprouver l'efficacité d'un nouveau traitement préventif plus court et moins nocif que le traitement employé actuellement, lequel ne révèle son efficacité qu'au terme de neuf mois de médication et au prix de graves effets secondaires nécessitant parfois une transplantation hépatique. «Pour ces raisons, les médecins sont réticents à prescrire une telle thérapie et les porteurs en bonne santé, à s'y soumettre, d'où l'intérêt de proposer un traitement plus court tout en étant aussi efficace», fait valoir le Dr Menzies. L'étude clinique portera sur 6000 patients et se déroulera aussi en Arabie saoudite, au Brésil, en Corée, en Australie, au Bénin et en Guinée. Elle permettra de vérifier si un traitement de quatre mois à la rifampine, un antibiotique présentant peu d'effets secondaires, est aussi efficace qu'une thérapie de neuf mois avec l'antibactérien isoniazide.
«Le grand défi est de prévenir l'abandon du traitement. Plus court sera le traitement, moins les abandons seront nombreux. Si on pouvait traiter la TB comme une pneumonie à l'aide de sept à dix jours d'antibiotiques, il y aurait beaucoup plus de patients qui suivraient fidèlement leur traitement et le compléteraient», ajoute le Dr Schwartzman.
«Ce nouveau traitement ne permettra pas d'éradiquer la TB, mais plutôt de la contrôler, prévient le Dr Behr. L'éradication de la TB est un grand défi que l'on est encore loin de pouvoir relever. Jusqu'à maintenant, nous n'avons jamais éradiqué une maladie infectieuse avec des antibiotiques. L'éradication de la variole n'a pu être obtenue que grâce à la vaccination.»
Le vaccin BCG contre la TB est aujourd'hui encore administré dans les pays connaissant une très grande incidence de la maladie. Mais son efficacité n'est pas clairement reconnue. Le BCG n'offre, semble-t-il, une protection que durant les toutes premières années de la vie.
Au Québec, la vaccination systématique des jeunes enfants a été abandonnée autour des années 1980, étant donné que l'incidence de la maladie avait grandement diminué et que les bénéfices que procurait le vaccin n'étaient pas suffisants compte tenu des risques qui y étaient associés.
Pour éradiquer la TB, il faudra donc disposer d'un vaccin efficace. De nombreux chercheurs y travaillent ici et ailleurs dans le monde, mais ils ne sont pas au bout de leur peine...
Dans les ex-pays du Bloc soviétique, l'incidence de la tuberculose (TB) a doublé depuis 1980.
Dans les pays au sud du Sahara, elle a quadruplé. Ailleurs dans le monde, comme en Amérique du Sud et en Asie, on observe plutôt un déclin de la maladie de 2 à 4 % par année, rapporte l'infectiologue Marcel Behr du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). La recrudescence qu'on observe en Europe de l'Est s'expliquerait notamment par l'effritement des systèmes de santé qui ne peuvent offrir les traitements optimaux, notamment dans les cas de résistance aux antibiotiques. Dans le sud de l'Afrique, l'épidémie de sida amplifie le problème. «Car il existe une synergie entre le VIH et la TB; les porteurs sains du pathogène de la TB sont plus susceptibles de développer la forme active de la maladie s'ils sont séropositifs pour le VIH, et inversement», explique le Dr Behr.
«On peut guérir la TB avec des médicaments peu coûteux dans la grande majorité des cas. Mais on ne réussit pas toujours à la diagnostiquer efficacement dans les pays en développement qui ne disposent pas des outils nécessaires pour y arriver. Seuls les cas les plus flagrants y sont généralement dépistés», ajoute le pneumologue Kevin Schwartzman de l'Institut thoracique de Montréal au CUSM.
Au Canada, l'incidence de la maladie est plutôt stable, sauf au sein de certaines populations autochtones du Nord du Québec et de l'Ouest canadien. En 2007, le taux d'infection parmi les Inuits du Nunavik était six fois plus élevé que chez les autres Canadiens. «Les délais dans le diagnostic, parce qu'ils habitent dans des villages isolés ou parce qu'ils ont un certaine appréhension du système de santé, entraînent des risques accrus de contamination», avance le Dr Schwartzman.
