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L'entrevue - Au chevet de l'homme australien

Isabelle Porter   15 décembre 2008  Santé
Le chercheur australien John MacDonald. Photo: Louise Leblanc, Le Devoir
Le chercheur australien John MacDonald. Photo: Louise Leblanc, Le Devoir
En Australie comme chez nous, les hommes sollicitent moins les services de santé, meurent plus jeunes et sont beaucoup plus nombreux que les femmes à se suicider. Devant ce problème persistant, le gouvernement a décidé d'agir et travaille à une première politique nationale sur la santé des hommes. Entretien avec l'un de ses artisans.

Québec — «Si vous organisez une fête et que les gens ne s'y présentent pas, pensez-vous que ce sont eux qu'il faut blâmer?» Le chercheur australien John MacDonald aime bien répéter cette formule pour justifier son combat en faveur d'une politique sur la santé masculine. «Il y a cinq hommes par jour qui se tuent en Australie. Cinq hommes, une femme. Cinq. Tous les jours. On a dû faire toute une campagne pour convaincre le gouvernement de faire quelque chose.»

John MacDonald ne mâche pas ses mots. Jouant sur la parenté formelle entre les termes males et whales en anglais, il dit que, si on recensait autant de décès chez les baleines, les gens seraient prêts à se mobiliser pour les repousser vers la mer.

«Est-ce que les hommes se suicident seulement parce qu'ils sont irresponsables, qu'ils boivent trop? On a tendance à toujours les blâmer. Mais peut-être qu'il y a aussi des choses dans la société qui nuisent à la santé des hommes.»

De passage à l'Université Laval cet automne, le professeur de l'Université de Western Australia nous a accordé une entrevue sur les progrès accomplis dans son pays. À titre de président du lobby Australian Men's Health Forum, M. MacDonald a milité pendant des années pour qu'on s'attaque à ce problème. «Quand j'ai commencé, il y a dix ans, on me soupçonnait de vouloir prendre de l'argent aux femmes. Absolument pas! Ce n'est pas une compétition.»

Après des années d'efforts, le gouvernement travailliste a finalement décidé de mettre sur pied une politique en ce sens. «On espère qu'elle sera prête l'été prochain», a-t-il dit lors d'un entretien à la fin d'octobre. Quelques semaines plus tard, la ministre de la Santé Nicola Roxon le nommait membre du groupe d'ambassadeurs de la consultation nationale qui doit mener à une telle politique. On prévoit déjà qu'une politique axée sur la santé des femmes suivra la politique nationale sur la santé des hommes. «Les deux, promet-on, seront fondées sur le principe que le sexe est un déterminant clé de l'état de santé.»

Or, pour l'instant, l'objectif est d'améliorer l'accès des hommes aux services de santé. «Que vous soyez jeune ou vieux, célibataire ou marié, à la ville ou à la campagne, le gouvernement veut connaître l'opinion des hommes australiens pour rendre cette politique forte, robuste et effective», plaide le gouvernement dans un communiqué diffusé il y a quelques semaines. En parlant de «robustesse», pense-t-on rassurer ceux qui craignent qu'on mette en doute leur virilité en parlant de leur santé? Les Australiens ne sont pas les premiers à le faire. Au Québec, le Centre de prévention du suicide a déjà lancé une campagne intitulée «Demander de l'aide, c'est fort!».

Différences et préjugés

Sans sombrer dans les préjugés, John MacDonald croit que les hommes ont besoin qu'on leur parle d'une certaine façon. C'est dans cet esprit que le gouvernement australien finance des services téléphoniques conçus spécialement pour les hommes en crise (Mensline). «Ce qui est important, c'est l'attitude. Autrefois, quand un type téléphonait [dans un centre de crise régulier], on lui demandait: "Comment vous sentez-vous?" Les hommes appelaient peu et quand ils le faisaient, on leur posait les mauvaises questions. Au lieu de reprocher aux hommes de cacher leurs émotions, on va leur dire: "Oui, c'est très difficile. On va vous donner un peu d'aide pour passer au travers de cette nuit." Les hommes ont un contact avec leurs émotions, mais de façon différente.»

Toutefois, entre la reconnaissance des différences et les préjugés, où faut-il tracer la ligne? Le professeur compte beaucoup sur la recherche. «Sans politique, on va rester coincés avec des programmes fondés sur des opinions et non sur des données probantes. L'idée, c'est que la politique mène à une enquête nationale. Sans méchanceté, dans le cas des femmes, il y a une enquête de ce genre depuis huit ans, et c'est fantastique. On les suit à chaque étape de leur vie, de l'adolescence à la vieillesse. Mais du côté des hommes, qu'est-ce qu'on a? Pour des raisons évidentes, on parle de violence par les hommes, ce qui est un problème réel, mais c'est seulement une partie de la réalité.»

Le gouvernement de l'Australie estime que l'espérance de vie chez les hommes australiens est de près de cinq ans inférieure à celle des femmes. Ils courent trois fois plus de risques de mourir d'une maladie cardiovasculaire, sont davantage touchés par le sida, l'emphysème et les maladies du foie. Surtout, 78 % des suicides sont de main d'hommes.

