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Crise identitaire chez les médecins de famille

Amélie Daoust-Boisvert   5 août 2008  Santé
Les médecins interrogés dans le cadre d’une étude sur la médecine familiale parlent des généralistes comme d’une «espèce en danger».
Photo : Agence Reuters
Les médecins interrogés dans le cadre d’une étude sur la médecine familiale parlent des généralistes comme d’une «espèce en danger».
La désaffection des étudiants pour les postes de résidents en médecine familiale serait le symptôme visible d'une maladie systémique beaucoup plus grave: une véritable crise existentielle sévit chez les omnipraticiens canadiens.

Une pénurie de médecins de famille, des listes d'attente de patients qui s'allongent et une désaffection des étudiants pour la profession: autant de symptômes dont une large étude pose finalement le diagnostic. La profession de médecin de famille vit une crise. «J'ai peur que, dans dix ans, il n'y ait plus de médecins de famille. Tous seront des spécialistes ou des généralistes spécialisés», s'inquiète un médecin questionné dans le cadre de l'enquête sociologique menée par la Dre Marie-Dominique Beaulieu, titulaire de la Chaire de recherche Docteur Sadok Besrour en Médecine familiale de l'Université de Montréal. C'est l'étude canadienne la plus vaste sur le sujet à ce jour.

Le malaise identitaire qui s'exprime par la bouche de ce médecin enseignant a été corroboré par ses 47 autres collègues interrogés, qui parlent tous de «crise», traitant des généralistes comme d'une «espèce en danger». Dans un article rendu accessible avant publication officielle par la revue scientifique Social Science and Medicine, sociologues et médecins chercheurs analysent le regard autocritique du médecin de famille canadien sur sa profession.

«La médecine familiale est une des professions les plus sous tension du système de santé. Elle est divisée sur la façon de voir son propre rôle et éprouve de la difficulté à évoluer. On ne voit pas ce questionnement existentiel chez les cardiologues, par exemple», résume la Dre Beaulieu de son bureau à la Clinique de médecine familiale de l'hôpital Notre-Dame du CHUM.

Quatre facultés de médecine (sur 17 au pays) ont été auscultées, dont une au Québec. Vice-doyens, directeurs de programmes, médecins enseignants et résidents en médecine familiale, ainsi que des psychiatres, radiologistes et spécialistes en médecine interne, un total de 92 répondants se sont confiés sur leur vision du médecin de famille moderne et les défis qu'il rencontre.

Rappelons qu'en avril dernier, 73 postes de résidents ont été laissés vacants au Québec, dont 85 % en médecine familiale. Un malaise répandu dans le reste du Canada. Selon le Canadian Resident Marching Service (CaRMS), en 2008, moins de 30 % des étudiants en médecine au Canada ont opté pour la médecine générale comme premier choix. Insuffisant, dit le Dr Beaulieu, pour qui il faut atteindre 50 %.

Tout cela dans un contexte de pénurie généralisée de médecins. «Nous sommes devenus un groupe de médecine familiale (GMF). Inscrivez-vous ici!», invite une affiche dans la salle d'attente d'une des premières cliniques à avoir été convertie en GMF, en 2002. Faute d'effectifs, les inscriptions sont toutefois suspendues, mais les femmes enceintes, les patients très vulnérables ou les membres de la famille immédiate d'un patient déjà inscrit peuvent espérer se voir attribuer un médecin de famille, confirme la Dre Beaulieu. «La pénurie se fait sentir, nous cherchons des moyens d'une ouverture plus large.»

Deux philosophies

En plein coeur des tensions identitaires, les entrevues révèlent que deux philosophies du rôle du médecin de famille s'affrontent. D'un côté, plusieurs médecins sont attachés à un modèle de médecin «omniscient», qui fait un accouchement avant de se rendre à son quart de travail à l'urgence, entre deux disponibilités en cabinet et qui finit sa journée par des appels aux patients. «S'il n'est pas partout, il n'est plus médecin de famille. Les jeunes médecins ne s'identifient pas à ça... Ils trouvent que ce n'est pas faisable!», croit la Dre Beaulieu.

De l'autre, un généraliste plus stable qui ne prend pas tout sur ses épaules, «qui gère tout problème qui se présente à lui — et la solution peut être de référer à un autre spécialiste de la santé. Ensuite, il orchestre les différents soins dans un système de santé de plus en plus complexe». Selon la Dre Beaulieu, ce modèle est plus réaliste pour les jeunes résidents. Elle n'hésite pas à parler de fossé générationnel entre les médecins et leurs élèves.

