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Apprendre à vouloir vivre

Pour prévenir le suicide, le pédopédiatre Jean-Jacques Breton cherche à développer les défenses naturelles psychiques des adolescents contre la dépression

Lisa-Marie Gervais   28 janvier 2009  Santé
Photo : Agence Reuters
Il n'existe pas encore de vaccin contre le mal de vivre, encore moins contre le suicide. Pourtant, à leur manière, grâce à une approche spécialisée qu'ils ont développée en recherche clinique, le pédopsychiatre Jean-Jacques Breton et son équipe aident les jeunes écorchés de la vie à développer des «anticorps» contre la dépression. Et donnent des raisons de vivre à ces adolescents suicidaires à qui la vie a laissé une seconde chance.

À sa sortie il y a presque exactement un an, le film avait provoqué une onde de choc semblable à celle qui suit la découverte du corps d'un suicidé. Très bien accueilli par la critique, Tout est parfait traitait pourtant d'un sujet extrêmement sensible, voire macabre: un pacte de suicide entre de jeunes adolescents.

Très photographique, comme un cliché, le film se voulait un portrait d'un jeune survivant à cette tragédie. Dès les débuts du long métrage, on apprend que, contrairement à quatre de ses amis, le jeune Josh ne s'est pas enlevé la vie. La suite du film s'emploie à dépeindre les répercussions d'un tel drame sur le protagoniste et son entourage.

Dans cette histoire d'horreur campée dans une banlieue industrielle quelconque, il y avait beaucoup de détresse et de silence et très peu de communication parents-adolescents. Sans doute les jeunes avaient-ils peu développé leurs «facteurs de protection», pourrait-on dire en reprenant les termes de l'expert en suicidologie Jean-Jacques Breton.

Ce pédopsychiatre à la clinique surspécialisée des troubles de l'humeur de l'hôpital Rivière-des-Prairies mène actuellement des travaux de recherche chez une population d'adolescents afin de mieux identifier certains de ces fameux «facteurs de protection» qui, un peu à la manière des anticorps, aideraient une personne à se protéger contre l'envie de mourir ou la dépression. Pourquoi les ados? «Parce que, en ce qui a trait aux comportements suicidaires, ce sont eux qui sont les plus à risque. La prévalence est moins élevée chez les adolescents que chez les hommes adultes, par exemple, mais le suicide est la cause de 33 % des décès d'adolescents», a rappelé le Dr Breton, qui rendait compte de ces premiers constats de recherche à l'approche de la semaine de prévention du suicide, qui se tiendra du 1er au 7 février.

À la recherche de raisons de vivre

Les jeunes qui fréquentent la clinique de l'hôpital Rivière-des-Prairies sont des écorchés de la vie. Surdose de médicaments, lacération, la plupart ont déjà tenté de s'enlever la vie et ont des idées suicidaires actives. Environ 85 % des patients souffrent de troubles dépressifs et 15 % sont bipolaires. L'équipe de chercheurs du Dr Breton a comparé les évaluations de ces jeunes en détresse à celles de 283 adolescents issus de sept écoles secondaires de Montréal.

Les trois questionnaires distribués visaient à étudier trois facteurs de protection, soit les raisons de vivre, la spiritualité et le coping productif, c'est-à-dire l'ensemble des stratégies utilisées par une personne pour faire face à une situation, comme faire de l'exercice ou se concentrer sur ce qui est positif. Résultat? «On a réalisé que les moyennes des jeunes en milieu clinique sont beaucoup plus basses que celles des jeunes en milieu scolaire. Ils ont moins de stratégies productives de coping et ont moins développé de raisons de vivre», explique le professeur au département de psychiatrie de l'Université de Montréal.

La spiritualité, qui ici n'a rien à voir avec la religiosité, est également très peu développée chez les jeunes qui sont déprimés. «L'aspect le plus lié à la dépression, c'est la faiblesse de la vie intérieure. Le jeune qui se cherche, qui n'a pas trouvé son identité propre, est plus enclin au suicide», constate le chercheur.

Pourtant, la spiritualité semble être plus développée chez les filles. «Les filles sont plus centrées sur leur vie intérieure et sur leurs émotions que les garçons, qui privilégient l'action», explique le Dr Breton. En revanche, les filles seraient plus déprimées que les garçons et développeraient moins leur habileté de coping productif. «Les filles vont davantage se culpabiliser, ruminer et se remettre en question.»

Une approche originale

L'originalité de la démarche, encore peu explorée sur le plan clinique au Québec, réside dans l'analyse du rapport de force qui s'exerce entre les facteurs de risque et les facteurs de protection. «Le désespoir, les difficultés relationnelles, la dépression... ce sont des facteurs de risque qui peuvent conduire au suicide. Dans les thérapies, on tient compte de cette vulnérabilité "biologique" tout en renforçant les mécanismes de défense des jeunes», soutient le Dr Breton. «C'est une façon de prévenir les rechutes, la dépression étant souvent perçue comme une maladie chronique.» Un peu comme le ferait un système immunitaire en bonne santé, la stimulation des défenses naturelles psychiques d'un individu lors d'un événement stressant contribuerait à chasser les idées suicidaires.

Pour le pédopsychiatre, les questionnaires ont comblé un manque de données québécoises sur le sujet. «Maintenant, on est plus sûrs de la qualité de nos instruments pour mesurer ces variables-là», avance-t-il. Pas non plus de doute sur l'espoir que procurent de tels résultats. «On a des évolutions remarquables. C'est vraiment impressionnant. C'est une approche globale qui rend compte de la santé mentale positive et qui nous encourage à travailler en milieu clinique», conclut le chercheur.
 