La situation alarmante des hommes autochtones a aussi contribué à sensibiliser les Australiens au problème. Leur espérance de vie (59 ans en moyenne) est de 17 ans inférieure à celle des Blancs. L'alcoolisme fait des ravages et, ces dernières années, leur santé s'est beaucoup moins améliorée que celle des femmes autochtones.

Les réticences de nombreux hommes à demander de l'aide ne sont pas innées, ajoute le chercheur australien. «Il faut normaliser le "check-up" annuel chez le médecin comme on a normalisé les mammographies pour le cancer du sein, par exemple. À l'époque de ma mère, c'était impensable de parler de seins aussi ouvertement et aujourd'hui c'est courant.»

Les collègues québécois de M. MacDonald sont fascinés par l'expérience australienne. Chercheur au sein de l'équipe Masculinités et société de l'Université Laval, Gilles Tremblay estime qu'à la différence des Québécois, les Australiens ont été capables d'aborder le sujet en transcendant les guerres de sexes.

Un rapport mis au rancart

On l'a presque oublié, mais le Québec avait fait un pas dans cette direction au début du premier gouvernement Charest. Le ministre Philippe Couillard avait alors lancé une consultation sur le sujet, qui avait débouché en 2004 sur le rapport Rondeau, du nom du professeur Gilles Rondeau de l'Université de Montréal. «Au cours des dernières années, plusieurs des membres du Comité ont eu l'impression que la réalité personnelle et sociale des hommes avait été analysée sous l'angle des problèmes qu'elle causait plutôt que sous celui des solutions qu'elle nécessitait», concluaient les auteurs du rapport, qui recommandaient qu'on finance des recherches et que «la prestation des services offerts par le réseau de la santé [...] soit mieux adaptée aux besoins de la clientèle masculine».

M. Tremblay faisait partie du comité de travail. Avec le recul, il ne se gêne pas pour dire que le rapport a été mis au rancart. «Ici, contrairement à l'Australie, on est restés dans une guerre de sexes», déplore-t-il.

Mais au-delà des polémiques, l'exemple australien se démarque aussi par la simplicité des moyens employés pour agir. Le démontre ce réseau de «cabanes pour hommes» (men's sheds) dans lesquelles des messieurs de tous les âges se rassemblent pour bricoler, prendre un café, bavarder. Dans les contrées reculées du vaste territoire australien, cette solution de rechange à la taverne a fait des miracles et contribue à briser l'isolement de nombreux retraités.

«Le café devrait être pris au sérieux dans une cabane d'hommes», résume-t-on dans une présentation du réseau disponible sur le Web. «Les hommes reconnaissent vite la valeur de la camaraderie et de la possibilité de discuter de leurs problèmes ouvertement avec les autres. Le café est un catalyseur.» Les rénovations de la cabane sont le point de départ de l'activité. Les immeubles choisis sont souvent en piteux état (des maisons à l'abandon, de vieilles roulottes, d'anciens wagons de trains!) et, apparemment, plus le défi est grand, mieux c'est.






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  • Normand Chaput
    Abonné
    lundi 15 décembre 2008 07h41
    Une commission d'enquête qui accouche de cabanes
    « Nous avions déjà des tavernes alors pourquoi les remplacer par des cabanes? Avez-vous demandé l'avis des féministes?

    Quant aux soins médicaux, la raison pour laquelle je n'y vais pas est pour cause de moralisation excessive. J'ai besoin d'un hôpital qui ressemble à un garage. Je rêve d'une section de l'hôpital ou on répare ce qui est pèté; sans poser de questions. »

  • Yann Takvorian
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 09h12
    Australie - Québec, même féminisme
    « J'ai vécu au Québec et en Australie.
    Je peux vous dire que le féminisme radical y sévit pareillement.
    Divorces et monoparentalité à la tonne.
    Pensions alimentaires exorbitantes.
    Justice défavorable aux hommes.
    Déni de paternité pour les pères
    Discrimination positive pour les femmes.
    (...)
    Pas besoin de chercher bien loin.
    Mêmes causes, mêmes effets.
    Et là-bas aussi, il est pareillement interdit d'en parler sous peine d'ostracisme et de carrière ruinée.
    Quand on a compris cela, Air-Canada ou Quantas sont les seules options valables.

    Pour ceux qui lisent l'anglais:
    http://www.australian-news.com.au/anti_male.htm

    Heureusement que l'Europe méditerranéenne est modérée, avec une parité de fait et une harmonie entre les sexes qui se passe de toute propagande. »

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 09h56
    Rien de nouveau sous le soleil
    « Un peu partout dans le monde, le taux de suicide chez les hommes est de 4 à 5 fois plus élevé que chez les femmes.
    Explication?

