Magnétothèque - La bibliothèque aux 10 000 livres sonores

C’est Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui héberge la collection de la Magnétothèque.
Photo: C’est Bibliothèque et Archives nationales du Québec qui héberge la collection de la Magnétothèque.

En cette période anticipée de vaches maigres, les organisations caritatives sentent bien la menace et craignent qu'on les place au rang des oubliettes... Néanmoins, bien qu'elles se sentent fragilisées, la demande n'en demeure pas moins importante. Certes, grâce au caractère unique de son concept, la Magnétothèque se verra peut-être épargnée d'une telle mise en garde.

Oeuvrant auprès d'une clientèle atteinte de déficience visuelle, si on s'en tient à sa structure actuelle, la Magnétothèque est le seul centre de la sorte au Québec. Ainsi, tout comme son équivalent canadien, l'Institut national canadien des aveugles (INCA), elle a pour mission de permettre l'accessibilité à l'imprimé sous forme sonore à tous ses membres. «Nous sommes le plus grand producteur de livres sonores adaptés dans toute la francophonie», mentionne Marjorie Théodore, directrice générale de la Magnétothèque. Depuis 1976, l'établissement enregistre plus de 700 livres par an, tout en veillant au respect des diverses normes d'acquisition établies préalablement par Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Ce nombre s'ajoutant année après année à la collection de l'établissement, la Magnétothèque met à la disposition des utilisateurs près de 10 000 livres sonores adaptés, à même la Bibliothèque nationale.

«Quelque 80 % de l'information qu'on reçoit vient de la vue, par exemple par les panneaux d'affichage, la télévision ou bien les journaux et les revues, alors que seulement 20 % nous provient de l'audition... L'accès au savoir et à la culture, pour ces gens qui ne peuvent tirer profit autrement de l'imprimé, est une cause qui me tient vraiment à coeur. Personnellement, si je perdais l'usage de la vue, ce serait grave», admet la directrice générale. À la question de savoir si elle avait un témoignage à partager, Marjorie Théodore évoque Marie-Jeanne Bérubé, membre exceptionnelle et toujours active de la Magnétothèque. Cette dernière a perdu la vue à l'âge de vingt-cinq ans, ce qui ne l'a pas empêché de compléter un baccalauréat grâce à la Magnétothèque. Grande adepte de lecture dans ses loisirs, elle a également siégé au conseil d'administration à titre de présidente pendant quelques années.

Les fondements et l'évolution

Lorsqu'il était à la maîtrise à l'Université de Montréal, André Hamel a perdu la vue. Fervent lecteur, il ne pouvait donc plus se livrer à sa passion pour la littérature. Il a alors entendu parler de Recording for the Blind, un organisme états-unien où il s'est rendu pour en étudier la structure. Il est ensuite revenu au Québec pleinement inspiré pour fonder la Magnétothèque à l'image de cet organisme. Ainsi, au cours des premières années de son existence, soit de 1976 à 1985, la Magnétothèque s'est consacrée notamment aux étudiants handicapés de la vue, leur offrant ses services pour l'enregistrement de documents pédagogiques. «À l'époque, l'organisme était financé en grande partie par le ministère de l'Éducation du Québec», précise Marjorie Théodore.

Dès 1984, la Magnétothèque est reconnue par l'État québécois comme un organisme de services offerts aux personnes handicapées de la vue. En 1986, l'organisme connaît un changement de parcours. «Cette année-là, le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, anciennement le ministère des Affaires culturelles, a demandé à la Magnétothèque d'enregistrer des livres de loisirs. Depuis, la Magnétothèque doit suivre la politique de développement des bibliothèques publiques.»

Par la suite, en collaboration avec l'Institut Nazareth-et-Louis-Braille, en 2001, la Magnétothèque a mis au point le Service québécois du livre adapté (SQLA), où elle joue un rôle de diffuseur. En 2005, l'organisme a cédé ses activités de diffusion à BAnQ et s'oriente dorénavant comme un centre de production de livres sonores. «Avant 2005, l'usager qui voulait un livre appelait directement à la Magnétothèque, alors que, depuis 2005, il doit être abonné à BAnQ, laquelle héberge la collection de la Magnétothèque», explique-t-elle.

Depuis, les services ont pris beaucoup d'ampleur. La Magnétothèque permet dorénavant l'enregistrement de livres et de documents sonores et on y vend également des livres sonores préenregistrés, en collaboration avec les Éditions Stanké. Elle a même amorcé un projet de radio personnalisée! La radio de la Magnétothèque diffuse une programmation quotidienne variée au moyen du câble, d'Internet ou de la télévision numérique. «La radio fait la lecture intégrale d'articles de quotidiens francophones. Elle diffuse une programmation de six heures en boucle», ajoute Marjorie Théodore. Elle permet à plus de 450 000 auditeurs d'écouter des articles de journaux et de revues francophones, ainsi que des éditoriaux, et ce, à toute heure du jour!

En somme...

La Magnétothèque veille à la mise en place d'un service à la clientèle hautement qualifié pour rejoindre plus de 8000 usagers abonnés. Bien qu'elle lance elle-même ses campagnes de souscription, elle vit aujourd'hui en grande partie grâce à l'appui du ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine. Elle regroupe plus de 400 bénévoles, lesquels sont invités à prêter main-forte à plusieurs niveaux, par exemple au cours des différentes activités de financement, des marathons de lecture, en plus de siéger au conseil d'administration, alors que deux sièges sont réservés aux membres non voyants.

Le site Internet a également été conçu de telle sorte que les visiteurs aux prises avec une déficience visuelle jouissent d'un outil virtuel accessible. «La Magnétothèque fait partie de l'Union francophone des aveugles et est très présente au sein de la francophonie», ajoute Marjorie Théodore. L'organisme prête également son expérience et son expertise et participe activement à des projets de développement durable au niveau international, notamment la mise sur pied d'une bibliothèque sonore en Algérie.

***

Collaboratrice du Devoir