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Arrêter de fumer sans passer par le médecin

Dans certaines régions, l'ordonnance permettant le remboursement de produits antitabac est désormais disponible à la pharmacie ou par téléphone

Jacinthe Tremblay   24 juillet 2008  Santé
Pour obtenir le remboursement de leurs timbres et gommes de nicotine, tous les fumeurs québécois ne sont pas égaux. Certains doivent obligatoirement voir un médecin, malgré l'engorgement des services. D'autres reçoivent leur ordonnance d'un pharmacien, d'une infirmière ou même tout simplement en donnant un coup de fil.

Depuis le 1er juin, les fumeurs du Bas-Saint-Laurent peuvent se procurer une ordonnance pour des produits de remplacement de la nicotine directement chez leur pharmacien. Fini le choix entre des heures d'attente chez un médecin pour obtenir une ordonnance et le paiement, de sa poche, des timbres ou gommes pourtant remboursables et remboursées par les assureurs publics et privés.

«En rendant accessibles les ordonnances directement à la pharmacie, nous évitons d'engorger le système de santé et nous maximisons l'accessibilité, puisque ces établissements sont ouverts de longues heures, tous les jours. Nous agissons aussi sur un des éléments importants pour ceux qui décident d'arrêter de fumer: le "timing"», explique Marie-Josée Papillon, pharmacienne à la Direction de la santé publique de l'Agence de la santé et des services sociaux du Bas-Saint-Laurent. «Tout le monde, avec ou sans ordonnance, doit de toute manière se procurer ces produits dans une pharmacie. Nous réglons l'affaire "on the spot"», ajoute-t-elle. Une fois l'ordonnance complétée, les pharmaciens du Bas-Saint-Laurent mettent leurs clients qui le souhaitent en rapport avec les centres d'abandon du tabagisme de la région, où ils pourront recevoir écoute, conseils et soutien.

Deux autres initiatives faisant des pharmacies les points d'accès rapides et simples aux ordonnances de Nicorette, d'Harbitrol et de Nicoderm ont été lancées au cours des dernières semaines dans les Laurentides et en Outaouais. On trace ainsi l'esprit et les modalités de la nouvelle génération d'ordonnances collectives, une formule apparue au Québec en 2002 par le projet de loi 90 modifiant le Code des professions et réglementée en 2005 par le Collège des médecins. À ce jour, trois catégories de médicaments ont principalement fait l'objet d'ordonnances collectives: les contraceptifs hormonaux, les thérapies de remplacement de la nicotine et les shampooings pour tuer les poux et leurs lentes.

La pionnière innove encore

La première ordonnance collective québécoise a vu le jour à Montréal, en 2006, pour aider les fumeurs à «écraser». Les premières ordonnances distribuées par des non-médecins l'ont été par les infirmières des centres d'abandon du tabagisme. «Dès 2003, nous avons amorcé des démarches auprès du Collège des médecins pour trouver un moyen d'éviter qu'elles doivent faire appel à un médecin chaque fois», relate la Dre Diane Villeneuve, responsable du projet à la Direction de la santé publique de l'Agence de la santé et des services sociaux de la Montérégie.

Depuis, le modèle d'origine, ayant comme ancrage les infirmières des centres d'abandon du tabagisme, a été importé par plusieurs agences régionales et, dans un cas, par un centre de la santé et des services sociaux au Saguenay-Lac-Saint-Jean. «Les régions qui ont repris le modèle développé à Montréal sont, à ma connaissance, l'Abitibi, la Mauricie, le Centre-du-Québec, Lanaudière et la Gaspésie», indique le Dr André Gervais, pneumologue au Centre universitaire de l'Université de Montréal (CHUM).

