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Médecins de famille

Denise Bombardier   14 mars 2009  Santé
C'est un lieu commun d'affirmer que la famille est malmenée de nos jours. S'ajoute à ses malheurs la désertion progressive des médecins qui s'y consacrent. Cette bouderie de la médecine familiale par les nouvelles générations de docteurs nous renvoie une image réaliste de la société actuelle.

Le médecin de famille se situe en première ligne. C'est à la fois l'agent de circulation, l'aiguilleur du système dans lequel le patient, au sens propre comme au figuré, ne se retrouve plus. C'est aussi l'interlocuteur, le psychologue, le confident de malades réels ou imaginaires qui ont besoin d'être maternés, paternés, faute de l'être dans leur vie personnelle, et qui cherchent à être rassurés, confortés, écoutés dans ce désert émotionnel de l'ère de la communication permanente. Les curés d'antan assuraient bénévolement cette fonction rattachée à la pratique du médecin de famille d'aujourd'hui, mais celui du passé jouait aussi ce rôle. Le curé assurait ainsi la pérennité du pouvoir de l'institution qu'il incarnait et le médecin en retirait un prestige social dont il jouissait en toute impunité. Le premier était payé en prières et le second, en espèces sonnantes. Le prêtre et le docteur pouvaient donc revendiquer le statut social d'élite.

Les jeunes générations n'ont pas été éduquées à l'esprit de sacrifice. La vocation religieuse n'est plus le fait que de quelques brebis égarées dans le monde de l'épanouissement du moi et rares sont les docteurs qui parlent de leur profession comme d'une vocation. On prétend que les femmes sont plus réconfortantes que les hommes, plus sensibles à la discussion psychologique; elles sont devenues majoritaires en médecine, mais le problème réside dans le fait qu'elles travaillent moins que leurs confrères masculins afin de mieux concilier leur propre vie de famille et leur travail. La pénurie de médecins généralistes trouve ici une de ses explications.

Dans notre monde où le culte de la technologie a remplacé celui de Dieu, n'est-il pas inévitable que les étudiants en médecine dédaignent la pratique généraliste au profit de la spécialisation? Pour ces jeunes qui choisissent la médecine et qui sont formés à l'excellence académique, cette hiérarchisation se vit au détriment de la pratique générale. Plusieurs spécialistes sont enclins à considérer leurs confrères généralistes comme les prolétaires de leur science. D'ailleurs, et c'est fondamental, la rémunération vient confirmer cette perception. Bien sûr, la longueur du cycle d'études, le double dans certaines spécialités, justifie les écarts de revenus, mais l'urgence d'assurer l'accès à une médecine de première ligne va nécessiter une révision des tarifs afin de combler l'écart des revenus entre les deux catégories de médecins. D'autant plus que la qualité de cette médecine repose en partie sur le temps accordé aux patients. Si le radiologiste peut disposer de son patient en quelques minutes (au détriment de l'humanisation, un idéal devenu inatteignable trop souvent, hélas), le généraliste a besoin de consacrer plus de temps pour établir un diagnostic. Faire parler le patient est souvent une nécessité pour départager les malaises physiques des malaises de l'âme. Hélas, notre façon obsessionnelle de compresser le temps de nos propres vies, une caractéristique déplorable de l'époque, a des incidences sur l'ensemble des activités humaines et, dans certains domaines comme la pratique médicale, cette frénésie peut altérer la qualité des soins.

La médecine générale est donc la mal-aimée de la profession et il faut croire, compte tenu de la rémunération plus faible, que la société confirme cet état de fait. N'en déplaise à ceux qui vilipendent les élites, dont les médecins font partie, il faudra bien que la société se résolve à traiter cette catégorie médicale avec plus d'égards et plus d'argent qu'elle ne le fait maintenant. Les statistiques sur la baisse progressive du nombre d'étudiants qui choisissent cette pratique nous donnent une idée de la catastrophe qui nous guette. Avec le vieillissement de la population favorisé aussi par la science, sans des mesures incitatives, on ne voit pas au nom de quels principes moraux des jeunes préoccupés par leur qualité de vie personnelle, découragés par la pression permanente découlant du trop grand nombre de patients à traiter au quotidien et complexés d'être les laissés-pour-compte de leur profession, se sacrifieraient en choisissant la pratique familiale.

De nos jours, l'esprit de sacrifice est réservé à quelques mystiques. La grandeur et la noblesse d'une profession attirent une minorité de candidats. Les autres, tous les autres, ne sont ni des héros ni des modèles. Ce qui ne les empêche pas d'être de bons médecins s'ils peuvent être assurés d'être à la fois bien traités, bien rémunérés et aussi valorisés. Sans ces conditions, à moins d'enrégimentations autoritaires dont les conséquences seraient néfastes pour tous, nous devons trouver les accommodements raisonnables pour parvenir à concrétiser un droit essentiel: celui de l'accès à un professionnel appelé jadis médecin de famille.

