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Chronique de la grande pandémie du XXe siècle

Il y a 90 ans, la grippe espagnole tuait entre 50 et 100 millions de personnes

La Presse canadienne   16 septembre 2008  Santé
Toronto — Pendant que les armées se battaient sur les champs sanglants d'Europe, il y a 90 ans, un autre ennemi approchait dangereusement. L'adversaire n'a pas choisi de camp et ne s'est pas restreint à l'Europe. Et il n'a pas épargné de civils.

L'assaillant, la grippe espagnole, a tué entre 50 et 100 millions de personnes, soit plusieurs fois l'équivalent du nombre de personnes qui ont perdu la vie au combat pendant la Première Guerre mondiale qui se terminait au même moment.

Malgré les ravages causés par la grippe espagnole — la mort, la maladie et la peur —, les livres d'histoire n'en font presque pas mention, même si elle est désormais considérée comme l'éclosion de maladie infectieuse la plus mortelle de l'histoire.

«Pour moi, c'est ce qui demeure le plus mystérieux», a dit l'historien américain et auteur du livre America's Forgotten Pandemic: The Influenza of 1918, Alfred Crosby.

L'histoire de la grippe espagnole ressemble à un mauvais film de science-fiction: entre 50 et 100 millions de morts à l'échelle mondiale, 30 000 à 50 000 au Canada. Si une éclosion similaire survenait aujourd'hui, entre 186 millions et 372 millions de personnes dans le monde pourraient succomber. Au Canada, la maladie ferait entre 112 000 et 186 000 victimes.

Aujourd'hui, une telle catastrophe ferait les manchettes tous les jours si l'on se fie à l'exemple du SRAS à Toronto en 2003. La nouvelle avait rivalisé avec celle de la guerre en Irak. Et le SRAS avait infecté un peu plus de 8000 personnes et en avait tué 800.

Mais la grippe espagnole a occupé peu d'espace médiatique en 1918. «Habituellement, elle était à la page 12 des journaux», dit M. Crosby. C'était plutôt des articles sur la guerre qui occupaient les premières pages.

Le virus de l'influenza circule toujours et cloue au lit nombre de victimes, qui éprouvent des symptômes d'extrême fatigue. Il peut même être mortel. Au Canada, entre 4000 et 8000 personnes meurent annuellement — habituellement des aînés — de la grippe ou de la pneumonie qui peut en découler.

Occasionnellement un nouveau virus d'influenza, contre lequel les humains ont peu ou pas de défenses immunitaires, émerge de la nature et provoque une éclosion de la maladie à l'échelle mondiale, connue sous le nom de pandémie.

Il n'y a pas de cycle connu pour la maladie. Neuf ans ont séparé les deux pandémies du milieu du XIXe siècle. La plus récente — la grippe de Hong Kong de 1968-69 — a eu lieu il y a 40 ans.

L'historien américain John Barry, auteur du livre The Great Influenza, croit que le virus responsable de la pandémie de 1918 a éclos au printemps au coeur des États-Unis, probablement au Kansas. Une éclosion particulièrement virulente a été signalée dans des camps militaires. Plusieurs personnes, dont cet historien, croient que des troupes ont voyagé avec le virus jusqu'aux champs de bataille, où un nombre important de soldats des deux camps sont tombés malades.

Pendant l'été, le virus faisait profil bas dans l'hémisphère Nord. Mais des rapports ont signalé en août un regain de la maladie en Europe. En septembre, la grippe a fait éruption au Camp Devens, une base militaire près de Boston.

Au Canada, la première éclosion a été signalée au Québec le 8 septembre au collège de Victoriaville. C'est lors de cette deuxième phase de la pandémie que le nouveau virus de l'influenza est devenu prématurément mortel.

Environ 2,5 % des personnes qui ont attrapé le virus y ont succombé, un taux extrêmement élevé pour la grippe. Certains groupes ont particulièrement été touchés, notamment les femmes enceintes, les autochtones et les jeunes adultes en santé.

Lorsque cette maladie tue, les victimes sont surtout très jeunes ou très âgées. Mais pour une raison que les scientifiques ont peine à expliquer, les jeunes adultes ont été le groupe le plus touché. Et on se demande toujours aujourd'hui pourquoi le virus a été si mortel.

Le virus de la grippe H1N1 a continué à circuler pendant des décennies. Et ses descendants sont toujours en circulation, même s'ils sont moins forts que les deux virus d'influenza A qui causent des maladies tous les hivers.
 
 
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