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Cataractes: deux fois moins cher dans le public

Le recours au privé est pourtant en voie de prendre de l'ampleur pour ce type d'opération

Robert Dutrisac   30 janvier 2009  Santé
Québec — Les hôpitaux du réseau public de santé sont en mesure d'effectuer des chirurgies de la cataracte pour deux fois moins cher que le secteur privé, selon ce qu'a appris Le Devoir. Pourtant, le recours au privé est en voie de prendre de l'ampleur en raison de la création des futures cliniques médicales spécialisées (CMS) qu'encadre le projet de loi 33 adopté en 2006.

Dans un entretien accordé au Devoir, le président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal, David Levine, a indiqué que, depuis 2002-2003, le coût d'une chirurgie de la cataracte a chuté à 450 $ en moyenne dans les 12 hôpitaux montréalais qui font ce type de chirurgie. Or le secteur privé reçoit 1000 $ du gouvernement pour la même opération.

Ainsi, en vertu d'un contrat de service qu'elle a octroyé en juillet dernier, l'ASSS des Laurentides verse 1000 $ pour chacune des chirurgies de la cataracte dont se charge la clinique privée Iris, de Laval. À ces frais, on doit ajouter entre 335 $ et 350 $ pour les honoraires du médecin payés par la Régie d'assurance maladie du Québec (RAMQ). Ces honoraires sont versés à tous les chirurgiens oculaires participant au régime public, qu'ils pratiquent leur art dans un hôpital ou dans une clinique privée.

Depuis l'été dernier, l'Hôtel-Dieu de Saint-Jérôme a référé environ 15 % de ses patients en attente d'une chirurgie de la cataracte vers la clinique Iris. Au total, il s'agit de 506 patients, pour un débours de 506 000 $, a précisé le directeur des communications de l'ASSS des Laurentides, Marc Angers. Ce sont des chirurgiens oculaires de l'hôpital de Saint-Jérôme qui pratiquent dans la clinique Iris.

M. Angers a indiqué que le recours à cette clinique privée était devenu inévitable en raison du nombre important de patients en attente d'une chirurgie de la cataracte depuis six mois ou plus à l'hôpital de Saint-Jérôme. De toutes les régions du Québec, c'est dans les Laurentides que la liste d'attente pour ce type de chirurgie est, et de loin, la plus longue.

Projets dans l'air

Selon le Dr Michel Bureau, directeur général des affaires médicales et universitaires du ministère de la Santé et des Services sociaux, la clinique IRIS est la seule clinique privée, à l'heure actuelle, ayant signé un contrat avec une ASSS pour la chirurgie de la cataracte.

Mais deux projets de CMS en ophtalmologie sont présentement sur la planche à dessin. Dans les Laurentides, le secteur privé sera appelé à construire une nouvelle clinique pour répondre aux besoins que l'hôpital de Saint-Jérôme n'arrive pas à remplir. À Montréal, un projet de CMS veut prendre à sa charge les 4000 chirurgies de la cataracte effectuées par le Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM). On ne sait pas à quel prix les promoteurs proposeront leurs services à l'État payeur.

Par ailleurs, quelque 2800 chirurgies de la cataracte se font dans des cliniques privées par des médecins participant au régime public, soit 4 % des 70 000 chirurgies de la cataracte effectuées chaque année au Québec. Ces cliniques ne sont toutefois pas liées par contrat à un hôpital, comme le veut le modèle des CMS associées; dès lors, seuls les honoraires des chirurgiens sont payés par l'État. Par contre, lorsqu'il y a contrat, la clinique privée peut alors réclamer du ministère une compensation pour ses locaux, l'équipement, le personnel de soutien, etc., ce qui fait grimper la facture.

Pas nécessaire

Selon David Levine, il n'est aucunement nécessaire de recourir aux services des cliniques privées pour la chirurgie des cataractes dans la région de Montréal. Depuis 2003, ces opérations ont été concentrées dans des unités spécialisées au sein des hôpitaux et la productivité a grimpé en flèche.

Ainsi, en cinq ans, le nombre d'opérations de la cataracte effectuées dans les hôpitaux montréalais est passé de 20 000 à 27 000, une hausse de 35 %. Selon les dernières données du ministère, le nombre de patients en attente depuis six mois ou plus s'élève à 169, soit moins de 1 % du total. C'est l'équivalent de zéro, selon l'agence, puisque des raisons hors du contrôle des hôpitaux — des patients qui choisissent de retarder leur opération ou des erreurs dans les listes, par exemple — peuvent expliquer qu'il reste une centaine de patients sur la liste d'attente.

