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Le vaccin contre le VPH - Des doutes sur l'efficacité du Gardasil

7 mars 2009 | Martine Letarte | Santé
Malgré les nombreuses questions laissées sans réponse et les inquiétudes exprimées par plusieurs organisations et chercheurs à propos du vaccin contre le virus du papillome humain (VPH), le gouvernement fédéral a créé une réserve de 300 millions de dollars dans son budget de 2007 pour que les provinces adoptent un programme de vaccination universelle. Depuis l'automne dernier, donc, les petites Québécoises reçoivent le vaccin Gardasil, un produit commercialisé par Merck Frosst. La santé de nos petites filles est-elle en danger?

«Je n'ai jamais dit que le vaccin est dangereux ou qu'il ne l'est pas. Ce que je dis, c'est que je n'en ai aucune idée», indique d'emblée Abby Lippman, professeure au département d'épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l'Université McGill et spécialiste de la santé des femmes.

Avant de prendre position, Mme Lippman veut pouvoir évaluer les risques en se fiant à des études indépendantes, crédibles et complètes. «Nous les attendons toujours», précise-t-elle.

Aux yeux de Lydya Assayag, directrice du Réseau québécois d'action pour la santé des femmes, nous sommes pratiquement devant un problème de consentement éclairé. «Pour prendre leur décision, les parents doivent avoir accès à une information détaillée sur les avantages et les inconvénients du vaccin. Actuellement, ce n'est pas le cas. La brochure d'information du ministère de la Santé et des Services sociaux qu'on remet aux parents est loin d'être complète. Par exemple, elle dit que de 70 % à 80 % des gens seront infectés au moins une fois dans leur vie par le VPH, mais elle ne précise pas que 90 % de ces personnes élimineront naturellement le virus.»

Selon les données préliminaires du ministère de la Santé et des Services sociaux, 84 % des filles en quatrième année du primaire et 87 % des filles en troisième secondaire ont reçu la première des trois doses de Gardasil.

Un peu partout dans le monde, le vaccin contre le VPH suscite la controverse. L'été dernier, un article du New England Journal of Medicine a affirmé qu'on manquait de preuves pour juger de l'efficacité des vaccins contre le cancer du col de l'utérus.

«Le vaccin protège contre quatre souches du VPH, qui sont responsables de 70 % des cancers du col de l'utérus. Toutefois, il reste une centaine d'autres souches du virus qui sont responsables de 30 % des cancers. Ce qu'on ne sait pas, c'est si le vaccin viendra réduire la réponse du système immunitaire contre ces autres souches et faire en sorte qu'elles deviennent ainsi responsables de davantage de cancers», explique Mme Lippman.

Pour qu'on puisse arriver à déterminer l'efficacité réelle du vaccin dans les cas de cancer du col de l'utérus, la chercheuse affirme que des études à long terme sont nécessaires, parce que ce cancer prend des années à se développer.

De plus, on ne connaît pas encore la durée précise de la protection du vaccin. «À chaque conférence, on ajoute quelques mois», indique Mme Lippman.

Vitesse grand V

La professeure se demande en fait ce qui a poussé le gouvernement à agir de façon aussi précipitée. «Y a-t-il eu des pressions qui ont été faites pour lancer si rapidement un programme de vaccination contre le VPH?»

«D'autant plus que le cancer du col de l'utérus n'est pas l'ennemi numéro un pour la santé des femmes. Il est en fait au 15e rang des cancers les plus mortels au Canada», indique Lydya Assayag.

Le test Pap a réussi à faire grandement diminuer le taux de mortalité associé au cancer du col de l'utérus, indique Abby Lippman. Ce qui la mène à se demander pourquoi le gouvernement a décidé qu'il était urgent de vacciner les petites filles contre le VPH et non de lancer un véritable programme de dépistage. «Les femmes plus âgées reçoivent une lettre chaque année pour leur dire d'aller passer une mammographie. Pourquoi on ne fait pas la même chose avec les plus jeunes pour le test Pap?»

D'ailleurs, même vaccinées, les femmes doivent continuer à passer un test Pap annuel pour s'assurer qu'elles ne développent pas un cancer du col de l'utérus dû aux souches de VPH sur lesquelles le vaccin n'a pas d'effet.

«Nous ne comprenons pas pourquoi le gouvernement s'est dépêché à investir 300 millions de dollars sans faire de consultations pour ce vaccin, qui coûte les yeux de la tête et dont l'efficacité n'est pas prouvée, sans même améliorer l'accès aux tests Pap ni mettre en place des programmes d'éducation sexuelle dans les écoles», indique Mme Assayag. Elle est aussi très inquiète des récentes données du rapport publié par l'organisme américain Vaccine Adverse Event Reporting System (VAERS). «Il rapporte plusieurs cas de problèmes de santé graves et même de décès après l'administration du Gardasil. L'organisme conseille à la FDA de faire enquête, de revoir sa position et d'informer la population de tous les effets secondaires possibles.»

Questions préoccupantes

Pour le moment, le gouvernement du Québec a utilisé la subvention fédérale pour lancer la campagne de vaccination, mais que se passera-t-il une fois les fonds épuisés? Mme Lippman croit que le gouvernement devra maintenant se demander si, en ces temps économiques difficiles, investir dans la vaccination contre le VPH est vraiment la meilleure dépense à faire en ce qui a trait à la santé des femmes.

«À mes yeux, il y a des problèmes beaucoup plus urgents. À commencer par l'accès à un médecin de famille et à des soins relatifs à la santé mentale dans les collectivités. Pour moi, c'est inacceptable que le gouvernement du Québec offre aux femmes enceintes le dépistage de la trisomie 21 et du syndrome de Down sans aussi proposer des ressources de soutien efficaces aux parents qui décideraient de garder un enfant atteint.»

Enfin, la chercheuse s'insurge contre le fait que les résidents permanents doivent attendre trois mois avant d'être couverts par l'assurance maladie. «Cela entre en contradiction avec le droit fondamental à la santé. Cette politique touche de nombreuses femmes venues au Québec travailler comme domestiques. Si elles tombent malades ou enceintes, la plupart attendent d'être couvertes par l'assurance maladie avant de voir un médecin, parce qu'elles n'ont pas d'argent pour payer.»

***

Collaboratrice du Devoir
 
 
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