Technologie: Universelle, la Toile?
Combien de fois êtes-vous tombé sur un site Web demandant une version spécifique d'un fureteur? Pourtant, site Web et fureteur ne devraient-ils pas êtres complices dans l'action, au lieu de s'affronter tel chien et chat? Regard sur les fureteurs et les normes régissant le Web.
Imaginez-vous déambulant dans une grande artère commerciale. Vous apercevez soudainement une boutique qui vend un produit dont vous tombez amoureux. Fantastique, vous dites-vous. Toutefois, avant même de franchir la porte de la boutique, vous apercevez une affiche spécifiant que l'accès à la boutique est limité aux seuls clients habillés d'une chemise jaune, âgés de moins de 23 ans et propriétaires d'une mobylette noire Solex 1983.
Invraisemblable? Pourtant, ce genre d'affiche se trouve partout sur la Toile. «Site optimisé pour Internet Explorer 6.0», «Pour une meilleure expérience, veuillez télécharger les fureteurs IE 5.0 ou mieux, et Netscape 7.0.» Disons-le tout de go, les concepteurs de sites Web qui persistent à développer du matériel pour une version spécifique d'un fureteur ont tout faux. En s'obstinant à concevoir des sites qui n'acceptent qu'une seule catégorie d'internautes, ceux-ci ne font que refuser des visiteurs sur leurs sites ou celui de leur client.
Mais quelle est la fonction d'un site Internet? Que ce soit pour informer, divertir, vendre un produit ou un service, un site Internet est une présence sur la grande Toile qui indique que son concepteur veut communiquer. Communiquer. Vendre. Faire du commerce. Échanger. Drôle de façon de faire que de limiter l'accès à son site à une seule catégorie d'internautes.
Pourtant, pour explorer ce tissu vivant qu'est le Web, il existe maintenant une multitude de fureteurs. Or, tous ces fureteurs, quelle que soit leur interface utilisateur, ne devraient-ils pas nous faire vivre la même expérience en visitant un site Web? Ne devrions-nous pas voir de la même façon l'information présentée sur une page Web? Les internautes qui utilisent deux fureteurs le savent trop bien. Beaucoup trop de sites Web sont optimisés pour un seul fureteur, ou pour une version spécifique d'un fureteur. Nous sommes bien loin du rêve de Tim Berners-Lee, le créateur du World Wide Web, qui s'abandonnait, au début, à philosopher sur l'universalité de sa créature.
Comprendre le Web
Universelle et accessible à tous, la Toile? Elle pourrait l'être, car elle a tout ce qu'il faut pour ça. Cette universalité, elle pourrait être possible rapidement si tous respectaient les normes et les standards, si les concepteurs de sites Internet et les développeurs de fureteurs comprenaient véritablement ce qu'est le Web. Ce que confirme Karl Dubost, directeur de la conformité (Conformance Manager) au Consortium W3C, coresponsable du groupe de travail «Assurance Qualité». Le W3C a été créé pour stopper l'émergence de langages propriétaires sur le Web et rassembler tous les acteurs autour d'une table afin de définir des standards. Les standards, eux, sont décidés au consensus.
Selon Karl Dubost, «le Web ne peut se développer harmonieusement que dans un souci d'interopérabilité, c'est-à-dire que, quel que soit l'outil utilisé, on doit pouvoir bénéficier de la même richesse fonctionnelle. Cela signifie également que les technologies sont implémentées de la même manière dans les différents logiciels. Depuis le début de l'activité "Assurance Qualité", nous nous assurons maintenant que chaque fonctionnalité d'une technologie est implémentée au moins dans deux produits différents.»