    1) Les moyens utilisés chez les hommes sont beaucoup plus radicaux que chez les femmes.
    2) Tout la question de l'homosexualité non-acceptée chez les jeunes hommes

    http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_mal-health-suicide-rate-males

    http://www.nationmaster.com/graph/hea_sui_rat_fem-health-suicide-rate-females

    PS: A noter que, contrairement à une très tenace légende urbaine, les Québécois ne sont pas parmi les 25 premiers »

  • Josiane Klassen
    Abonné
    lundi 15 décembre 2008 11h21
    Le Réseau Hommes Québec pour les moments difficiles ou pour une démarche de croissance personnelle
    « Le Réseau Hommes Québec - rhq.ca et 877.908-4545 sans frais - aide les hommes qui vivent des moments difficiles ou qui veulent poursuivre une démarche de croissance personnelle, à trouver une aide adaptée à leurs besoins. Dans plusieurs régions du Québec, le RHQ rassemble les hommes qui le demandent, en petits groupes d'écoute et de parole qui leur permettent de partager leurs émotions et leurs vécus, confidentiellement, sans être jugés. En Outaouais, le RHQ, en collaboration avec les CLSC et le Centre de prévention du suicide « 24/7 », invite les hommes qui se sentent interpelés par la campagne «Demander de l'aide, c'est fort!», à former des groupes de partage.
    René Pigeon, vice-président du Réseau Hommes Québec »

  • Yves Pageau
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 12h07
    Le féminisme est un projet politique
    « Notre société est toute disposée à tolérer que les hommes se penchent sur leur vécu d'homme. Ce sont ceux qui voudraient interpeler la classe politique et les médias qu'on s'empresse d'accuser de masculinisme pour les discréditer. Il fallait que la situation se détériore pour qu'on juge opportun d'intervenir. Il serait temps. Bientôt il sera trop tard. »

  • Yvon Saint-Hilaire
    Inscrit
    lundi 15 décembre 2008 15h51
    Dépassons le genrisme manichéen masculiniste/féministe
    « Il suffit de parler avec votre voisin, votre collègue, vos amis, monsieur et madame tout le monde pour constater que nos garçons et nos hommes méritent qu'on s'occupe d'eux. Bien sûr il y a les statistiques qui démontrent que les problèmes sont grands et les services sous financés.

    Je travaille dans ce dossier des réalités masculines depuis une quinzaine d'années comme organisateur communautaire à Sept-Îles sur la Côte-Nord. J'ai siégé sur le Comité de travail en matière de prévention et d'aide aux hommes qui à produit le Rapport Rondeau.
    J'agis aussi à titre de porte parole de la Table nord côtière de concertation sur les réalités masculines.

    Nous avons mis sur pied cette table de concertation pour se mobiliser en région en partant des problèmes réels et non pas des idéologies.

    Nous venons de lancer notre premier site Web
    www.tncrm.org
    que je vous invite à consulter et à diffuser. Vous y retrouverez notre position modéré et réaliste. Cette initiative constitue une démarche avant-gardiste. Entre autre par le rôle actif que l'Agence de la santé et des services sociaux de la Côte-Nord y joue.

    Cependant il est important de noter que les besoins d'aide pour du financement de ressources masculines pas uniquement axées sur la violence conjugale constitue une urgence au Québec.


    Yvon Saint-Hilaire
    Organisateur communautaire
    Centre de santé et des services sociaux de Sept-Îles
    405, avenue Brochu
    Sept-îles (Québec)
    G4R 2W9
    Téléphone 418 962-2572 poste 4158
    Télécopieur 418-962-1858
    Courriel Yvon_Saint-Hilaire@ssss.gouv.qc.ca
    Lotus notes Yvon Saint-Hilaire/CSSS Sept-Îles/Reg09/SSSS »

  • Jacques Goulet
    Abonné
    lundi 15 décembre 2008 18h25
    Qu'on le laisse manger par les requins!
    « Pauvres gars! S'il n'y avait pas eu le féminisme,
    vous seriez encore en train de vous prendre pour les rois du monde! Fumer, boire, manger comme des cochons, forniquer, chialer dans des cafés, porter vos bermudas (culottes courtes de petits garçons)...

    Petite histoire :

    Un jour, une femme et un homme sont à la plage. L'homme barbote dans l'eau. Dans cet océan, il y a des requins.

    Sa femme, en train de lire, lui dit : chéri, fais attention, il y a des requins ici. N'avance pas trop loin!

    2 fois, 3 fois, 5 fois, 10 fois, le bienheureux monsieur
    continue à avancer vers la zone dangereuse.

    La madame est très tannée de suspendre la lecture du roman qu'elle lit, bien installée sur sa chaise longue. Elle est en vacances, elle aussi!

    N'y tenant plus, elle crie à son chéri : Bah, laisse-toi manger par les requins!

    Féminisme radical? Non, tannée de jouer à la mère, à la putain, à la servante, à la femme de ménage avec les papi-boomers.

    Que les petits garçons deviennent des hommes, et on n'aura plus besoin du féminisme et de tout ce bataclan d'enquêtes...

    Au lieu de baisser votre pantalon (si un médecin vous voyait, il vous donnerait une pension d'invalidité!),
    relevez-le et devenez des hommes, jetez-vous dans la mêlée, aidez quelqu'un à vivre!

    Lorraine Couture »

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