Technologie: Le Pingouin se porte bien
Comment se porte le Pingouin? Pas mal, je vous remercie. Il soupçonne fortement d'ailleurs que les années 2003 et 2004 seront des années cruciales. Ou ça passe ou ça casse.
Dans leurs prédictions de veille pour l'année 2003, les stratèges de VDL2 prévoyaient que «le système d'exploitation communautaire gratuit Linux avait enfin atteint la maturité qui lui permettrait de s'implanter sur les ordinateurs personnels».
D'ailleurs, l'année 2003 a démarré sur les chapeaux de roues pour le Pingouin avec la formation d'un consortium, le Linux Desktop Consortium, visant à promouvoir le bureau tout Linux. Avec des interfaces utilisateurs qui se rapprochent de celles utilisées par les autres systèmes d'exploitation, à savoir Windows et Mac OS, et des processus d'installation se rapprochant de ceux de ses concurrents. Oui, Linux devient une solution de remplacement sur laquelle il faudra compter. Mais est-ce assez pour séduire un utilisateur néophyte?
Pourtant, les applications commencent à abonder, des applications quasiment aussi puissantes, performantes et riches en fonctionnalités que celles disponibles dans les environnements Windows et Mac. Un exemple? La suite bureautique OpenOffice, une suite gratuite comprenant un texteur, un tableur, un SGDB et plusieurs autres petites applications.
En prime, Linux reconnaît maintenant la très grande majorité des nouveaux périphériques, que ce soit des imprimantes, des lecteurs ou des graveurs CD, des appareils photo numériques et j'en passe. Et que dire des interfaces visuelles comme celles produites par KDE ou GNOME qui peuvent maintenant totalement isoler l'utilisateur moyen des arcanes pas très subtils du système d'exploitation Linux.
Des indices
Alors, ce Linux grand public, on y est? Des indices nous laissent supposer que oui. Nul n'est besoin de présenter la chaîne Wal-Mart. Avec plus de 2000 magasins aux États-Unis, Wal-Mart représente une force de vente sur laquelle il faut compter. Or, depuis plusieurs mois déjà, Wal-Mart vend dans ses magasins situés aux États-Unis ainsi que sur son site Internet transactionnel des ordinateurs à bas prix, des modèles d'entrée de gamme honnête.
Petite particularité toutefois, pour atteindre des prix planchers de 199 $ ou 248 $, ces ordinateurs sont tous offerts avec la distribution Linux Lindows OS. Lindows, une société créée par Michael Robertson, l'homme derrière le site MP3.com, propose une distribution Linux originale, qui isole son utilisateur des complications reliées à l'installation de certaines applications.
Grâce au concept appelé «Click-N-Run», le propriétaire d'un nouveau PC sous Lindows n'a qu'à choisir les applications qu'il désire à partir d'une liste de plusieurs centaines et, d'un seul clic de souris, lorsque l'application X est choisie, celle-ci s'installe automatiquement sans que l'utilisateur n'ait quoi que ce soit à faire. Plus simple que ça, tu meurs. Mais, la question que tous se posent: est-ce que ça marche? Il faut bien connaître ce mammouth de la vente au détail qu'est Wal-Mart pour savoir que si un produit ne se vend pas et qu'il encombre ses entrepôts, celui-ci se fait indiquer rapido la porte de sortie. Or, les ordinateurs Lindows se vendent très bien merci, car ils sont toujours proposés depuis des mois en page d'accueil du site de Wal-Mart.
Une chose manque
Alors, tout va très bien pour le Pingouin? Il est maintenant de commerce agréable, il est accessible et tous peuvent lui parler. Donc, Linux s'impose, prend le marché au cours des prochaines années, et les autres systèmes d'exploitation prennent leur retraite, de même que tonton Billou? Fin de l'histoire et que l'on passe à autre chose? Pas vraiment. Car il manque encore à Linux une toute petite chose, une petite chose qui a permis aux PC de s'imposer, une petite chose qui a permis aux Mac de survivre depuis des années. Cette petite chose, c'est le «killer-app».