***

denbombardier@videotron.ca






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  • Georges Paquet
    Abonné
    samedi 14 mars 2009 03h55
    Quelqu'un peut-il bien nous dire où Denyse Bombardier est allé chercher cette étonnate affirmation?
    « Alerte à tous... quelqu'un trouve-e-il qu'il y a une logique dans cette affirmation de Mme Bombardier? : "Dans notre monde où le culte de la technologie a remplacé celui de Dieu, n'est-il pas inévitable que les étudiants en médecine dédaignent la pratique généraliste au profit de la spécialisation?" »

  • Robert Grignon
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 07h13
    À point
    « Vous avez réussi en quelques paragraphes à résumer les éléments importants d'une situation qui s'en vient critique. Parmi ces éléments je note: écart de rémunération avec les spécialistes, féminisation de la profession, esprit de sacrifice demandé, le généraliste "prolétaire", postes qui demeurent ouverts. Quant aux écarts dans les années de scolarité, je constate que de nos jours, avec l'évolution de la science le professionnel de la santé doit continuer d'étudier tout le long de sa carrière, ce qui diminue de façon significative "l'écart de scolarité". »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 08h07
    AÀ quand la discrimination positive
    « pour les gars en médecine? »

  • Jean Le May
    Inscrit
    samedi 14 mars 2009 08h57
    Un généraliste et un référent
    « Ce que votre article suggère est vrai mais j'y ajouterais cependant que le médecin de famille a deux qualités importantes qui en font une espèce unique : c'est un généraliste et un référent.
    En quoi est-ce important d'être un généraliste?
    J'accompagne très souvent des gens chez les différents médecins omnipraticiens et aussi spécialistes de tout acabit,et c'est quand même dans le bureau de l'omnipraticien que les gens peuvent comprendre ce dont ils souffrent car le corps humain n'est pas qu'un ensemble d'organes à étudier séparément! Le médecin généraliste est le seul qui puisse et qui doive prendre le temps d'analyser le rapport que les différents spécialistes lui font parvenir en le confrontant avec le mode de vie,les malaises ressenties par la personne devant lui et les différents médicaments prescrits.
    Accepterions-nous de ne voir que des mécaniciens sur-spécialisés qui étudieraient séparément les pièces essentielles du moteur de notre voiture sans faire de liens de fonctionnement, de cause à effet avec les autres pièces du moteur?
    L'omnipraticien pour moi est un spécialiste aussi important que les autres, sinon plus.C'est le spécialiste de l'ensemble du corps humain et de son fonctionnement: n'hésitons donc pas à nourrir et reconnaître ses connaissances et son évaluation diagnostique.
    N'oublions pas, enfin, que le médecin de famille est un référent aux divers spécialistes et que sans lui, il est pratiquement impossible de se faire soigner dans notre réseau.Ce n'est quand même pas rien.
    Imaginez un monde ou on retrouverait des films de colonnes vertébrales dans certains endroits, des notes sur divers estomacs ailleurs et des explications micro-biologiques ailleurs encore.On dirait un grand Canadian Tire sans commis. Jamais sans le commis, vous ne saurez qu'il vous faut une petit adapteur qui se trouve dans l'allée 58 pour faire fonctionner l'appareil que le vendeur vous a vendu dans l'autre département sans autre explication.
    Et c'est dans le bureau mëme du médecin spécialiste que le patient réaliserait combien le médecin devant lui ne le connait pas,ne le comprend pas et ne peut pas l'aider: votre bras me semble normal, selon mes examens dira le spécialiste. Et le client repartira avec son mal d'épaule qui irradie jusque dans le bras!
    Valorisons donc chez nos enfants des professions à visage humain: nous en bénéficierons tous: au garage, au Canadian Tire et surtout dans notre réseau de la santé.

    Jean Le May
    intervenant social »

  • Sarah-Emilie Racine
    Inscrite
    samedi 14 mars 2009 11h21
    Les étudiants en médecine ont l'esprit du sacrifice.
    « Les étudiants en médecine rêvent de devenir des super-héros. Ils ont choisi cette profession pour relever des défis surhumains en étant totalement conscients des pressions auxquelles font actuellement face les médecins. Ils veulent "sauver des vies" en utilisant judicieusement un savoir acquis grâce à un travail acharné, tout en sachant que ces connaissances devront constamment être mises à jour.

    Les étudiants en médecine ont bel et bien l'esprit du sacrifice. Ils se sacrifient cependant pour répondre à leurs ambitions personnelles bien plus que pour répondre aux besoins collectifs. Étudier pendant 3 ans de plus pour atteindre le "sommet de l'échelle" en devenant spécialiste ne représente pas un obstacle assez important pour les empêcher de poursuivre leur quête de reconnaissance. »

  • Stephen R. Gospe, M.D.
    Abonné
    samedi 14 mars 2009 11h50
    La médecine générale
    « Je vous prie de'excuser mon français approximatif.

    Vous dites:

    La médecine générale est donc la mal-aimée de la profession et il faut croire, compte tenu de la rémunération plus faible.

    C'est exactement ce qui existe ici en Californie où le coût de la vie est très élevé. Souvent quand un jeune médicin finit ses études médicales il se trouve avec une dette énorme--souvent plus de 100,000$. Donc d'être médicine de famille ayant une faible rénumération devient de plus en plus difficile.

    Stephen R. Gospe, M. D.\
    rhumatologue, à la retraite
    abonné au Devoir depuis 1980 »

  • Isabelle Lefebvre
    Inscrite
    lundi 16 mars 2009 04h43
    Ce serait si simple de régler la pénurie de médecins généralistes
    « Il faut éliminer les consultations non-nécessaires en imposant un ticket modérateur disons de $10.00.
    Les salles d'attente se videraient de moitié et ainsi la saga de la pénurie de médecins serait terminée.
    Aucun parti politique n'a eu le courage de le faire puisque ce n'est pas rentable 'électoralement'. Ce n'est pas pour demain qu'on arrivera à cette solution en ayant un médecin comme Ministre de la Santé...Le système actuel est la vache à lait des médecins et un ticket modérateur risquerait de tarir leurs sources de revenus.

    Même chez les moins nantis qui ne dépense pas un $10.00 pour
    1 paquet de cigarettes,
    une location de films,
    deux bières,
    un disque CD,
    5 billets 6/49
    un lunch au restaurant? »

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