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Services de santé en français - Une bataille à la Montfort au Nouveau-Brunswick

Lisa-Marie Gervais   17 décembre 2008  Santé
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, s’adressant aux invités d’un dîner offert par le Nouveau-Brunswick lors du Sommet de la Francophonie, à Québec, en octobre. Photo: La Presse canadienne
Photo : La Presse canadienne (photo)
Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, s’adressant aux invités d’un dîner offert par le Nouveau-Brunswick lors du Sommet de la Francophonie, à Québec, en octobre. Photo: La Presse canadienne
Les francophones du Nouveau-Brunswick s'en vont en guerre et poursuivent le gouvernement du Nouveau-Brunswick. Le butin à récupérer? Leurs institutions de santé en français, menacées par l'entrée en vigueur de la nouvelle réforme en santé. Rappelant la bataille épique des Franco-ontariens pour la survie de l'hôpital Montfort, le combat engagé s'annonce long... mais prometteur.

Il y a sept ans presque jour pour jour, un petit bassin d'irréductibles Franco-ontariens criait victoire: la Cour d'appel confirmait que l'hôpital Montfort, le seul centre hospitalier francophone de l'Ontario, ne pouvait être démembré car cela constituait une menace pour la survie des francophones de la province. Il aura tout de même fallu cinq ans de débats juridiques avant que le gouvernement de Mike Harris ne capitule en décidant de ne pas contester le jugement en Cour suprême.

Confiants malgré tout, les francophones du Nouveau-Brunswick — plus précisément Égalité santé en français N-B inc. ainsi que deux requérants — viennent tout juste de s'engager dans un combat similaire. Par une poursuite déposée en octobre dernier, ils ont annoncé leur intention de croiser le fer avec le gouvernement du premier ministre Shawn Graham en contestant la validité constitutionnelle de sa réforme de la santé. Le cabinet Heenan Blaikie s'est vu confier le mandat de la poursuite, soit le même cabinet qui avait défendu la cause de l'hôpital Montfort.

«Le Nouveau-Brunswick a un statut particulier. Sa Constitution reconnaît dans la loi l'égalité des deux communautés francophone et anglophone et le droit pour elles d'avoir des institutions qui soient homogènes dans une langue», explique Michel Doucet, professeur de droit à l'Université de Moncton et avocat spécialiste des questions linguistiques. «Mais en abolissant la régie Beauséjour, la seule régie de santé francophone, la province enfreint ses obligations constitutionnelles sur le plan de l'égalité des communautés et manque à son devoir d'assurer l'épanouissement des deux communautés», a-t-il ajouté.

Récapitulons. Le 11 mars dernier, le gouvernement Graham dépose au Parlement un projet de réforme du système de santé qui propose la création de deux grandes régies qui regrouperont les huit régies déjà existantes et dont les pouvoirs seront dissous. La régie «B» a ainsi hérité des quatre régies qui étaient à prédominance anglophone, tandis que la régie «A» a pris sous son aile trois régies dites «bilingues» ayant un fort penchant francophone, de même que la régie Beauséjour, la seule régie uniquement francophone, à laquelle l'hôpital Georges-L.-Dumont — le «Montfort» des néo-brunswickois — appartenait. «Le problème avec ces deux nouvelles régies, c'est que ce ne sont pas des régies avec des normes linguistiques», a souligné Marie-Linda Lord, professeure au département d'information-communication de l'Université de Moncton. La régie A deviendrait donc bilingue de facto, ce qui en inquiète plus d'un.

Du bilinguisme à l'assimilation

«Ce qui nous préoccupe énormément, c'est que chez nous, quand on dit "bilinguisation", ça veut dire "assimilation". Il est là le problème», résume Mme Lord. Bien sûr, un certaine logique s'impose dans la répartition des régies entre la «A» et la «B», reconnaît-elle. «Mais il y a des centres de santé communautaires bilingues qui se trouvaient sur le territoire de la régie A et qui ont été annexés à la régie B, l'anglophone. C'est fait aléatoirement», a-t-elle constaté.