Comme le ministère verse 1100 $ par opération en sus du seuil de 20 000 de 2003 et que cette opération ne coûte dans les faits que 450 $, les hôpitaux de Montréal peuvent affecter la différence (soit une somme non négligeable d'environ cinq millions par an) à améliorer les services à la population dans d'autres spécialités, a fait valoir M. Levine. Le recours au privé priverait le réseau public de cette somme.

La situation est similaire à Québec. Le recours à des cliniques privées pour les cataractes n'est absolument pas nécessaire, a soutenu le directeur des communications de l'ASSS de la Capitale-Nationale, Pierre Lafleur. Dans la région de Québec, les opérations de la cataracte sont regroupées dans un seul établissement, l'hôpital Saint-Sacrement. Entre 2002-03 et 2007-08, le nombre de ces chirurgies est passé de 5829 à 7906, une augmentation de plus de 25 %. Aucun patient n'attend six mois avant de se faire traiter et 85 % le sont dans un délai de moins de trois mois, a signalé Pierre Lafleur. Le coût unitaire de l'opération s'élève à 425 $, a-t-il mentionné.

Ce coût unitaire ne comprend que les frais directs: les salaires du personnel infirmier et de soutien et le coût des fournitures médicales, notamment, a expliqué M. Lafleur. Le coût des immobilisations — le bâtiment et l'équipement fixe du bloc opératoire — n'est pas compris. Mais la plupart de ces coûts sont déjà amortis de toute façon, a-t-il précisé.
 
 
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  • BERTRAND LEGER
    Inscrit
    vendredi 30 janvier 2009 09h19
    Question de temps d'attente
    On va au privé quand le public ne peut pas nous servir assez vite. Cependant, je suggère que la différence de coût soit payée par le patient, impatient (sans jeu de mots) de se faire opérer au plus vite....
    Ce n'est pas aux payeurs de taxes de défrayer ces coûts additionnels.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 30 janvier 2009 09h38
    Ô surprise !
    Ô surprise, les soins de santé coûteraient plus cher au privé qu'au public. Mais comment a-t-on pu imaginer le contraire quand on sait que les médecins sont attirés par le privé parce que c'est plus payant. Comment a-t-on pu ignorer cette évidence quand nos voisins du sud ont un système de santé largement privé et que ce dernier coûte des tas plus cher que les services de santé publics. On croit ce que l'on veut croire.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Richard Larouche
    Inscrit
    vendredi 30 janvier 2009 12h48
    à bas le privé en santé
    Voici la démonstration de ce qui était écrit dans le ciel : ça coûte plus cher dans le privé...

  • Nathaly Isabelle
    Abonné
    vendredi 30 janvier 2009 14h10
    Il faut sortir la santé de la politique
    Mesdames et messieurs, salut à vous tous.

    Il y a sur le WEB un site qui prône la création de coopératives de santé au québec et ce site propose la création d'un fonds d'investissement santé Québec pour financer la santé au Québec.

    jean_isab@videotron.ca

  • Linda Hart
    Inscrite
    vendredi 30 janvier 2009 14h39
    L'entreprise privée n'est pas là pour le profit, mais pour l'efficacité. Ha, ha ha !!!!
    Où sont passés tous ces petits crétins amateurs de privé qui nous serinent comme des perroquets : «L'entreprise privée n'est pas là pour le profit, elle est là pour l'efficacité». Où sont-ils passés les petits cons, ils ont perdu leur langue ?

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    vendredi 30 janvier 2009 15h46
    non au privé..
    aux USA, résonnance magnétique : 10 000$, dormir un soir à l'hôpital, sans aucun examen : entre 2 000 et 3 000$, facile pour nous de choisir... Mon ophtalmo me disait lors de ma dernière visite, que des opticiens (pas tous) incitaient de
    leurs clients à se faire opérer pour des cataractes, sans besoin immédiat, car cela leur faisait vendre des lunettes
    alors que ces personnes pouvaient attendre... il n'y avait aucune urgence..

