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    Réseau et privatisation - Le privé dans la santé est-il vraiment une menace ?

    « Qu'on me présente des preuves qui démontrent que notre système fonctionne moins bien qu'ailleurs dans le monde »

    13 septembre 2008 |Daphné Cameron | Santé
    Au Canada, 70 % des dépenses en santé ont été effectuées dans le réseau public en 2005, soit 4 % de moins que 15 ans auparavant. Avec la privatisation récente des chirurgies à la hanche et pour les cataractes, ainsi que la multiplication des appels pour un système à deux vitesses, doit-on craindre la disparition du régime public? Pas tout de suite, croit Nicolas Marceau, spécialiste en gestion des dépenses de l'État.

    «Il y a beaucoup de profits à faire dans la santé et il est clair qu'il existe présentement une offensive politique de la part de personnes qui ont senti l'odeur de l'argent et qui souhaitent avoir leur part du gâteau, indique Nicolas Marceau. Malgré ces pressions, le privé demeure un phénomène tout de même assez marginal.»

    À son avis, la Loi canadienne sur la santé, qui garantit l'accès aux services de santé sans que des obstacles financiers s'y opposent, est une barrière de taille pour les tenants de la privatisation. Depuis 2000, la part des dépenses de l'État en santé au Canada est d'ailleurs restée stable.

    «Les Québécois sont très attachés à leur système de santé et les partis au pouvoir le savent. À preuve, le rapport Castonguay, qui proposait de mettre fin à la gratuité du régime, a rapidement été tabletté. Tant du côté du Parti libéral que du Parti québécois, le désir de massivement privatiser ne s'est pas encore manifesté, à mon avis.»

    Trop de sensationnalisme

    Professeur au département des sciences économiques de l'Université du Québec à Montréal,

    M. Marceau n'est pas convaincu que le système de santé est en si mauvaise posture. «Il y a un peu trop de sensationnalisme lorsqu'on parle des hôpitaux, dit-il. J'attends encore qu'on me présente des preuves qui démontrent que notre système fonctionne moins bien qu'ailleurs dans le monde.»

    «Malgré la mauvaise presse sur les temps d'attente dans les urgences et sur le manque de médecins de famille, il est démontré que la majorité des gens qui ont été en contact avec le système québécois sont satisfaits des services qu'ils ont reçus», poursuit l'économiste.

    Selon Nicolas Marceau, le régime public présente même un avantage concurrentiel pour le Québec. «Les entreprises qui s'installent au Canada répètent sans cesse à quel point le réseau public est avantageux, car elles n'ont pas besoin de fournir des polices d'assurance coûteuses à leurs employés.»

    Privé = plus cher

    Privatiser une part des soins de santé ne fera qu'augmenter les coûts dans le secteur public, soutient Nicolas Marceau. «Afin d'attirer le personnel médical, le privé va offrir des salaires plus alléchants. On le voit déjà pour les infirmières. Pour garder ses effectifs, le gouvernement sera obligé de hausser ses salaires, ce qui ultimement fera hausser les dépenses publiques en santé.»

    Pour appuyer ses dires, le chercheur cite des chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). «En 2001, les États-Unis ont dépensé 6,5 % de leur PIB pour rémunérer leurs spécialistes. Au Canada, ce pourcentage est de 5,1 %. C'est étrange de constater que les États-Unis déboursent plus que le Canada en soins de santé, alors que seulement 45 % de leur système est public et que le nôtre l'est à 70 %.»

    Selon le spécialiste, l'exemple français démontre également que la privatisation ne réduit pas automatiquement les dépenses de l'État. «Les gens font souvent l'apologie du système français. Et lorsqu'on examine les chiffres de l'OCDE, on constate que 80 % des dépenses du gouvernement se font dans le réseau public, mais seulement 4,65 % du PIB est réservé à la rémunération des spécialistes.»

    Le professeur d'économie a également remarqué qu'aux États-Unis, où la majorité du régime relève du privé, les médicaments et les technologies médicales sont plus onéreux.

    Des études s'imposent

    Nicolas Marceau tient à souligner qu'il n'est pas contre toute forme de privatisation. Avant qu'on ne continue à privatiser certaines chirurgies, il aimerait toutefois que des études sérieuses se penchent sur les problèmes concrets du système québécois.

    «Si y avoir recours pour les services de sécurité, d'hôtellerie et de restauration permet de sauver des fonds à l'État, je me dis: pourquoi pas? Mais, pour les soins de santé, les chiffres sont éloquents. Plus le nombre d'acteurs privés augmentent, plus les médecins et les infirmières ont un levier pour négocier leurs salaires à la hausse. Et plus ça finit par coûter cher pour les retenir dans le public.»

    Si problème il y a dans le système de santé, Nicolas Marceau conclut qu'il faut peut-être revoir les façons de pratiquer la médecine. «Au lieu de se tourner vers un autre modèle, nous devrions plutôt tenter d'améliorer celui qui est déjà en place. C'est toute la façon de pratiquer la médecine qui est à repenser, pas le financement.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir












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