«L'histoire nous a montré qu'on recense plus de cas de TB lorsque le nombre de personnes vivant sous un même toit est plus élevé, ajoute le Dr Behr. Alors qu'à Outremont, une famille de quatre personnes habite généralement une maison comportant quatre chambres, un salon, une salle à dîner et une salle de séjour, chez les Inuits, huit personnes peuvent vivre dans deux pièces.»
À Montréal, environ 150 nouveaux cas de TB sont diagnostiqués chaque année. Près de 80 % d'entre eux sont des immigrés qui ont été infectés dans leur pays d'origine, où l'incidence de la TB est élevée. «À Montréal, la tuberculose n'est pas un problème de santé publique parce qu'il n'y a presque aucune transmission, souligne le Dr Behr. Les personnes qui émigrent à Montréal et qui sont atteintes de la TB sont dépistées à leur arrivée. Parmi les procédures d'immigration, les nouveaux arrivants doivent subir une radiographie des poumons. La plupart des cas de TB sont ainsi détectés et envoyés à la clinique pour y recevoir le traitement qui les guérira et préviendra ainsi toute transmission du pathogène.» Les proches de ces personnes infectées seront également invités à subir un test de dépistage, car ils sont probablement atteints de la forme latente de la maladie. Ce test cutané permet de diagnostiquer les porteurs sains, auxquels on proposera un traitement préventif qui permet d'éliminer les bactéries latentes.
La forme latente de la TB est complètement asymptomatique, explique le directeur de la médecine respiratoire au CUSM, le Dr Dick Menzies. «Les personnes atteintes de la forme latente peuvent vivre plusieurs mois, plusieurs années, voire toute la vie, sans développer la forme active de la maladie. On estime qu'entre 10 et 20 % d'entre elles développeront la maladie un jour. Certains facteurs tels que le diabète, l'insuffisance rénale, une mauvaise alimentation, le tabagisme ou la prise de certains médicaments comme la chimiothérapie contre le cancer, qui diminue les défenses immunitaires, accroissent le risque que la forme latente devienne active», souligne le Dr Menzies, qui pilotera une grande étude clinique visant à éprouver l'efficacité d'un nouveau traitement préventif plus court et moins nocif que le traitement employé actuellement, lequel ne révèle son efficacité qu'au terme de neuf mois de médication et au prix de graves effets secondaires nécessitant parfois une transplantation hépatique. «Pour ces raisons, les médecins sont réticents à prescrire une telle thérapie et les porteurs en bonne santé, à s'y soumettre, d'où l'intérêt de proposer un traitement plus court tout en étant aussi efficace», fait valoir le Dr Menzies. L'étude clinique portera sur 6000 patients et se déroulera aussi en Arabie saoudite, au Brésil, en Corée, en Australie, au Bénin et en Guinée. Elle permettra de vérifier si un traitement de quatre mois à la rifampine, un antibiotique présentant peu d'effets secondaires, est aussi efficace qu'une thérapie de neuf mois avec l'antibactérien isoniazide.
«Le grand défi est de prévenir l'abandon du traitement. Plus court sera le traitement, moins les abandons seront nombreux. Si on pouvait traiter la TB comme une pneumonie à l'aide de sept à dix jours d'antibiotiques, il y aurait beaucoup plus de patients qui suivraient fidèlement leur traitement et le compléteraient», ajoute le Dr Schwartzman.
«Ce nouveau traitement ne permettra pas d'éradiquer la TB, mais plutôt de la contrôler, prévient le Dr Behr. L'éradication de la TB est un grand défi que l'on est encore loin de pouvoir relever. Jusqu'à maintenant, nous n'avons jamais éradiqué une maladie infectieuse avec des antibiotiques. L'éradication de la variole n'a pu être obtenue que grâce à la vaccination.»
Le vaccin BCG contre la TB est aujourd'hui encore administré dans les pays connaissant une très grande incidence de la maladie. Mais son efficacité n'est pas clairement reconnue. Le BCG n'offre, semble-t-il, une protection que durant les toutes premières années de la vie.
Au Québec, la vaccination systématique des jeunes enfants a été abandonnée autour des années 1980, étant donné que l'incidence de la maladie avait grandement diminué et que les bénéfices que procurait le vaccin n'étaient pas suffisants compte tenu des risques qui y étaient associés.
Pour éradiquer la TB, il faudra donc disposer d'un vaccin efficace. De nombreux chercheurs y travaillent ici et ailleurs dans le monde, mais ils ne sont pas au bout de leur peine...
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