Elle fait remarquer que déjà, dans les hôpitaux Georges-L.-Dumont et Stella-Maris-de-Kent, de structure unilingue francophone même si des patients anglophones peuvent y être admis, la bilinguisation fait son oeuvre. La correspondance interne, les mémos, les consignes, les centres pour les chirurgies d'un jour, tout doit être désormais dans les deux langues. «Même les réceptionnistes sont maintenant tenus de répondre dans les deux langues alors qu'avant ce n'était qu'en français», a indiqué Mme Lord, soeur de l'ancien premier ministre de la province.

Les trois premières réunions du conseil d'administration de la nouvelle régie A ont eu lieu en français avec traduction simultanée pour les unilingues anglophones. Contrairement à la situation d'avant la réforme, les administrateurs ne sont plus en partie des élus bénévoles mais plutôt des personnes nommées et rémunérées par le ministre de la Santé, Michael Murphy. «On dit aussi que le CA n'a pas le droit d'élaborer des politiques, que c'est le ministre qui va les faire. Mais si on a des hôpitaux bilingues, anglophones et francophones, comment peut-on avoir une seule politique linguistique?», s'est interrogé Michel Bastarache, ancien juge à la Cour suprême et avocat conseil sur le dossier.

C'est d'ailleurs là où le bât blesse. Vulnérables devant la moindre secousse linguistique, les Acadiens ne peuvent pas accepter de perdre la gouvernance de leurs institutions. «On vient de perdre notre sentiment d'appartenance et le droit de regard sur notre développement», a soutenu pour sa part Jean-Marie Nadeau, le nouveau président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick. «On recrute des effectifs de peine et de misère. Et là, les médecins et les pharmaciens perdent aussi une emprise sur leur destinée parce que depuis la centralisation, il n'y a plus huit conseils, mais un seul. Comment peut-on créer un esprit de corps? On sent que sur la question de l'initiative, on va énormément perdre au change dans cette réforme.» Jusqu'ici, l'Acadie a toujours su être créative pour combler ses besoins les plus criants, croit-il. La création d'une fondation a permis de financer une maison d'hébergement pour les personnes atteintes du cancer, alors qu'il n'y en avait pas dans la région. «J'ai peur que cette nouvelle structure bilinguisante et moins acadianisée tue cet élan créatif», a-t-il insisté.

Une victoire assurée?

Les ressemblances du dossier acadien avec la saga de l'hôpital Montfort en Ontario sont frappantes. Mieux armés, les avocats sur le dossier se disent néanmoins beaucoup plus confiants de l'emporter. «On a Montfort comme précédent. Ce n'est pas allés en Cour suprême, mais toutes les décisions qui portent sur les droits de gestion des francophones sur leurs institutions vont dans le sens de notre demande. Ça me surprendrait énormément que dans le contexte de la seule province bilingue au Canada, les tribunaux soient moins généreux», a affirmé Michel Bastarache, qui a lui-même été un des artisans du statut bilingue du Nouveau-Brunswick. «Montfort n'avait pas, comme nous, de garantie dans la Constitution et la loi sur la langue d'accès.»

Selon le gouvernement du Nouveau-Brunswick, la dualité ne peut pas être permise dans le domaine de la santé. C'est d'ailleurs pour des raisons d'économie de gros sous qu'il justifie sa réforme. Michel Bastarache s'explique mal les intentions du gouvernement qui, selon lui, aurait dû savoir que la réforme en santé allait enfreindre les libertés fondamentales des francophones. «Le gouvernement a l'air de penser que le seul droit qu'on a c'est celui du citoyen à se faire servir dans sa langue. Ils se disent que ce droit-là est respecté puisque la langue d'usage de l'hôpital Georges-L.-Dumont est le français. Mais pour une raison quelconque, ils ont oublié toute la dimension des droits collectifs et culturels des francophones.»