Pour les auteurs de l'étude, c'est dans ces deux visions parallèles que le noeud gordien de la crise identitaire se noue. Pour le trancher, 33 % des jeunes généralistes choisissent... de se spécialiser «un peu», ce qui leur permet de se poser dans un domaine où ils se sentent compétents. «Je me sens dépassé par tous les aspects de la médecine familiale. C'est pour ça que je veux me spécialiser», confie un résident. «Je ne peux pas être bon dans tout», dit un autre. Selon le Sondage national 2007 des médecins (SNM), urgence et gériatrie sont les minispécialités les plus populaires. Un choix pour justifier la médecine de famille, qui n'a pas la cote. «Tu es seulement médecin de famille», déplore s'être fait dire par un collègue un résident interrogé.

«Le désir d'effectuer une petite spécialisation, pour les jeunes, est attrayant et valorisé, surtout que, du côté des spécialistes aussi, la pénurie sévit», confirme la Dre Beaulieu. Pour elle, «c'est légitime, mais dangereux. La médecine de famille peut risquer la fragmentation et contourner sa mission de coordination.»

Que prescrire à la profession pour valoriser le choix de la médecine familiale? La docteure-chercheuse propose de revenir à l'essence de la pratique. «C'est quoi, dans le fond, un médecin de famille?», demande-t-elle. «C'est un médecin de continuité et de relation. Il faut moderniser la pratique de la médecine générale. La vision du médecin seul dans son cabinet, qui se débat dans le réseau, ce n'est pas valorisant. Il faut aussi accepter de redéfinir son rôle, comme de déléguer à des infirmières, à des pharmaciens... Il y en a pour qui c'est plus difficile à faire, mais le généraliste ne peut pas tout faire, tout seul!»






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  • Jean-François Chevrier
    Abonné
    mardi 5 août 2008 07h33
    Services à domicile + médecins étrangers
    « Pour que les jeunes aient le goût de devenir médecin de famille, ils doivent être «captés» comme certains le sont avec les pompiers et les policiers. À la télévision ou au cinéma, ce qui est véhiculé et valorisé n'est que le spécialiste-interventionniste, démesuremment déifié. On est loin du médecin à valise noir et manches de chemise retroussées qui visitait les chaumières dans un passé pas si lointain. L'image plutôt attrayante et qui représente humanisme et Savoir serait, je crois, une avenue plus attrayante.

    En attendant ce changement peu probable compte tenu de notre société avide de superlatifs, de performances et d'experts à tout vent, nous pourrions ouvrir nos portes aux médecins de famille de pays étrangers qui eux, pratiquent encore cette médecine humaine et attrayante. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 5 août 2008 10h07
    Riches ou très riches ?
    « La crise s'explique : Pourquoi les étudiants et étudiantes en médecine se contenteraient-ils de devenir riches alors qu'ils peuvent devenir très riches ? La conscience sociale ? Kossé çâ ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Menanteau Bernard
    Inscrit
    mardi 5 août 2008 10h43
    crise identitaire des médecins de famille
    « Cette crise est retrouvée dans un certain nombre de pays, en particulier en France dans de nombreuses régions.De plus dans le système français le choix de l'activité s'effectue à la suite d'un examen classant,les candidats mal classés n'ont pas d'autre choix que la médecine générale. »

  • Hélène Paulette
    Inscrite
    mardi 5 août 2008 13h12
    Pour sauver notre médecine sociale....
    « Demandons à Cuba de nous envoyer des médecins... »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    mardi 5 août 2008 17h37
    Il faut que ça cesse
    « Nous sommes confrontés à une pénurie factice, une pénurie du cinéma des émirats de la Santé. Cette pénurie de médecins est fabriquée de toutes pièces.

    Affiliez tous ces médecins à la FTQ et nommez Gaétan Barrette, «Monsieur Chips», en charge des négociations de leurs salaires, de leurs conditions de travail et de leurs abris fiscaux et autres considérations para et péri professionnelles. Ils gagneront alors tous et toutes plus de 450,000.00$, ils auront des conditions en or, ils s'ouvriront des cliniques privées, ils conduiront tous et toutes au moins une Mercedes ou une BMW, leurs «voyages-ETUDES» et quasiment tout de leurs dépenses seront déductibles des impôts. Pour que ce miracle se produise, rappelez Philippe Couillard pour le temps du règlement du conflit (3 mois) et assoyez-le dos au mur et en pleine face de son maître à dépenser, Gaétan Barrette, «l'Angel» des spécialistes devenus poussahs du régime institutionnalisé que coiffe le MSSS. Ces gens ne carburent qu'aux gros tas de piastres et Madame la Président du Trésor québécois va se faire un jouissance d'ouvrir et de vider, encore une fois, la sacoche de nos taxes et impôts qu'elle croit les siens.