 
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    28 janvier 2009 09 h 08
    Quand on décrit les jeunes qui se défoncent, on confond les effets et les causes.
    Tout est dit dans ce texte, il s'agit de savoir rassembler les mots. En raison du temps qui nous manque, on voudrait voir nos jeunes voler dans les airs, avant même que leurs ailes ne soient encore poussées. Dans ce texte, on dit ceci: « ... et très peu de communication parents-adolescents». On ne devrait surtout pas confondre les effets et les causes pour tenter de s'expliquer quand nos jeunes vivent des crises existentielles.

    Nos jeunes auraient besoin de plus de temps avec leurs parents et d'une meilleure qualité de communication avec leurs parents. Ces derniers sont pris dans les méandres morbides de leurs occupations faussement citoyennes et, permettez-moi l'expression, "individualisantes". De ce point de vue, les garderies au fond tuent l'âme de nos enfants, pour en faire apparemment de bons citoyens.

    C'est pour compenser que nos jeunes finissent graduellement par se défoncer. Nos jeunes souffrent d'isolement. Mis à part quelques cas d'exceptions, ce n'est pas de facteurs de protection dont nos jeunes auraient surtout besoin. Ce serait plutôt d'une main tendue pour les guider, avec tout l'amour, l'honnêteté et la patience que ça impliquerait de la part des parents et des quelques adultes représentatifs dans leur vie.

    Jacques Morissette (Montréal)
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  • Roland Berger - Abonné
    28 janvier 2009 09 h 40
    Créer l'illusion
    Nous en sommes à chercher des moyens pour créer l'illusion d'une société équitable et accueillante pour des jeunes qui vivent l'exclusion au présent et voient à juste titre que l'avenir est bouché. Les approches globales se multiplient, mais la société ne change pas. À preuve, l'hypocrisie du projet de budget du gouvernement Harper. Il y a là de quoi se réjouit que les jeunes ne s'intéressent pas à la politique.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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  • élise gauthier - Inscrite
    28 janvier 2009 09 h 49
    bravo
    C'est encourageant de voir de nouveaux moyens pour aider les jeunes à affronter cette vie qui leur fait peur à peine ont-ils commencé à la vivre....
    excellente idée et technique de travailler sur les facteurs de protection.... mais concrètement... !?? refléter les forces, les réussites passées... faire confiance à ces jeunes... !?
    J'aimerais en savoir plus ...
    bravo la recherche québécoise en santé mentale....
    continuons de démystifier la maladie mentale ....
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  • Line Bellavance - Inscrite
    28 janvier 2009 10 h 25
    Parlons plus de santé mentale
    Excellent article! Je travaille pour la Fondation les petits trésors de l'Hôpital Rivière-des-Prairies et l'un de nos mandats est de faire tomber les tabous et les incompréhensions en informant le public sur les diverses problématiques de santé mentale chez les jeunes.

    La Fondation les petits trésors organise, le 4 février prochain sur La Grande-Place du complexe Desjardins, une table-ronde, animé par Sylvie Lauzon, sur la prévention du suicide avec la participation du Dr Jean-Jacques Breton et de Mme Lyne Desrosiers, de l'Hôpital Rivière-des-Prairies et de Mesdammes Hélène et Sylvie Fortin de la Fondation André Dédé Fortin.

    Le public est inviter gratuitement à assister aux échanges et à y participer en posant des questions!
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  • Mireille Tremblay - Abonnée
    28 janvier 2009 10 h 48
    Apprendre à vivre...ensemble
    «Avez-vous lu «Apprendre à vivre» de Luc Ferry? (2006, Paris : Plon) qui rappelle comment l'humanité, à travers les siècles, a tenté de répondre aux questions : «Pourquoi vivre? Pourquoi mourir? Qu'est-ce qui peut nous sauver?» Excellent petit condensé philosophique de notre quête de sens et d'identité. J'ai également bien aimé Nancy Huston, dans son essai «L'espèce fabulatrice» (2008), qui défend la thèse selon laquelle nous construisons notre identité à partir d'une histoire que l'on se raconte sur nous-mêmes, fable elle-même nourrie de celles que nous racontent notre famille, le groupe auquel on appartient, notrer communauté ethnique, culturelle, religieuse, etc. Je suis un peu perplexe, et je l'avoue je trouve tout-de-même cela réjouissant, de constater l'émergence des nouveaux courants «positivistes» en santé mentale (psychologie, psychiatrie) misant sur la «résilience» (Cyrulnik), la gestion du stress, les habiletés de «coping», les recherches sur le bonheur (Csikszentmihalyi), etc . Si ces approches doivent inspirer le renouvellement des pratiques dans le domaine de l'intervention en santé mentale, ce que je souhaite, elles ne sont rien, si elles ne s'élaborent pas avec, par et pour les personnes, jeunes, adultes ou plus âgées, qui peinent à vivre, et à donner un sens à leur vie. Et la quête de ces personnes n'a de sens que dans une culture riche, dynamique, vivante, conviviale et disons-le festive.
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  • Josette Duquette - Abonnée
    28 janvier 2009 11 h 36
    Un petit geste à la fois
    Le contenu de cet article me donne l'espoir d'une société en évolution et qui travaille à atteindre une vie meilleure. Des chercheurs qui se penchent sur la question du suicide des jeunes et qui trouvent des pistes d'aide efficaces,il s'en trouve et s'en trouvera.
    Nous atteindrons ensemble le niveau d'équilibre en nous appliquant chacun et chacune à vaincre les facteurs de déséquilibre selon nos capacités.
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