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    Silence, on vaccine - La vaccination peut-elle être dangereuse ?

    Selon des spécialistes, les bénéfices des vaccins sont largement supérieurs aux risques

    7 février 2009 |Pauline Gravel | Santé
    Photo: Agence Reuters
    Troublant. Le film Silence, on vaccine projeté à la CinéRobothèque ONF de Montréal risque d'ébranler les parents qui s'apprêtent à faire vacciner leurs jeunes enfants. En alignant plusieurs témoignages de familles québécoises, françaises et états-uniennes dont un membre a commencé à souffrir d'autisme, de sclérose en plaques, d'encéphalite ou d'une autre maladie grave après avoir été vacciné, la cinéaste, Lina Moreco, vient saper la confiance en cette médication plus que centenaire. Les vaccins peuvent-ils s'avérer aussi dangereux que nous le fait voir Mme Moreco? Sont-ils absolument sécuritaires comme l'affirment catégoriquement de nombreux médecins?

    En discutant avec des spécialistes des maladies infectieuses et de l'autisme, notamment, on retrouve la raison. Les craintes s'évanouissent même si on comprend que les vaccins, comme tout autre médicament ou intervention chirurgicale, ne sont pas exempts de tout risque. «Il est vrai que les vaccins peuvent avoir des effets nocifs et graves, et en général, ces effets sont bien documentés», affirme le Dr Philippe DeWals, président du Comité sur l'immunisation du Québec ainsi que professeur et directeur du département de médecine sociale et préventive de l'université Laval.

    «On sait que certains de nos vaccins ne sont pas à 100 % protecteurs ni à 100 % sécuritaires. Il y a certains cas où le gouvernement doit donner une indemnisation en raison d'un effet secondaire d'un vaccin», ajoute le Dr Brian Ward, directeur adjoint du Centre de recherche en maladies infectieuses et microbiologie du Centre hospitalier de l'université McGill, qui a servi de témoin-expert pour les gouvernements américain et québécois dans des causes impliquant la vaccination.

    Certains effets secondaires

    Les deux spécialistes n'hésitent pas à décrire certains de ces effets parfois dramatiques, mais rappellent que le risque d'en être victime est maintes fois moindre que celui de contracter les maladies infectieuses très graves, voire mortelles, contre lesquelles le vaccin protège.

    On sait par exemple qu'«un individu sur un million développera une encéphalite à la suite de l'administration du vaccin RRO [rougeole-rubéole-oreillons]. Si une telle réaction apparaît dans les six semaines suivant la vaccination, la victime recevra une indemnisation», indique le Dr Ward, soulignant que parmi les personnes qui ne reçoivent pas le RRO, une sur 1000 contractera une de ces maladies qui peuvent laisser de lourds handicaps ou même enlever la vie.

    On soupçonne aussi le vaccin contre la grippe d'être associé à l'apparition du syndrome de Guillain-Barré, une maladie neuromusculaire où les anticorps produits en réponse au vaccin s'attaquent au système nerveux périphérique. Le vaccin contre la tuberculose (BCG) peut quant à lui tuer les enfants souffrant d'un déficit immunitaire congénital. «On ne sait jamais si un enfant est atteint au moment de le vacciner», dit le Dr Ward.

    «On ne peut pas garantir qu'il n'y aura aucun effet secondaire grave associé à un vaccin, fait remarquer le Dr DeWals, mais on sait que les bénéfices sont largement supérieurs aux risques. Il y a aussi des associations temporelles où un enfant reçoit un vaccin et développe une maladie comme l'autisme, la sclérose en plaques ou la myélite transverse dans les semaines qui suivent. Ces coïncidences soulèvent la suspicion, mais des études sérieuses démontrent qu'il y a autant de risque d'avoir ces maladies, vacciné ou pas.»

    Vaccination et autisme

    La réalisatrice Lina Moreco a filmé plusieurs enfants dont les symptômes de l'autisme sont apparus à la suite d'une vaccination que les parents associent à l'émergence de la maladie.

