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Technologie: Le déclin des blogues américains

Michel Dumais   10 mars 2003  Santé
Ou vous êtes avec nous, ou vous êtes contre nous. Ces mots du président Bush se reflètent dans les propos tenus par des centaines de bloggeurs américains sur la Toile. La douce France, à la suite de son refus d'appuyer nos voisins du Sud dans une guerre des plus insensées, les carnetiers amerloques la conchient de toutes les façons possibles. Non, il ne fait pas bon être une bouteille de champagne français ou un fromage corse sur le Web ces dernières semaines.

Mais tout d'abord, un petit rappel. Répétons, pour les lecteurs qui débarquent de la planète Venus, ce que sont les blogues, appelés aussi carnets Web, tels que définis par l'office de la langue française: «Page Web évolutive et non-conformiste présentant des informations de toutes sortes, généralement sous forme de courts textes mis à jour régulièrement, et dont le contenu et la forme, très libres, restent à l'entière discrétion des auteurs. Le ton très personnel et souvent sarcastique des commentaires présentés dans un blogue est caractéristique du type de site qui l'héberge. On trouve souvent dans un blogue des liens qui renvoient le visiteur vers d'autres sites.»

Nous pourrions rajouter que ces carnets Web sont normalement présentés sous forme chronologique inverse, et que sous chacune des entrées, se trouve un permalien qui permet aux internautes et aux autres possesseurs de carnets Web de choisir spécifiquement cette seule entrée, et aucune autre. Bref, chacune des entrées a son propre URL.

Désolant

Mais revenons donc à ces carnets Web. Je suis un de ceux qui voyaient dans la montée en popularité des blogues, une nouvelle forme de journalisme, un journalisme renouvelé, peut-être un tantinet plus engagé, plus polémique, mais journalisme malgré tout.

Toutefois, à lire les carnets issus d'auteurs américains, et sans remettre totalement mon opinion en question, je me pose malgré tout de nombreuses questions. Passons par-dessus les carnets Web écrits par tout ce qui compte de fachos (nous y reviendrons). Ce sont plutôt les carnets Web rédigés par des «professionnels» qui me désolent.

Par exemple, un carnet cité en exemple par tout ce qui compte d'observateurs sur la Toile, Instapundit, de Glenn Reynolds, un professeur de droit à l'université du Tennessee.

Lire le carnet de Glenn Reynolds ces dernières semaines, c'est avoir un condensé de tout ce que pense l'Américain moyen du reste du monde (et tout particulièrement de la France). Contre les mouvements pacifistes, et pour les protestations contre la France, et les boycotts de produits français, le carnet de Reynolds, que certains décrivent comme le «New York Times des carnets Web» est loin d'offrir le niveau d'objectivité de son grand frère papier. À vrai dire, je serais fort inquiet si Instapundit était vraiment le «New York Times des blogues ».

Et la neutralité?

De même, en lisant Andrew Sullivan, un journaliste que les lecteurs du New York Times et du New Republic connaissent, et qui est aussi cité en exemple dans la communauté des blogueurs, je suis inquiet. Y a t-il un seul bloggeur/journaliste neutre, ou tout au moins, ayant l'apparence d'une certaine neutralité sur la Toile?

Et que dire des propos tenus par les blogueurs américains ces dernières semaines? Sarcastique que disait l'OLF à propos des carnets Web? Parlons plutôt d'agressivité et de haine contre tout ce qui est français, allemand, et dans certains cas, canadien.

Si vous avez le malheur de vous appeler Perrier, Pérignon ou Vivendi, il ne fait pas bon lire les carnets Web conçus par nos voisins du sud. À les lire, les Français seraient des éternels perdants, que les États-Unis, dans leur mansuétude et leur bonté infinie, ne cessent de sauver des griffes d'oppresseurs barbares.

Et opportunistes en plus ces blogueurs. Par exemple, un de ceux-ci, Metrospy, modern american traditions, culture et influence, illustre à l'aide d'une capture d'écran, que les Français ont tellement une mentalité de perdants, que Google n'arrive pas à trouver une seule page avec l'expression «French military victories». Pourtant, lorsque l'on fait nous-même la recherche, étrangement, les résultats s'affichent. Ah! Ces oublis de l'histoire.

Armés plus souvent qu'à leur tour d'un clavier et d'un AK-47, ces merveilleux instruments de liberté, ces nouveaux éditorialistes grand public ont la France dans leur ligne de mire, et ils ne se gênent pas pour tirer leurs balles explosives.

Boycott des produits français, haine, racisme, dérision, s'il n'en tenait qu'à ces suppôts de la liberté et de la démocratie (sic!), deux coups de canons, une bombe A bien placée, et hop!, fini les emmerdeurs mangeurs de grenouille.

Et ne vous avisez pas de leur répondre surtout. Vous risqueriez de les provoquer et, à l'approche de cette guerre insensée, alors que les hormones de nos voisins sont à leur maximum, vous prendriez la chance de recevoir des réponses viriles, et même de menaces de mort.

J'exagère? Nenni, un internaute français, Laurent, en a d'ailleurs fait la triste expérience alors qu'il a publié quelques réflexions sur les propos ahurissants de certains de ces carnets Web, en incluant un lien vers ceux-ci. Grand mal lui en prit, sa boîte aux lettres électroniques fut rapidement prise d'assaut par ces apôtres de la liberté d'expression qui lui suggéraient de se la fermer, car sinon, la mort lui siérait bien. Sympa les libérateurs non?

Ce texte est biaisé, et je l'assume.

mdumais@ledevoir.com
 
 
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