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Disparition mystérieuse d'isotopes au CHUM

Le directeur du département de médecine nucléaire a démissionné après une série d'incidents

Kathleen Lévesque   10 janvier 2009  Santé
Photo : Agence Reuters
Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) enquête depuis plus d'un an sur la disparition d'isotopes médicaux qui auraient bénéficié à une clinique privée.

Selon ce qu'a appris Le Devoir, c'est en septembre 2007 que des médecins du département de médecine nucléaire ont officiellement sonné l'alarme auprès de la direction de l'hôpital. Selon les informations recueillies, les plaignants soulevaient dans leur lettre de nombreuses questions sur ce qui semblaient être des irrégularités: isotopes médicaux manquants, transferts vers une clinique privée, utilisation du personnel du CHUM à des fins privées. D'autres problèmes, de nature administrative notamment, auraient été montrés du doigt, sans compter l'inquiétude devant l'impact de la situation sur les activités cliniques.

Le printemps suivant, le directeur du département de médecine nucléaire du CHUM, le Dr Raymond Taillefer quittait son poste. «Avec l'atmosphère qui régnait dans le département et la suspicion qui s'était installée, il est parti», a expliqué Serge Leblanc, directeur général par intérim.

Ce dernier ne cachait pas son malaise d'aborder ce délicat dossier. Jusqu'en mai dernier, M. Leblanc était le directeur des services hospitaliers du CHUM et à ce titre, responsable de la médecine nucléaire. Dans la hiérarchie administrative, le département du Dr Taillefer était donc sous l'égide de Serge Leblanc. «J'aime mieux me garder loin de ça», a-t-il dit, tout en confirmant qu'une «fiole d'isotopes a disparue».

Alertée, la direction du CHUM a cherché à faire la lumière sans toutefois ébruiter l'affaire sur la place publique. «Il y a eu des allégations de fraude ou de malversation et le directeur général qui était à l'époque le Dr Denis Roy a demandé qu'une enquête soit menée», a affirmé hier Lucie Dufresne, de la direction des communications.

Ainsi, une équipe de juricomptables de la firme KPMG a été mandatée pour analyser de fond en comble ce dossier. Au fil des mois, on a suivi la trace de documents, saisi des ordinateurs et recueilli des témoignages.

Le CHUM attend le rapport final de KPMG d'ici quelques jours. Déjà, des sources proches du dossier indiquent que «les questions des plaignants étaient légitimes». Le rapport sera analysé par le contentieux de l'hôpital avant d'être déposé au conseil d'administration. La prochaine séance du conseil d'administration est prévue le 20 janvier.

Serge Leblanc a indiqué quelques jours avant Noël qu'il «est difficile de trouver des preuves», ce qui expliquerait que le dossier n'a toujours pas été clarifié. «Cela achève, mais je trouve que c'est long», reconnaissait-il.

Les isotopes médicaux sont utilisés pour diagnostiquer ou traiter des cancers, ainsi que des maladies cardiaques. Depuis plus d'un an, l'approvisionnement en isotopes connaît des hauts et des bas partout au pays et à l'étranger. À l'automne 2007, la fermeture de la centrale Chalk River, en Ontario, qui produit la moitié de tous les isotopes médicaux dans le monde, avait même provoqué une crise politique à la Chambre des communes. En décembre dernier, les stocks de cette matière radioactive étaient très bas, obligeant les hôpitaux à revoir leurs façons de faire (prioriser les cas urgents ou devancer les rendez-vous, par exemple).

La médecine nucléaire est un secteur de la santé très spécialisé dont l'équipement coûte très cher. Quelques rares cliniques privées offrent des services de ce type. La clinique Imatech, située au centre-ville de Montréal et dirigée par le Dr Raymond Taillefer, est l'une d'elles. Le Dr Taillefer a fondé Imatech en 2000 tout en poursuivant ses activités de médecin au CHUM. Il en était co-propriétaire jusqu'en 2006. Le Groupe Santé Medisys en a alors fait l'acquisition.

En 2004, le Dr Taillefer s'était retrouvé plongé dans une controverse politique. Le Parti québécois avait révélé à l'Assemblée nationale que le département de médecine nucléaire du CHUM offrait à ses patients de payer 2500 $ pour obtenir un examen de tomographie (TEP) réalisé par Medisys en utilisant l'équipement de l'hôpital. Un contrat en bonne et due forme encadrait le tout.

Le Dr Taillefer justifiait son initiative devant l'ineptie du gouvernement à doter les hôpitaux d'une technologie de pointe nécessaire aux patients cancéreux. «En bon gestionnaire, je faisais donc face à un choix: ne pas faire fonctionner l'appareil faute d'argent ou faire preuve de créativité et trouver les sommes nécessaires pour que les patients puissent bénéficier de cette technologie le plus rapidement possible», écrivait-il à l'époque dans Le Devoir.

Le ministre de la Santé d'alors, Philippe Couillard, était intervenu pour mettre fin à cette pratique. Ironie du sort, M. Couillard est aujourd'hui associé au fonds d'investissement en santé Persistance Capital Partners, qui chapeaute les cliniques Medisys.

Il a été impossible hier de parler au Dr Taillefer.
 
 
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  • Jocelyne Brunet
    Inscrite
    samedi 10 janvier 2009 21h26
    Et oui! Le privé peut faire mieux en santé en volant le système public!
    Cette histoire est absolument révoltante. Elle illustre bien jusqu'où les sangsues du privé sont prêtes à aller pour faire de l'argent à nos dépens. Vivement une enquête policière pour que les coupables puissent être traduits devant les tribunaux. Détournement de biens publics, falsification de documents, assez c'est assez!

    Jocelyne Brunet
    Gatineau

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