    Qui aurait imaginé, lors de la révolution tranquille que Jean Lesage a initiée et qui avait comme leitmotiv : «QUI S'INSTRUIT S'ENRICHIT», que la médecine allait prendre ainsi en otage les citoyens vulnérables, les citoyens malades, les citoyens démunis, les citoyens âgés qui n'en finissent plus de souffrir et de mourir vivants, repoussés comme ils le sont dans les dédales infernaux de l'attente perpétuelle et cordés dans les corridors de l'indifférence, de la suffisance et du mépris professionnel le plus inhumain que l'on puisse retrouver dans le répertoire de nos souvenances ?

    Si ce genre de crétinisme intégriste du TOP TEN des abuseurs tous azimuts dont le Québec est affligé (et, faut-il le reconnaître, les tenants de la médecine spéculative et sélective ne sont pas les seuls adeptes de cette théocratie extrémiste), devait être consacré et alors faire loi, ne peut-on pas, d'ores et déjà, imaginer que les kamikazes du mépris, ces étampés de la souffrance, en phase terminale ou en phase délirante, décideront de mettre un terme aux sévices qui leur sont infligés, sous tous les prétextes les plus fallacieux (pénuries - fatigues professionnelles - technologie déficiente - autres), en s'explosant, ailleurs que dans leurs taudis et ailleurs que sur les espaces publics ou dans les centres d'achat ???

    Ce n'est surtout pas Jean Charest et encore moins son «B B», parachuté dans le terrain vague de Jean-Talon, à la faveur des nuits de l'indifférence totale, qui vont mettre un stop à cette déchéance sociétale québécoise. Ils n'ont d'attentions que pour le MÉGA CHUM, le MÉGA CHUQ, les MÉGAS CLSC, les MÉGAS CLINIQUES PRIVÉES et TOUS LES MÉGAS CHSLD et AUTRES MOUROIRS, tous ces MAUDITS RABASKAS de l'omnipotence des richissimes, ces impunissables producteurs d'effets de serre et de pollutions plurielles qui tiennent lieu d'homicides volontaires, de déguisement et suppléance à l'euthanasie. Surtout pas. Et, bien au contraire... Par ailleurs, je ne crois pas que la «femme invisible» du PQ puisse redresser la dérape et corriger le cours catastrophique de notre devenir. Et, l' a capella» adéquiste s'en accommoderait, comme il s'accommode tu reste.

    MAIS, IL FAUT QUE ÇA CESSE, ÇA N'A DÉJÀ QUE TRO DURÉ...

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • yves archambault
    Abonné
    mercredi 6 août 2008 00h09
    médecin de ...
    « d'abord voulez-vous cesser de dire médecin de famille. ce sont des médecins de bureau ou médecin de commerce. fausse pénurie nous avons autant de médecins et plus que le reste du canada. cessons de fabriquer ces médecins inutiles payés trop cher assis derrière un bureau inaccessible d'une clinique dite privé. ce que nous avons besoin sont des spécialistes capable de fournir à la demande et sur le terrain ou dans un bureau des infirmiers et infirmières que moi j'appelle diagnosticienne. Elle couterons 3 fois moins cher qu'un médecin et ferons la même job. Autrement dit déplacons l'argent du médecin inutile vers l'infirmière compétante. »

  • Daniel Gauthier
    Inscrit
    mercredi 6 août 2008 09h25
    la médecine, c'est une business
    « eh oui, fini le temps du médecin de famille. La médecine est une business de pouvoir et d'argent... le pouvoir de faire des erreurs médicale et etre protégé, le pouvoir de connaitre beaucoup dans un seul domaine tellement limité (la spécialisation), que l'omnipraticien est vu comme un charlatan.
    Les thérapeuthers alternatifs comblent de plus en plus le role d'assistants et conselliers de santé, mais ne sont pas asservis aux critèeres pharmaceutiques cars ils sont vu et considérés pour la plupart comme des charlatants par L'Ordre des Médecins... mais ce sont eux qui aident le plus et donnent une majorité de réponse qui assistent vers le mieux etre du patient / malade... bien sur sans faire de diagnostics (ce qui apartient aux omniscients médecins qui ont acquis ce droit apres avoir payé leurs dus a l'ordre des médecins, en devenant des singes savants (et souvent stupides et aveugles par association avec les compagnies pharmaceutiques)
    personnellement, je suis content de voir une baisse du nombre de ces médecins. Cela signifie une transformation de chaque individu vers son bien-etre, une remise en question du pouvoir corrompu de l'ordre des médecins et de l'établissement médical et une prise de conscience de l'abus et du controle des pharmaceutiques.... N'y a-t-il pas présentement le gouvernement canadien qui veut passer le bill c-51 pour empecher d'acheter et de vendre tous produits naturels »

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