    Deux hypothèses distinctes sont véhiculées pour expliquer un lien possible entre l'autisme et les vaccins, résume un grand spécialiste de l'autisme, le Dr Éric Fombonne, directeur du service de pédopsychiatrie de l'Hôpital de Montréal pour enfants. La première, développée par un gastroentérologue britannique, Andrew Wakefield, met en cause la composante rougeole du vaccin RRO qui induirait une réaction inflammatoire de l'intestin, laquelle rendrait la barrière intestinale davantage poreuse et permettrait une absorption de substances toxiques qui, en passant par le sang, rejoindraient le cerveau. Cette intoxication induirait l'autisme.

    L'hypothèse, qui a fait l'objet d'un article dans la revue The Lancet en 1998, a été examinée sous toutes ses coutures. D'abondantes études épidémiologiques ont été effectuées. L'une d'elles, menée à Montréal auprès de

    28 000 enfants par le Dr Fombonne, a montré qu'au moment où la vaccination RRO a décru au Québec, entre 1987 et 1998, la prévalence de l'autisme a quant à elle progressivement augmenté. Par ailleurs, aucun effet sur cette prévalence n'a été observé en Angleterre lorsque la vaccination y a été instaurée en 1988. Inversement, au Japon, où la vaccination RRO a été interrompue au début des années 1990, le taux de vaccination RRO ayant chuté de 69,8 % en 1988 à 1,8 % en 1992, le nombre de cas d'autisme a continué d'augmenter, passant de 48 cas pour 10 000 enfants en 1988 à 117,2 pour 10 000 en 1996.

    D'autres études ont consisté à comparer la fréquence à laquelle deux groupes d'enfants autistes et de contrôles ont été vaccinés. Le Dr Fombonne, qui a effectué une étude de ce genre en Angleterre sur 6000 sujets, n'a relevé en 2004 aucune association entre l'autisme et la vaccination. On a aussi suivi des enfants ayant été vaccinés et d'autres qui ne l'avaient pas été, de l'âge d'un an à sept ou huit ans. Aucune de ces études n'a fait ressortir une incidence plus élevée de l'autisme dans le groupe vacciné.

    Compétence scientifique douteuse

    «Aucune étude épidémiologique n'a été positive, à l'exception de quelques-unes effectuées par Mark et David Geier, un père et son fils, dont la compétence scientifique est très douteuse», résume le Dr Fombonne. De plus, toutes ces études ont été systématiquement revues par des comités indépendants, tels que ceux de l'Organisation mondiale de la santé, le Medical Research Council du Royaume-Uni et le Comité canadien en immunisation. Deux rapports de l'Institut de médecine aux États-Unis émis en 2001 et en 2004 ont définitivement conclu qu'il n'y avait pas de lien.

    Des chercheurs, parmi lesquels figurent les Drs Fombonne, Ward et De Souza de Montréal, ont également tenté de reproduire en vain les résultats biologiques obtenus par le Dr Wakefield, qui affirmait avoir retrouvé des virus de la rougeole, voire des bouts d'ARN du virus, dans les biopsies intestinales et le sang de huit enfants autistes. «Comme par hasard, il est le seul à avoir trouvé cela», rapporte le Dr Fombonne. «Étrangement, il a perdu les anticorps qu'il a utilisés pour identifier ces particules virales», ajoute le Dr Ward.

    Il est clair que le Dr Wakefield et ses collègues, qui sont accusés de mauvaise conduite professionnelle grave par le General Medical Council du Royaume-Uni (Collège des médecins) «n'ont pas fait preuve de rigueur scientifique», déclare le Dr Ward.

    De plus, «il a violé les règles élémentaires de l'éthique médicale» notamment pour ne pas avoir révélé qu'ils avaient reçu un soutien financier des parents des enfants participant à l'étude, qui espéraient poursuivre les fabricants de vaccins, ajoute le Dr Fombonne, qui rappelle par ailleurs l'effet extrêmement négatif qu'a eu la publication du Dr Wakefield sur la santé publique. En 2004, la proportion d'enfants vaccinés contre le RRO a grandement diminué en Angleterre, n'atteignant plus que 81 %.

