mardi 24 novembre 2009 Dernière mise à jour 09h39


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les ados fumeurs manquent d'aide pour «écraser»

Lisa-Marie Gervais   17 juillet 2008  Santé
Photo : Jacques Nadeau
Dur, dur d'arrêter de fumer quand on est ado. Une nouvelle étude longitudinale de l'Université de Montréal a révélé que seulement 19 % des adolescents sont parvenus à arrêter de fumer pendant au moins un an, à la fin des cinq années de l'étude, et ce, même si 70 % d'entre eux avait manifesté leur désir d'arrêter après environ deux mois et demi de consommation. Pour Jennifer O'Loughlin, l'auteure principale de cette étude financée par la Société canadienne du cancer, le message est clair... et inquiétant: il manque de programmes efficaces pour aider les jeunes à «écraser».

«Les jeunes savent que le tabagisme peut nuire à la santé, mais il n'existe pas de programmes qui marchent pour les aider à cesser lorsqu'ils en expriment le désir. On axe sur la prévention plutôt que sur la cessation», avance la professeure au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal. «Ce qui est épeurant, c'est que même s'il manifeste le désir d'arrêter, le fumeur adolescent va généralement continuer à augmenter sa consommation pour finalement se rendre compte un jour qu'arrêter lui est devenu impossible», ajoute-t-elle. Selon son étude, les ados finissent par perdre confiance en leur capacité d'arrêter de fumer après 21 mois de consommation. «L'étude nous a permis de constater que plus l'ado connaît des échecs lorsqu'il tente d'arrêter, plus il perd confiance en sa capacité d'arrêter», note-t-elle.

Sur un bassin de 1200 jeunes âgés de 12-13 ans choisis dans des écoles de Montréal, Mme O'Loughlin a finalement retenu les candidatures de 319 jeunes et analysé les données des rapports qu'ils ont remplis sur leurs habitudes de consommation de tabac tous les trois mois pendant cinq ans. L'étude est inédite, assure Mme O'Loughlin, car c'est la première fois qu'on s'intéresse sur le long terme aux habitude de consommation des jeunes, dès leur première bouffée. Or, dans la littérature, un adolescent est considéré comme fumeur après avoir fumé au moins 100 cigarettes. «Notre étude s'intéresse au désir de cessation des jeunes et en ce sens, on est en train de remettre en question le modèle de base qui prévalait», soutient-elle.

Publiés en ligne dans l'American Journal of Public Health, les résultats de son étude viendraient révolutionner les constats parus dans le rapport de 1994 du ministère de la Santé américain, qui décrivait le lien entre les jeunes et le tabagisme en cinq étapes. «Ça ne prend plus deux à trois ans avant d'être dépendant, beaucoup de jeunes ont des symptômes, comme des fortes envie de fumer, cinq mois seulement après avoir commencé à fumer», soutient-elle.

Une volonté naïve

Léanne, une jolie brunette âgée de 16 ans qui fume un demi-paquet par jour, a pris ses premières bouffées à 13 ans. L'an dernier, l'idée d'arrêter lui a traversé l'esprit pour la première fois, mais elle ne s'est finalement pas exécutée parce qu'elle n'en sentait pas le besoin. À l'automne, c'est décidé: elle et son copain, un fumeur âgé de 15 ans, arrêteront ensemble. «Je n'ai pas envie d'avoir le cancer», lance-t-elle, parfaitement lucide. Auront-ils de la difficulté? Pas vraiment, répondent en choeur les deux tourtereaux.

Une réponse qui ne surprend guère Jennifer O'Loughlin, qui a remarqué que le désir des adolescents d'arrêter de fumer est, au départ, «plutôt naïf». «Les jeunes pensent qu'ils peuvent arrêter de fumer facilement, mais on observe que la semaine ou le mois suivant, ils ont recommencé», affirme Mme O'Loughlin. «Ils ne comprennent pas bien que la dépendance, c'est un processus neurobiologique qui touche le cerveau. Il ne suffira pas pour un jeune de dire "je suis capable". Il lui faut de l'aide et des outils», insiste-t-elle.

À la Société canadienne du cancer, on propose une panoplie de mesures gouvernementales et préventives pour arrêter de fumer, exigeant l'interdiction de la publicité concernant le tabac et une action plus ferme à l'égard de la contrebande. Et pour les jeunes fumeurs qui veulent écraser? «Ils peuvent appeler au 1-866-jarrete ou consulter le site Internet. C'est gratuit», souligne Rob Cunningham, analyste de politiques à la Société canadienne du cancer. «On pourrait développer des programmes pour que les médecins incitent les jeunes à arrêter de fumer», ajoute-t-il en rappelant que c'est au Québec que les besoins sont les plus criants. Plus de 18 % des adolescents âgés de 15 à 19 ans y fument, contre 15 % des adolescents canadiens.