En attendant que le gouvernement présente sa défense, l'avocat Michel Doucet s'arme de patience. «Voir sa réforme contestée devant les tribunaux n'est pas la chose la plus intéressante pour le gouvernement. Les deux parties ont donc intérêt à ce que ça procède rapidement», a-t-il indiqué. Au mieux, le procès pourrait débuter l'automne prochain.






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  • Marcel Arseneau
    Inscrit
    mercredi 17 décembre 2008 07h29
    Un autre Montfort pour les Acadiens du NB
    Les Acadiens du NB sont prêts à contester le gouvernement libéral du premier ministre Shawn Graham pour conserver les soins de santé en francçais. Et ils gagneront leur pari. Les gouvernements oublient vite, semble-t-il. La lutte menée par les citoyens pour conserver l'hôpital Montfort à Ottawa a porté fruit. Nous verrons certainement la même chose au Nouveau-Brunswick parce que d'éminents juristes comme l'ancien juge Michel Bastarache et l'avocat Michel Doucet sont déterminés à se rendre jusqu'au bout dans cette affaire. Marcel Arseneau, Campbellton, NB

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    mercredi 17 décembre 2008 10h47
    Le bilinguisme, oui pour les individus, non pour les institutions
    Le bilinguisme est excellent pour les individus mais pas trop bon pour les institutions qui finissent toujours par pencher du côté de la majorité sauf au Québec à cause de la conquête et de l'argent des conquérants anglophones.

  • Lorraine Dubé
    Abonnée
    mercredi 17 décembre 2008 13h12
    Obligation de réciprocité
    Si le gouvernement du Québec pouvait exiger que nos minorités francophones hors-Québec reçoivent obligatoirement le même traitement que notre minorité anglophone du Québec, l'obligation de réciprocité!

    Bien entendu, un Québec souverain ferait le poids pour réclamer cette réciprocité de traitement. Le rapport de force en serait accru.

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 17 décembre 2008 16h12
    L'assimilation progresse
    Au Nouveau-Brunswick, comme dans les autres provinces canadiennes comptant une minorité de francophones, les gains de ces derniers se font au gré des promesses électorales que les partis au pouvoir ne peuvent pas renier sans mettre leur pouvoir en jeu. Sourde, la vague de fond avance, l'assimilation progresse. Comme le souligne Lorraine Pagé ci-dessous, seul un Québec souverain pourrait mettre la pression suffisante pour empêcher des reculs, en réduisant au besoin les services en anglais à sa minorité anglophone. Mais ça, les francophones du Nouveau-Brunswick, de l'Ontario et d'ailleurs au Canada ne le comprennent pas. Pour eux, la souveraineté politique du Québec tient de la catastrophe. Leur fédéralisme les tue à petit feu.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • André 68
    Inscrit
    mercredi 17 décembre 2008 18h13
    Appui aux francophones du Nouveau Brunswick
    Je ne connais pas beaucoup la situation législative du N.-B. sauf le fait que que c'est la SEULE province OFFICIELLEMENT BILINGUE du Canada. Pour combien de temps encore je vous le demande ???
    Voici mon opinion en tant que polyglotte Québécois francophone exilé volontaire au Mexique depuis 10 ans.

    « Ne vous laissez pas avoir avec le bilinguisme institutionnel qu'on veut vous imposer car il mène invariablement et inexorablement à l'assimilation vers le groupe majoritaire... tant que vous resterez dans ce Canada anglophile et francophobe. »

    Avez-vous signé la constitution canadienne de 1982 au N.-B. ? ou d'autres l'ont-ils fait en votre nom et / ou à votre insu ?