Le «killer-app», c'est l'application ou le concept qui rend l'achat de telle ou telle plateforme, incontournable. C'est un progiciel qui fait que l'on achète un ordinateur non pas pour l'ordinateur, mais pour l'application elle-même. Du côté des PC, c'est le tableur Lotus 1-2-3 qui a lancé la révolution. Pour le Mac, c'est évidemment la combinaison PageMaker et imprimante au laser qui faisait de la Pomme l'objet de tous les désirs pour les gens oeuvrant dans les arts graphiques.
Mais où est-il ce «killer-app» pour Linux? OpenOffice? D'accord, une suite bureautique gratuite, personne ne peut dire non à cela, mais après tout, elle est aussi disponible sous Windows. De plus, pour attirer un jeune public, Linux n'a pas vraiment tout ce qu'il faut. Où sont les jeux? De ce côté, même le Mac OS fait office de machine de rêve pour un joueur aguerri lorsque qu'on la compare à Linux.
Qui sait si, pour Linux, le «killer-app» ne sera non pas une application, mais l'appétit vorace du géant Microsoft. Un appétit qui lui dicte de vendre des produits de quasi première nécessité à des prix presque prohibitifs. Cette semaine, le dernier rapport trimestriel de l'année 2002 faisant état de marges de profits plutôt ahurissantes.
Qui sait donc, pour notre ami le Pingouin, si le succès viendra plutôt des nouvelles politiques de licence de Microsoft qui empêcheront les individus ainsi que les petites et moyennes entreprises d'investir dans des produits MS, faute de moyens. Un ami à moi me confiait récemment que sa petite entreprise de 6-7 employés avait fait le saut vers OpenOffice. De dire celui-ci, «nous avions d'autres priorités que de mettre 6000 dollars annuellement dans une suite bureautique et être dans la légalité. Aujourd'hui, OpenOffice ne nous a rien coûté [bien qu'il eut été prêt à payer les 75 $ par copie de la suite StarOffice, une version légèrement différente de OpenOffice, distribuée par Sun] et je turbine de mon côté sous Linux. Exit Windows.»
Serait-ce que pour Linux, son «killer-app» sera tout bêtement... le prix et des licences moins contraignantes?
mdumais@ledevoir.com
Dans leurs prédictions de veille pour l'année 2003, les stratèges de VDL2 prévoyaient que «le système d'exploitation communautaire gratuit Linux avait enfin atteint la maturité qui lui permettrait de s'implanter sur les ordinateurs personnels».
D'ailleurs, l'année 2003 a démarré sur les chapeaux de roues pour le Pingouin avec la formation d'un consortium, le Linux Desktop Consortium, visant à promouvoir le bureau tout Linux. Avec des interfaces utilisateurs qui se rapprochent de celles utilisées par les autres systèmes d'exploitation, à savoir Windows et Mac OS, et des processus d'installation se rapprochant de ceux de ses concurrents. Oui, Linux devient une solution de remplacement sur laquelle il faudra compter. Mais est-ce assez pour séduire un utilisateur néophyte?
Pourtant, les applications commencent à abonder, des applications quasiment aussi puissantes, performantes et riches en fonctionnalités que celles disponibles dans les environnements Windows et Mac. Un exemple? La suite bureautique OpenOffice, une suite gratuite comprenant un texteur, un tableur, un SGDB et plusieurs autres petites applications.
En prime, Linux reconnaît maintenant la très grande majorité des nouveaux périphériques, que ce soit des imprimantes, des lecteurs ou des graveurs CD, des appareils photo numériques et j'en passe. Et que dire des interfaces visuelles comme celles produites par KDE ou GNOME qui peuvent maintenant totalement isoler l'utilisateur moyen des arcanes pas très subtils du système d'exploitation Linux.
Des indices
Alors, ce Linux grand public, on y est? Des indices nous laissent supposer que oui. Nul n'est besoin de présenter la chaîne Wal-Mart. Avec plus de 2000 magasins aux États-Unis, Wal-Mart représente une force de vente sur laquelle il faut compter. Or, depuis plusieurs mois déjà, Wal-Mart vend dans ses magasins situés aux États-Unis ainsi que sur son site Internet transactionnel des ordinateurs à bas prix, des modèles d'entrée de gamme honnête.