  • Christian Gagnon
    Inscrit
    samedi 31 janvier 2009 23h37
    un calcul lunatique
    Vraiment M. Levine m'étonne quand il dit qu'ils perdrait des sommes importantes si on cessait de payer des opérations à 1100 $...

    Est-ce qu'un médecin du système publique a des honoraires de 350 $ la shot comme ces privés ? Si tel est le cas - sachant qu'au public, l'opération pour les cataractes coûte 450 $ - il resterai donc 750 $ qui pourrait être réaffecté a vos autres projets, M. Levine. C'est 300 $ de plus! Et demandez donc a vos ministres de calculer à l'endroit, au lieu de calculer à l'envers, et de cesser de favoriser que quelques uns, qui en profites au lieu que ce soit la communauté entière qui puisse en profiter. Encore une fois, M. Charest nous prouve qu'il est prêt à tout faire - lentement, question qu'on ne s'en aperçoive pas - pour faire tomber le systême public au profits de quelques grands conglomérats qui se remplisse déjà les poches de nos sous, car il s'agit bien de NOTRE argent ici, celui des contribuables !

  • Jean-Yves Arès
    Inscrit
    dimanche 1 février 2009 10h31
    Calcul trompeur
    Ce n'est pas très sérieux de sortir du coût de ces opérations les dépenses d'immobilisation liés a ce travail. Si l'on veut comparer des pommes avec des pommes il faut tout inclure ce qu'il en coûte vraiment, et totalement, au système de santé publique. Il faut donner le prix que l'on réclamerait, par exemple, a un étranger qui viendrait se faire soigner dans notre réseaux publique. C'est a dire un coût qui inclus, en plus de l'immobilisation, sa part d'administration et ses coûts salariaux totaux plutôt que les seuls salaires qui ne représentent qu'une partie du véritable coût de la mains d'oeuvres.

    @ Nathaly Isabelle, l'idée des coopératives est séduisante mais elles ont toutes les caratérisques d'accès d'un service de santé privé. Seules les membres cotisants y ont accès. C'est comme remplacer un tiket modérateur par un ticket "participateur". Hors la qualité première de notre système de santé publique c'est qu'il est accessible tous, peu importe sa capacité de payer. Que la cotisation pour le payer ce système est faite via les taxes et impôts, ce qui est en soi une forme de répartition de la richesse (moins vrai pour l'assurance médicament, qui elle est facturée par individu, sauf pour les très démunis, et qui exclut les mieux nantis, qui eux ont leurs assurances privées...)

  • Normand Choiniere
    Inscrit
    lundi 13 juillet 2009 11h55
    Le privé... mon oeil!
    Je viens tout juste de vérifier. Laurentides est la pire région pour l'attente au Québec en ce qui touche la cataracte. Méchant racket. Le médecin de mon épouse est prêt à l'opérer pour une cataracte d'ici deux semaines dans le privé pour 2600$ + pour chaque oeil. Le même médecin dans le public dit ne pouvoir le faire avant 6 mois! Et, soit dit en passant, on a trouvé moyen de "tricher" dans le public face à l'obligation de soigner les patients dans les six mois. Les médecins ne transmettent tout simplement pas leurs demandes de chirurgie dès que le diagnostic est fait. Ils les conservent dans leur bureau 2-3-4 mois de sorte qu'on attend effectivement de 8 à 10 mois car le "système. ne fait tourner le compteur qu'à partir du moment où la demande de chirurgie est reçue.

    Le secteur public ne fait possiblement pas tous ses devoirs correctement car à Montréal, le Montreal General et l'Hôpital du Haut Richelieu à St-Jean traitement plus de 90% de leurs patients en moins de deux semaines. Tirez vos conclusions.

    Il est évident que le privé se sert de la situation dans les Laurentides pour s'en mettre plein les poches. Et les médecins ne doivent pas faire grand chose pour améliorer les choses. C'est trop payant! Ils retiennent la clientèle dans la région de toutes les façons (en ne transmettant pas leurs demandes de chirurgie entre autres), les font attendre au maximum et les canalisent vers leur pratique privée à un tarif exorbitant.

    Ma femme vient de contacter un ophtalmo de St-Jean et elle devrait passer dans les deux semaines...

    Sans parler des assurances. Essayez-vous un peu avec le privé avant de plonger dans l'enfer. Allez voir aux USA comment cela se passe dans le paradis du privé! C'est effectivement l'enfer et le racket généralisé.

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