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Combien dévastatrice serait une attaque au virus de la variole

Pauline Gravel   1 juin 2002  Santé
Alors qu'ont été imaginés et mis en images les scénarios les plus terrifiants sur des épidémies fulgurantes qui pourraient éclore d'une attaque bioterroriste au virus de la variole, plusieurs scientifiques, dont certains spécialistes de la maladie, nuancent ces messages alarmistes dans la dernière édition de la revue Science en affirmant que ces visions cauchemardesques sont carrément invraisemblables.

Dans l'une de ces histoires dramatiques, intitulée Dark Winter, la maladie se propageait comme une traînée de poudre, infectant près de trois millions d'Américains en l'espace d'un mois et demi et en fauchant un million.

Selon certains experts ayant jadis contribué à l'éradication de la maladie, la variole se répandrait beaucoup plus lentement que ce qu'ont fait valoir les auteurs de ces documents-fictions et elle pourrait être contenue assez facilement. «Il s'agit d'une maladie peu contagieuse», affirme James Koopman, de l'université du Michigan Ann Arbor, qui a aidé à combattre une résurgence de la maladie au début des années 1970 en Inde.

Par ailleurs, plusieurs équipes de biostatisticiens américains élaborent des modèles informatiques permettant de simuler non seulement l'expansion d'une épidémie de variole mais également les effets d'un programme de vaccination et d'une quarantaine.

Certains de ces modèles se fondent sur la vitesse à laquelle s'est transmise la maladie lors d'épidémies passées, vitesse qu'on évalue au nombre de personnes infectées — secondairement — par les tout premiers malades.

Ces données varient toutefois passablement d'une population à l'autre et expliqueraient les résultats variables obtenus d'un modèle à l'autre. D'autres simulations informatiques misent plutôt sur le comportement des individus d'une communauté pour déterminer le risque qu'ils auront de contracter la maladie. Dans l'élaboration de ces modèles fort sophistiqués, les chercheurs ont pris en compte les conditions favorables à l'infection par la maladie.

Selon les experts, la plupart des cas d'infection relevés par le passé étaient le résultat d'un contact rapproché — deux mètres et moins — et prolongé de plusieurs heures. Le scénario selon lequel un terroriste infecté condamnerait à la mort un enfant en lui caressant la tête ou les employés d'un bureau de Manhattan où il pénétrerait est complètement farfelu.

Bien que les différents modèles informatiques suggèrent des scénarios assez différents, aucun n'apparaît aussi pessimiste que ceux offerts dans les fictions cinématographiques.

Pour la plupart des scientifiques consultés par la revue Science, il est particulièrement important de remettre les pendules à l'heure compte tenu que le gouvernement américain s'apprête à revoir sa politique de vaccination contre la variole. Surtout que le seul vaccin disponible peut avoir de sérieux effets secondaires.

Ce vaccin, appelé Vaccinia ou désigné sous le nom commercial de Dryvax, provoque une infection locale sur le bras qui se résorbe généralement en deux ou trois semaines. Dans certains cas, l'infection s'emballe et peut détruire le bras, voire se généraliser à tout l'organisme lorsque les personnes ont déjà souffert d'eczéma. À l'époque où on a procédé à l'éradication de la maladie, 1250 personnes par million d'individus vaccinés ont été frappées d'un de ces effets secondaires. Et on a compté environ un décès par million.

Le Center for Disease Control and Prevention (CDC) prévoit de ne recourir à la vaccination qu'au moment de l'éruption de la maladie et de ne vacciner que les personnes qui auraient été en contact avec un malade. Mais certaines autorités médicales, comme William Bicknell, professeur à l'École de santé publique de l'université de Boston, croient plutôt qu'il serait préférable de rendre le vaccin disponible dès maintenant et d'accorder une vaccination à ceux qui le désireraient.

Pas de panique, réplique Harold Mrgolis, conseiller aux alertes à la variole du CDC. «Nous connaissons bien la maladie. Nous l'avons déjà éradiquée par le passé, nous pouvons encore le faire.»
 
 
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