    «Or, pour maintenir l'immunité au niveau de la population, il faut une couverture vaccinale d'au moins 92 %, sinon on voit le retour des épidémies; c'est ce qui s'est passé en Angleterre. En Irlande, où il n'y avait plus que 74 % des enfants qui étaient vaccinés, 110 ont été admis à l'hôpital dans un état critique et trois sont morts», précise le chercheur et clinicien.

    Mercure et autisme

    Une seconde hypothèse incrimine le mercure présent dans les vaccins. En 1999, aux États-Unis, on s'est inquiété de la quantité de mercure qu'absorbaient les bambins suite à la succession de vaccins qu'on leur administrait jusqu'à l'âge de trois ans.

    La plupart des vaccins contenaient en effet du thimérosal — un agent de conservation qui prévient la prolifération des microbes dans les préparations vaccinales — qui, dans le corps, se transforme en éthylmercure, une forme de mercure qui n'est pas toxique, contrairement au méthylmercure qu'on retrouve dans certains poissons, comme le thon. «Le mercure est éliminé par l'organisme en quelques jours; il n'est donc pas pertinent de parler d'accumulation de mercure dans le corps à la suite de plusieurs vaccinations.

    «De plus, au Québec, le mercure a été supprimé en 1996 de tous les vaccins administrés aux enfants, à l'exception de celui contre la grippe, souligne le Dr Fombonne. Le mercure a été éliminé non par crainte de ses effets nocifs, mais parce qu'on a décidé de combiner cinq vaccins dans la même injection et que celui contre la polio, dans cette combinaison, est composé d'un virus vivant (mais atténué) qui ne survivrait pas en présence de mercure.»

    Le mercure a aussi été retiré en 1992 au Danemark et en 2001 aux États-Unis pour les mêmes raisons, et dans tous les cas, son retrait n'a eu absolument aucun effet sur les taux d'autisme.

    De plus, les exemples de contamination au mercure relatés dans la littérature, dont le célèbre cas des habitants de Minamata, au Japon, ne font jamais état d'autisme, rappelle le Dr Fombonne. «Du point de vue scientifique, la question est entièrement réglée depuis des années, mais il y a un contexte légal aux États-Unis où plusieurs familles continuent à poursuivre le gouvernement et les fabriquants de vaccins dans l'espoir d'obtenir des compensations financières extrêmement juteuses. Il y a également des centaines de firmes d'avocats impliquées dans ces causes qui veulent s'en mettre plein les poches et qui ont intérêt à ce que la controverse persiste même si les scientifiques l'ont réglée», lance-t-il.

    De l'aluminium

    Le film donne aussi la parole à un Français qui souffre de myofasciite à macrophages, une maladie neuromusculaire dégénérative qu'un spécialiste français incombe à l'aluminium contenu dans le vaccin contre l'hépatite A, reçu par ce patient quelques mois avant l'apparition de sa maladie.

    Aucun des spécialistes québécois consultés ne s'étonne de la présence d'aluminium dans les muscles de cette personne et ils ne seraient pas surpris d'en retrouver dans ceux de toutes les personnes vaccinées.

    «Les sels d'aluminium [qui éveillent le système immunitaire et le rendent plus réceptif aux vaccins] sont les adjuvants les plus efficaces du monde. Utilisés par toutes les populations, ils ne semblent induire ce genre de syndrome qu'en France. Il est possible que cela découle d'une susceptibilité génétique particulière des Français ou d'un facteur de risque présent dans cette région du monde», affirme le Dr Ward.

    Le Dr DeWals ajoute que «ce n'est qu'en France qu'a été rapportée une association temporelle entre le vaccin contre l'hépatite B et la sclérose en plaques». Et ce lien a été maintes fois démenti par une analyse rigoureuse des données épidémiologiques.












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