Heureusement, si on regarde l'ensemble des navigateurs aujourd'hui, la situation s'est nettement améliorée et la plupart des navigateurs modernes ont un support bien meilleur des standards. Il y a toutefois des améliorations à faire. Le gros problème aujourd'hui se situe plus au niveau des outils auteurs et des mauvaises habitudes prises par les développeurs de sites Web pour pallier les défauts des anciens navigateurs. Les enseignements des technologies Web dans les universités sont également catastrophiques dans la plupart des cas. Ceci est un gros problème, car les étudiants représentent les futurs développeurs de sites Web.
Or, de continuer Karl Dubost, «les concepteurs de sites Web actuels privent leurs clients de possibles bénéfices en réalisant des sites non accessibles. En effet, nos sociétés occidentales vieillissent. Ces personnes âgées représentent un pouvoir d'achat énorme. Que se passe-t-il lorsque ces personnes ne peuvent pas acheter un produit parce que la police de caractère à l'écran est trop petite ou que le menu déroulant à l'écran est trop petit, trop rapide?»
Éduquer
Il est donc important d'éduquer les futurs concepteurs des bienfaits de l'accessibilité. Celle-ci a un bénéfice immédiat sur un site Web. Cela permet souvent de le rendre plus ergonomique, plus facile à utiliser, plus interopérable.
Difficile de ne pas se demander si, un jour, nous pourrons être témoins d'un Web universel et accessible à tous. Or Karl Dubost est plutôt optimiste.
«La technologie est là et permet de rendre un site Web accessible. De grands acteurs ont déjà commencé à respecter les standards. Il est impressionnant également de voir comment la communauté des carnets Web, et donc des personnes individuelles, est parfois plus consciente de cette importance et fait d'énormes efforts pour palier les défauts des produits qu'elle utilise. Le Web universel et accessible, c'est aujourd'hui, pas demain.»
«Un site Web qui respecte un standard n'a aucune nécessité d'annoncer qu'il respecte celui-ci [sauf bien sûr s'il veut promouvoir ledit standard]. On peut très bien être valide en HTML 4.01, HTML 3.2 ou XHTML 1.0; le problème n'est pas de choisir la dernière technologie, mais de choisir celle qui nous convient et de la respecter. C'est très bien de faire du HTML 4.01 si on respecte toutes les règles du langage.»
mdumais@ledevoir.com
Imaginez-vous déambulant dans une grande artère commerciale. Vous apercevez soudainement une boutique qui vend un produit dont vous tombez amoureux. Fantastique, vous dites-vous. Toutefois, avant même de franchir la porte de la boutique, vous apercevez une affiche spécifiant que l'accès à la boutique est limité aux seuls clients habillés d'une chemise jaune, âgés de moins de 23 ans et propriétaires d'une mobylette noire Solex 1983.
Invraisemblable? Pourtant, ce genre d'affiche se trouve partout sur la Toile. «Site optimisé pour Internet Explorer 6.0», «Pour une meilleure expérience, veuillez télécharger les fureteurs IE 5.0 ou mieux, et Netscape 7.0.» Disons-le tout de go, les concepteurs de sites Web qui persistent à développer du matériel pour une version spécifique d'un fureteur ont tout faux. En s'obstinant à concevoir des sites qui n'acceptent qu'une seule catégorie d'internautes, ceux-ci ne font que refuser des visiteurs sur leurs sites ou celui de leur client.
Mais quelle est la fonction d'un site Internet? Que ce soit pour informer, divertir, vendre un produit ou un service, un site Internet est une présence sur la grande Toile qui indique que son concepteur veut communiquer. Communiquer. Vendre. Faire du commerce. Échanger. Drôle de façon de faire que de limiter l'accès à son site à une seule catégorie d'internautes.
Pourtant, pour explorer ce tissu vivant qu'est le Web, il existe maintenant une multitude de fureteurs. Or, tous ces fureteurs, quelle que soit leur interface utilisateur, ne devraient-ils pas nous faire vivre la même expérience en visitant un site Web? Ne devrions-nous pas voir de la même façon l'information présentée sur une page Web? Les internautes qui utilisent deux fureteurs le savent trop bien. Beaucoup trop de sites Web sont optimisés pour un seul fureteur, ou pour une version spécifique d'un fureteur. Nous sommes bien loin du rêve de Tim Berners-Lee, le créateur du World Wide Web, qui s'abandonnait, au début, à philosopher sur l'universalité de sa créature.