Petite particularité toutefois, pour atteindre des prix planchers de 199 $ ou 248 $, ces ordinateurs sont tous offerts avec la distribution Linux Lindows OS. Lindows, une société créée par Michael Robertson, l'homme derrière le site MP3.com, propose une distribution Linux originale, qui isole son utilisateur des complications reliées à l'installation de certaines applications.
Grâce au concept appelé «Click-N-Run», le propriétaire d'un nouveau PC sous Lindows n'a qu'à choisir les applications qu'il désire à partir d'une liste de plusieurs centaines et, d'un seul clic de souris, lorsque l'application X est choisie, celle-ci s'installe automatiquement sans que l'utilisateur n'ait quoi que ce soit à faire. Plus simple que ça, tu meurs. Mais, la question que tous se posent: est-ce que ça marche? Il faut bien connaître ce mammouth de la vente au détail qu'est Wal-Mart pour savoir que si un produit ne se vend pas et qu'il encombre ses entrepôts, celui-ci se fait indiquer rapido la porte de sortie. Or, les ordinateurs Lindows se vendent très bien merci, car ils sont toujours proposés depuis des mois en page d'accueil du site de Wal-Mart.
Une chose manque
Alors, tout va très bien pour le Pingouin? Il est maintenant de commerce agréable, il est accessible et tous peuvent lui parler. Donc, Linux s'impose, prend le marché au cours des prochaines années, et les autres systèmes d'exploitation prennent leur retraite, de même que tonton Billou? Fin de l'histoire et que l'on passe à autre chose? Pas vraiment. Car il manque encore à Linux une toute petite chose, une petite chose qui a permis aux PC de s'imposer, une petite chose qui a permis aux Mac de survivre depuis des années. Cette petite chose, c'est le «killer-app».
Le «killer-app», c'est l'application ou le concept qui rend l'achat de telle ou telle plateforme, incontournable. C'est un progiciel qui fait que l'on achète un ordinateur non pas pour l'ordinateur, mais pour l'application elle-même. Du côté des PC, c'est le tableur Lotus 1-2-3 qui a lancé la révolution. Pour le Mac, c'est évidemment la combinaison PageMaker et imprimante au laser qui faisait de la Pomme l'objet de tous les désirs pour les gens oeuvrant dans les arts graphiques.
Mais où est-il ce «killer-app» pour Linux? OpenOffice? D'accord, une suite bureautique gratuite, personne ne peut dire non à cela, mais après tout, elle est aussi disponible sous Windows. De plus, pour attirer un jeune public, Linux n'a pas vraiment tout ce qu'il faut. Où sont les jeux? De ce côté, même le Mac OS fait office de machine de rêve pour un joueur aguerri lorsque qu'on la compare à Linux.
Qui sait si, pour Linux, le «killer-app» ne sera non pas une application, mais l'appétit vorace du géant Microsoft. Un appétit qui lui dicte de vendre des produits de quasi première nécessité à des prix presque prohibitifs. Cette semaine, le dernier rapport trimestriel de l'année 2002 faisant état de marges de profits plutôt ahurissantes.
Qui sait donc, pour notre ami le Pingouin, si le succès viendra plutôt des nouvelles politiques de licence de Microsoft qui empêcheront les individus ainsi que les petites et moyennes entreprises d'investir dans des produits MS, faute de moyens. Un ami à moi me confiait récemment que sa petite entreprise de 6-7 employés avait fait le saut vers OpenOffice. De dire celui-ci, «nous avions d'autres priorités que de mettre 6000 dollars annuellement dans une suite bureautique et être dans la légalité. Aujourd'hui, OpenOffice ne nous a rien coûté [bien qu'il eut été prêt à payer les 75 $ par copie de la suite StarOffice, une version légèrement différente de OpenOffice, distribuée par Sun] et je turbine de mon côté sous Linux. Exit Windows.»
Serait-ce que pour Linux, son «killer-app» sera tout bêtement... le prix et des licences moins contraignantes?
mdumais@ledevoir.com
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