Enquête sur la maternité - Digne d'être indigne
Le verdict est tombé et a fait «plouf!», comme une suce échouée dans un vieux fond de lait maternisé. Une majorité des femmes canadiennes sondées par l'Agence de la santé publique du Canada sont indignes: elles boudent en effet la recommandation officielle prônant l'allaitement exclusif pendant les six premiers mois de vie de bébé. Mieux: 60 % jouent l'impétuosité jusqu'à demander l'anesthésie épidurale afin d'accueillir leur poupon le visage moins crispé par la douleur.
Entre autres résultats qui détaillent l'expérience de la maternité, cette enquête chatouille le démon de la mère... imparfaite et fière de l'être. Et si les indignes étaient plus nombreuses qu'on ne le laisse croire, tout simplement parce que pour le bébé, mère décontractée vaut mieux que mère oppressée?
Promenant leur ventre rond aux quatre vents, on les avait d'abord vues se crisper face à l'inévitable question: «Pis, vas-tu l'allaiter?» Roulant plus tard la poussette en esquissant un pas de jogging, on les avait senties se hérisser en subissant le second examen: «Pis, l'as-tu eu "naturel"?»
L'enquête le confirme: elles ont beau savoir qu'allaiter constitue indéniablement la meilleure option, elles préfèrent se fier... à leur instinct maternel. Celui-ci les incite à tenter l'allaitement (90 % l'essaient), à le poursuivre occasionnellement (54 % choisissent le temps partiel) et à l'arrêter après les six mois prescrits par l'Organisation mondiale de la santé (14 % seulement allaitent exclusivement après ce délai). C'est peut-être que l'expérience suprême que devrait être l'allaitement n'est pas toujours aussi idyllique qu'on le dit, ou alors que la liberté permise par l'alimentation mixte (sein-biberon) finit par profiter à bébé?
L'enquête le souligne: la moitié des femmes optent pour l'accouchement sous épidurale, et après avoir tâté de l'aiguille, elles sont très majoritairement satisfaites d'avoir évité un accouchement manière Émilie Bordeleau. Et pourtant! Dans le cercle social des dignes causant couches et purées avec les indignes, combien de becs pincés ont snobé l'anesthésie, comme si elle enlevait de l'authenticité à ce joli petit braillard déposé sur sa mère?
Pas question, bien sûr, de faire ici l'apologie de la surmédicalisation de l'accouchement, une tendance préoccupante que cette étude révèle. Pas question non plus de s'insurger contre les mérites de l'allaitement et une circulation d'information plus efficace. Mais que la propagande n'étouffe pas l'accès au libre choix. Qu'on remise aussi les regards vengeurs braqués sur ces mamans «coupables» d'avoir rangé leurs bustiers d'allaitement et/ou vénéré l'anesthésiste et son épidurale. Si l'on se rappelait que la maternité est jalonnée d'une série de choix personnels?
La sortie d'un vulgaire petit biberon et d'un poupon saoulé à la préparation lactée ne devrait plus déclencher les moues dédaigneuses. De la même manière, on n'a que faire des regards méprisants penchés sur le sein de ces mères qui continuent — par choix — d'allaiter bambin de deux ans et gamin de quatre, pourquoi pas! Dignes ou indignes, ne vaut-il pas mieux savourer sa maternité à l'abri de la culpabilité?
***
machouinard@ledevoir.com
Entre autres résultats qui détaillent l'expérience de la maternité, cette enquête chatouille le démon de la mère... imparfaite et fière de l'être. Et si les indignes étaient plus nombreuses qu'on ne le laisse croire, tout simplement parce que pour le bébé, mère décontractée vaut mieux que mère oppressée?
Promenant leur ventre rond aux quatre vents, on les avait d'abord vues se crisper face à l'inévitable question: «Pis, vas-tu l'allaiter?» Roulant plus tard la poussette en esquissant un pas de jogging, on les avait senties se hérisser en subissant le second examen: «Pis, l'as-tu eu "naturel"?»
L'enquête le confirme: elles ont beau savoir qu'allaiter constitue indéniablement la meilleure option, elles préfèrent se fier... à leur instinct maternel. Celui-ci les incite à tenter l'allaitement (90 % l'essaient), à le poursuivre occasionnellement (54 % choisissent le temps partiel) et à l'arrêter après les six mois prescrits par l'Organisation mondiale de la santé (14 % seulement allaitent exclusivement après ce délai). C'est peut-être que l'expérience suprême que devrait être l'allaitement n'est pas toujours aussi idyllique qu'on le dit, ou alors que la liberté permise par l'alimentation mixte (sein-biberon) finit par profiter à bébé?
L'enquête le souligne: la moitié des femmes optent pour l'accouchement sous épidurale, et après avoir tâté de l'aiguille, elles sont très majoritairement satisfaites d'avoir évité un accouchement manière Émilie Bordeleau. Et pourtant! Dans le cercle social des dignes causant couches et purées avec les indignes, combien de becs pincés ont snobé l'anesthésie, comme si elle enlevait de l'authenticité à ce joli petit braillard déposé sur sa mère?
Pas question, bien sûr, de faire ici l'apologie de la surmédicalisation de l'accouchement, une tendance préoccupante que cette étude révèle. Pas question non plus de s'insurger contre les mérites de l'allaitement et une circulation d'information plus efficace. Mais que la propagande n'étouffe pas l'accès au libre choix. Qu'on remise aussi les regards vengeurs braqués sur ces mamans «coupables» d'avoir rangé leurs bustiers d'allaitement et/ou vénéré l'anesthésiste et son épidurale. Si l'on se rappelait que la maternité est jalonnée d'une série de choix personnels?
La sortie d'un vulgaire petit biberon et d'un poupon saoulé à la préparation lactée ne devrait plus déclencher les moues dédaigneuses. De la même manière, on n'a que faire des regards méprisants penchés sur le sein de ces mères qui continuent — par choix — d'allaiter bambin de deux ans et gamin de quatre, pourquoi pas! Dignes ou indignes, ne vaut-il pas mieux savourer sa maternité à l'abri de la culpabilité?
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