Comprendre le Web
Universelle et accessible à tous, la Toile? Elle pourrait l'être, car elle a tout ce qu'il faut pour ça. Cette universalité, elle pourrait être possible rapidement si tous respectaient les normes et les standards, si les concepteurs de sites Internet et les développeurs de fureteurs comprenaient véritablement ce qu'est le Web. Ce que confirme Karl Dubost, directeur de la conformité (Conformance Manager) au Consortium W3C, coresponsable du groupe de travail «Assurance Qualité». Le W3C a été créé pour stopper l'émergence de langages propriétaires sur le Web et rassembler tous les acteurs autour d'une table afin de définir des standards. Les standards, eux, sont décidés au consensus.
Selon Karl Dubost, «le Web ne peut se développer harmonieusement que dans un souci d'interopérabilité, c'est-à-dire que, quel que soit l'outil utilisé, on doit pouvoir bénéficier de la même richesse fonctionnelle. Cela signifie également que les technologies sont implémentées de la même manière dans les différents logiciels. Depuis le début de l'activité "Assurance Qualité", nous nous assurons maintenant que chaque fonctionnalité d'une technologie est implémentée au moins dans deux produits différents.»
Heureusement, si on regarde l'ensemble des navigateurs aujourd'hui, la situation s'est nettement améliorée et la plupart des navigateurs modernes ont un support bien meilleur des standards. Il y a toutefois des améliorations à faire. Le gros problème aujourd'hui se situe plus au niveau des outils auteurs et des mauvaises habitudes prises par les développeurs de sites Web pour pallier les défauts des anciens navigateurs. Les enseignements des technologies Web dans les universités sont également catastrophiques dans la plupart des cas. Ceci est un gros problème, car les étudiants représentent les futurs développeurs de sites Web.
Or, de continuer Karl Dubost, «les concepteurs de sites Web actuels privent leurs clients de possibles bénéfices en réalisant des sites non accessibles. En effet, nos sociétés occidentales vieillissent. Ces personnes âgées représentent un pouvoir d'achat énorme. Que se passe-t-il lorsque ces personnes ne peuvent pas acheter un produit parce que la police de caractère à l'écran est trop petite ou que le menu déroulant à l'écran est trop petit, trop rapide?»
Éduquer
Il est donc important d'éduquer les futurs concepteurs des bienfaits de l'accessibilité. Celle-ci a un bénéfice immédiat sur un site Web. Cela permet souvent de le rendre plus ergonomique, plus facile à utiliser, plus interopérable.
Difficile de ne pas se demander si, un jour, nous pourrons être témoins d'un Web universel et accessible à tous. Or Karl Dubost est plutôt optimiste.
«La technologie est là et permet de rendre un site Web accessible. De grands acteurs ont déjà commencé à respecter les standards. Il est impressionnant également de voir comment la communauté des carnets Web, et donc des personnes individuelles, est parfois plus consciente de cette importance et fait d'énormes efforts pour palier les défauts des produits qu'elle utilise. Le Web universel et accessible, c'est aujourd'hui, pas demain.»
«Un site Web qui respecte un standard n'a aucune nécessité d'annoncer qu'il respecte celui-ci [sauf bien sûr s'il veut promouvoir ledit standard]. On peut très bien être valide en HTML 4.01, HTML 3.2 ou XHTML 1.0; le problème n'est pas de choisir la dernière technologie, mais de choisir celle qui nous convient et de la respecter. C'est très bien de faire du HTML 4.01 si on respecte toutes les règles du langage.»
mdumais@ledevoir.com
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