Jennifer O'Loughlin, qui a coordonné une revue des initiatives existantes pour les jeunes qui souhaitent arrêter de fumer, est pour l'instant plutôt dubitative. «Il y a des interventions prometteuses, mais on n'a encore rien trouvé d'efficace», a-t-elle conclu.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 17 juillet 2008 08h04
    Si jeunesse savait
    « Ça fait longtemps qu'on répète que la cigarette est mauvaise mais, plusieurs de nos jeunes ne sont pas plus intelligents que leurs parents...dans le temps. Va falloir vous débrouiller maintenant ! Souffez les inconvénients de la dépendance à cette drogue dure qui va vous faire mourir lentement mais sûrement "un peu moins vieux...évidemment" »

  • Marilu Gagnon
    Inscrite
    jeudi 17 juillet 2008 08h51
    Les parents: "Source d'exemple"
    « Militante pour une société sans fumée depuis plusieurs années, je n'ai pu que constater que pour ce geste comme pour bien d'autres les parents sont le premier exemple à suivre.

    Les jeunes fumeurs dont vous parlez fument depuis bien plus longtemps que vous pensez. La plupart fume depuis leur vie intra-utérine puisque leur propre génitrice les nourrissait déjà avec cette fumée à l'intérieur de leur corps. Pour d'autres, c'est le père fumeur qui créait une atmosphère de boucane que la mère respirait et introduisait automatiquement à l'intérieur du corps de l'enfant. Sans compter les familles immédiates (grand-père, grand-mère, oncle, tante ...) et entourage qui ne pouvait s'abstenir de fumer en présence de la mère enceinte.

    Que dire aussi des enfants qui ont passé leur petite enfance dans ces nuages de fumée à l'intérieur de la maison et pire encore dans le petit espace clos de l'automobile? Ils ont déjà commencé à fumer parce qu'ils respirent cette mixture toxique. Rien de surprenant qu'à l'adolescence, ils adhèrent eux aussi à cette très malsaine habitude.

    Combien d'ados issus de famille de non fumeurs fument? Je ne suis pas une statisticienne mais je suis déjà convaincue qu'ils sont très rares à exister.

    Encore une fois, je dois accuser les parents qui sont les premiers exemples et ou intervenants dans les habitudes de leurs enfants.

    Que ce soit les habitudes alimentaires, les habitudes sportives, les gestes et les actions posés, les parents sont toujours les grands responsables de ce que font leurs rejetons.

    Le plus déplorable, on ne s'en sortira jamais puisque les parents eux-mêmes fument toujours et encore. La prévention et les programmes d'aide ont sûrement leur place mais naître dans une famille de non fumeur est la meilleure solution. »

  • Maurice Monette
    Abonné
    jeudi 17 juillet 2008 17h11
    Le problème est beaucoup plus subtil que ÇA...
    « Pour vraiment comprendre pourquoi les jeunes se mettent à fumer si tôt, il faut revenir aux normes sociales qui ont été chamboulées à partir de mai 1989. Avant, une LIMITE LÉGALE d'âge était appliquée pour la vente de tabac.

    En effet, avant cette année fatidique où pratiquement tout a été légalisé par le gouvernement fédéral: la danse topless, les heures de fermeture de ces lieux de perdition où l'alcool coule à flot sont passées de minuit max à plus de trois heures dans la nuit. Ainsi, les milieux mafieux y ont fait du trafic de drogues, la cocaïne entre autres car, c'est la plus payante, et plein de modifications du SYSTÈME des affaires pour soit-disant faciliter la libre-circulation de l'argent alors, avec tous ces laxismes devenus normaux (tolérés pour surmonter une apparente récession) et légaliser au cours des années qui ont suivies, puisqu'on avaient développée une dépendance à ces facilités nocives lorsque NON-contrôlées alors, la jeunesse contemporaine n'ayant pas connu mieux, y est devenue dépendante.

    Donc, pour surmonter ces laxismes imposés par des années de relâchement dans le comportement humain, il faudrait revenir aux normes qui existaient avant cette époque. Soit, recommencer à limiter la vente de tabac aux jeunes ayant atteint dix huit ans et tenter de faire comprendre l'incidence que l'inhalation de fumée a sur les synapses de leur cerveau. À l'âge où ils / elles ont besoin de bon constacts entre leurs neurones pour avoir une mémoire plus apte à retenir les notions cognitives qui leurs sont transmises, il devient évident que ne pas fumer de tabac légal est un avantage pour la réussite scolaire.

    Donc, rétablir une telle LIMITE d'âge permettrait d'au moins sauvegarder cette étape de la vie pour bien acquérir les connaissances de base nécessaire à bien partir dans l'aventure qu'est la vie. Maintenant, si des adultes ne veulent pas respecter la salubrité de l'air dans les endroits clos où ils / elles vivent, ce n'est que leur libre-arbitre qui fait ce choix et ils / elles doivent en subir les conséquences. Quant aux endroits qui sont cités dans l'Article comme étant nocifs aux personnes non-fumeurs(es), j'avoue que je ne croyais pas que ÇA existait encore car, il me semblait que les normes sociales saines avaient réussies à être inculquées dans la plupart des lieux communs où les gens vivent en côtoyant leurs proches. Dans ces cas EXTRÈMES, il y a lieu d'intervenir drastiquement car, le respect de l'espace vital d'autrui est une des premières preuves de l'AMOUR FRATERNEL qu'on devraient apporter aux gens qui NOUS entourent.

    Un RETOUR aux NORMES SOCIALES qui étaient appliquées avant 1989 serait fortement à espérer...

    Merci de votre ATTENTION & c'est un pensez y BIEN...

    Votre Ami, SAGE, lui,
    MAURICE MONETTE
    BIOLOGISTE #939
    Grande Rivière »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
3 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009