    Autre point non souvent mentionné dans les médias est que le Québec n'a JAMAIS signé la Constitution Canadienne de 1982... Logiquement les Québécois ont déjà un pied en-dehors du Canada, n'étant ainsi qu'étrangers, intrus ou considérés comme tels par le ROC . L'assimilation sournoise guette les Québécois et TOUS LES FRANCOPHONES au sein du Canada... Le problème, à mon avis, c'est que tous hélas! n'en sont pas encore conscients... Les Québécois sont comme ces ados qui refusent de quitter la maison jusqu'à ce que leurs parents les « poussent hors du nid pour éprouver leur autonomie et qu'ils apprennent à voler de leurs propres ailes » d'où leurs hésitations à se prononcer politiquement en élisant le Bloc Québécois à Ottawa et actuellement les libéraux au Québec, le PQ se retrouvant dans l'opposition. Bien sür la situation socio-linguistique du N.-B. est différente, mais le combat est le mëme car vous ëtes entourés d'anglos de toutes parts...

    Le ROC anglophone ne sera JAMAIS d'accord avec un Québec francophone car depuis la fondation du Canada, l'IDÉOLOGIE de droite « orangiste » veut que le Canada soit « W.A.S.P. i.e. WHITE - ANGLO-SAXON & PROTESTANT... » Les protestations actuelles du ROC face à cette coalition révèlent bien la vraie nature des Canadiens conservateurs traditionnels de l'ouest canadien. Pensons également comment le ROC résiste toujours fort à respecter la Loi Canadienne des Langues Officielles ... le beau rêve de Trudeau qui ne s'est jamais matérialisé. Et cette volonté assimilatrice est TOUJOURS PRÉSENTE partout où il reste quelques groupes de résistants francophones dans le ROC.

    Que serait le Québec linguistique en 2008 sans la Charte de la Langue Française (Loi 101) malgré qu'on lui ait enlevé bien des dents depuis son adoption en 1977? CE N'EST PAS AVEC JEAN CHAREST ET LES LIBÉRAUX QUE LA SITUATION VA S'AMÉLIORER... bien au contraire!

    Stephen Harper, qui m'est toujours apparu comme un dictateur potentiel, est en train de nous montrer son vrai visage méprisant pour le Québec appuyé en cela par la droite religieuse et les riches provinces de l'ouest qui contribuent le plus - à contre-coeur il faut bien l'avouer - à la peréquation et à l'équilibre financier du Canada... et au maintien politique de la Fédération canadienne.

    La solution: revenir aux origines de la Confédération en redonnant à chaque province et territoires TOUS LES POUVOIRS actuellement récupérés de gré ou de force par le gouvernement central au fil des ans et que chaque région économique: - Maritimes, Québec, Ontario, Man-Sask-Alberta, Colombie Canadienne & TNO-Labrador - décident chacune quels pouvoirs elles veulent confier au Gouvernement central et récupèrent leurs taxes en conséquence. Le déséquilibre fiscal est le talon d'Achille du Canada actuel. Il importe donc que les provinces et régions qui le souhaitent se retirent de cette Fédération de Cons ! Terre-Neuve & Labrador ont déjà bien commencé en s'appropriant leurs richesses naturelles de bois (Ex.- Abitibi-BoWater), en renégociant à leur profit les contrats d'Hydro-Électricité... etc.

    Qui a dit que la potitique canadienne & québécoise manquait de piquant en regard de celle de nos voisins du sud avec Barack Obama?

    André Lacombe-Gosselin
    andre_lacombe@yahoo.com
    mercredi, 17 décembre 2008

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    mercredi 17 décembre 2008 19h03
    Le Bloc Québécois
    Et dire que bien des gens au Nouveau Brunswick pourraient profiter de la force du Bloc à Ottawa pour raffermir leur dossier de survie francophone. Le bilinguisme imposé par l`état n`a qu`une raison. C`est l`assimilation par le multiculturalisme Trudeauiste. Si les Acadiens ne veulent pas comprendre cette volonté, ils n`ont qu`à ce référer aux déclarations de Justin Trudeau, dans un passé récent, tenues à Saint John. Pourquoi ne formeraient-ils pas un groupe, avec des représentants du Bloc dans chaque circonscriptions à majorité Acadienne ou du Madawaska, lors des prochaines élections fédérales en devenir très bientôt? Faire sentir sa dissidence impose sa présence dans ce pays à volonté réductrice de la francophonie.

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