À Montréal même, les centres d'abandon du tabac demeurent la porte d'entrée privilégiée par l'Agence. «Nous croyons encore que le fait d'avoir un soutien intensif de leur personnel double les chances de succès des thérapies de remplacement», explique la Dre Villeneuve. Depuis 2006, les patients d'une dizaine d'hôpitaux de l'île peuvent aussi obtenir une ordonnance auprès d'une infirmière. Depuis janvier dernier, l'Agence a inauguré la ligne téléphonique J'arrête, 1 866 527-7383, par laquelle on peut demander une ordonnance que ses agents transmettent derechef à la pharmacie de son choix. Le Dr Gervais croit par ailleurs que la formule pharmacie n'est «ni prévue ni exclue» à Montréal.

Ailleurs au Québec, les fumeurs sont encore obligés d'aller voir un médecin pour être remboursés.

Une exigence des assureurs

Le choix des timbres et gommes de nicotine est loin d'être un hasard et il n'est pas lié uniquement à la férocité des opposants à la cigarette. Entre le 1er octobre 2000 et le 31 décembre 2001, plus de 145 000 personnes couvertes par la RAMQ ont dû consulter un médecin pour obtenir une ordonnance de médicaments antitabac, dont 63,6 % étaient également vendus en vente libre. Ces produits disponibles en vente libre deviennent des médicaments remboursables par l'État et la majorité des assureurs privés uniquement s'ils sont prescrits par un médecin. Pour offrir à ces fumeurs leurs doses régressives de nicotine, des médecins ont délivré plus de 500 000 ordonnances, indique une étude publiée par la RAMQ en mai 2002.

Et ces milliers de visites médicales et de gestes posés par des professionnels de la santé et payés par les fonds publics sont loin de représenter la totalité des sommes déboursées par Québec pour transformer des produits en vente libre en médicaments... En effet, au Québec, 3,2 millions de personnes voient leurs médicaments remboursés par les fonds publics, soit la RAMQ, alors qu'un plus grand nombre encore, soit 4,3 millions, sont couvertes par des régimes privés d'assurance collective.

Les premiers à remettre en question cette incongruité sont les médecins eux-mêmes. «Il n'y a aucune raison médicale qui justifie que ces produits soient prescrits par un médecin. Cette exigence vient essentiellement des payeurs, c'est-à-dire la Régie de l'assurance-maladie du Québec et les assureurs privés. C'est une mauvaise utilisation d'une ressource qui s'appelle un docteur et qui, en plus, est en pénurie», explique et commente à la fois le Dr Claude Ménard, responsable des activités partageables au Collège des médecins.

C'est donc notamment dans le but de mettre un terme à ce gaspillage éhonté que la notion d'ordonnance collective a été introduite, en 2002, dans la loi 90 modifiant le Code des professions. Elle n'a pas aboli le sacro-saint droit exclusif du médecin de prescrire des médicaments, mais elle permet à un médecin ou à un groupe de médecins de rendre une ordonnance utilisable par d'autres professionnels de la santé auprès de leurs patients. Le médecin signataire de l'ordonnance collective, et non le professionnel qui la remet en main propre au patient, demeure responsable des conséquences de son ordonnance.

***

Demain : Collectivités éclatées pour les contraceptifs et les tueurs de poux
 
 
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  • Yves Gariépy
    Inscrit
    jeudi 24 juillet 2008 09h16
    exigence des assureurs
    Merci de rappeler au public lecteur que l'exigence d'une ordonnance peut découler soit de la législation fédérale ou provinciale ou soit d'une exigence des assureurs privés ou publics qui en font une condition de remboursement.L'ordonnance collective me paraît un long détour pour contourner une condition de paiement qui pourrait être éliminée par les assureurs, plus particulièrement en ce qui touche des mesures de santé publique comme la lutte contre le tabagisme.

  • Guy Fafard
    Inscrit
    jeudi 24 juillet 2008 09h52
    Le collège des médecins
    Ce collège commet des exagérations. Il se construit un monopole.

    On a qu'à regarder les exagérations répétées dans le cas des médecins européens qui se font embusquer par ce dit collège,
    le cas de la sagas contre Mailloux, et le cas ici cité.

    Quand on est juge et juré, ça ne donne pas grand chose de bon.

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