Les ados fumeurs manquent d'aide pour «écraser»
Photo : Jacques Nadeau
Dur, dur d'arrêter de fumer quand on est ado. Une nouvelle étude longitudinale de l'Université de Montréal a révélé que seulement 19 % des adolescents sont parvenus à arrêter de fumer pendant au moins un an, à la fin des cinq années de l'étude, et ce, même si 70 % d'entre eux avait manifesté leur désir d'arrêter après environ deux mois et demi de consommation. Pour Jennifer O'Loughlin, l'auteure principale de cette étude financée par la Société canadienne du cancer, le message est clair... et inquiétant: il manque de programmes efficaces pour aider les jeunes à «écraser».
«Les jeunes savent que le tabagisme peut nuire à la santé, mais il n'existe pas de programmes qui marchent pour les aider à cesser lorsqu'ils en expriment le désir. On axe sur la prévention plutôt que sur la cessation», avance la professeure au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal. «Ce qui est épeurant, c'est que même s'il manifeste le désir d'arrêter, le fumeur adolescent va généralement continuer à augmenter sa consommation pour finalement se rendre compte un jour qu'arrêter lui est devenu impossible», ajoute-t-elle. Selon son étude, les ados finissent par perdre confiance en leur capacité d'arrêter de fumer après 21 mois de consommation. «L'étude nous a permis de constater que plus l'ado connaît des échecs lorsqu'il tente d'arrêter, plus il perd confiance en sa capacité d'arrêter», note-t-elle.
Sur un bassin de 1200 jeunes âgés de 12-13 ans choisis dans des écoles de Montréal, Mme O'Loughlin a finalement retenu les candidatures de 319 jeunes et analysé les données des rapports qu'ils ont remplis sur leurs habitudes de consommation de tabac tous les trois mois pendant cinq ans. L'étude est inédite, assure Mme O'Loughlin, car c'est la première fois qu'on s'intéresse sur le long terme aux habitude de consommation des jeunes, dès leur première bouffée. Or, dans la littérature, un adolescent est considéré comme fumeur après avoir fumé au moins 100 cigarettes. «Notre étude s'intéresse au désir de cessation des jeunes et en ce sens, on est en train de remettre en question le modèle de base qui prévalait», soutient-elle.
Publiés en ligne dans l'American Journal of Public Health, les résultats de son étude viendraient révolutionner les constats parus dans le rapport de 1994 du ministère de la Santé américain, qui décrivait le lien entre les jeunes et le tabagisme en cinq étapes. «Ça ne prend plus deux à trois ans avant d'être dépendant, beaucoup de jeunes ont des symptômes, comme des fortes envie de fumer, cinq mois seulement après avoir commencé à fumer», soutient-elle.
Une volonté naïve
Léanne, une jolie brunette âgée de 16 ans qui fume un demi-paquet par jour, a pris ses premières bouffées à 13 ans. L'an dernier, l'idée d'arrêter lui a traversé l'esprit pour la première fois, mais elle ne s'est finalement pas exécutée parce qu'elle n'en sentait pas le besoin. À l'automne, c'est décidé: elle et son copain, un fumeur âgé de 15 ans, arrêteront ensemble. «Je n'ai pas envie d'avoir le cancer», lance-t-elle, parfaitement lucide. Auront-ils de la difficulté? Pas vraiment, répondent en choeur les deux tourtereaux.
Une réponse qui ne surprend guère Jennifer O'Loughlin, qui a remarqué que le désir des adolescents d'arrêter de fumer est, au départ, «plutôt naïf». «Les jeunes pensent qu'ils peuvent arrêter de fumer facilement, mais on observe que la semaine ou le mois suivant, ils ont recommencé», affirme Mme O'Loughlin. «Ils ne comprennent pas bien que la dépendance, c'est un processus neurobiologique qui touche le cerveau. Il ne suffira pas pour un jeune de dire "je suis capable". Il lui faut de l'aide et des outils», insiste-t-elle.
À la Société canadienne du cancer, on propose une panoplie de mesures gouvernementales et préventives pour arrêter de fumer, exigeant l'interdiction de la publicité concernant le tabac et une action plus ferme à l'égard de la contrebande. Et pour les jeunes fumeurs qui veulent écraser? «Ils peuvent appeler au 1-866-jarrete ou consulter le site Internet. C'est gratuit», souligne Rob Cunningham, analyste de politiques à la Société canadienne du cancer. «On pourrait développer des programmes pour que les médecins incitent les jeunes à arrêter de fumer», ajoute-t-il en rappelant que c'est au Québec que les besoins sont les plus criants. Plus de 18 % des adolescents âgés de 15 à 19 ans y fument, contre 15 % des adolescents canadiens.
Jennifer O'Loughlin, qui a coordonné une revue des initiatives existantes pour les jeunes qui souhaitent arrêter de fumer, est pour l'instant plutôt dubitative. «Il y a des interventions prometteuses, mais on n'a encore rien trouvé d'efficace», a-t-elle conclu.
«Les jeunes savent que le tabagisme peut nuire à la santé, mais il n'existe pas de programmes qui marchent pour les aider à cesser lorsqu'ils en expriment le désir. On axe sur la prévention plutôt que sur la cessation», avance la professeure au département de médecine sociale et préventive de l'Université de Montréal. «Ce qui est épeurant, c'est que même s'il manifeste le désir d'arrêter, le fumeur adolescent va généralement continuer à augmenter sa consommation pour finalement se rendre compte un jour qu'arrêter lui est devenu impossible», ajoute-t-elle. Selon son étude, les ados finissent par perdre confiance en leur capacité d'arrêter de fumer après 21 mois de consommation. «L'étude nous a permis de constater que plus l'ado connaît des échecs lorsqu'il tente d'arrêter, plus il perd confiance en sa capacité d'arrêter», note-t-elle.
Sur un bassin de 1200 jeunes âgés de 12-13 ans choisis dans des écoles de Montréal, Mme O'Loughlin a finalement retenu les candidatures de 319 jeunes et analysé les données des rapports qu'ils ont remplis sur leurs habitudes de consommation de tabac tous les trois mois pendant cinq ans. L'étude est inédite, assure Mme O'Loughlin, car c'est la première fois qu'on s'intéresse sur le long terme aux habitude de consommation des jeunes, dès leur première bouffée. Or, dans la littérature, un adolescent est considéré comme fumeur après avoir fumé au moins 100 cigarettes. «Notre étude s'intéresse au désir de cessation des jeunes et en ce sens, on est en train de remettre en question le modèle de base qui prévalait», soutient-elle.
Publiés en ligne dans l'American Journal of Public Health, les résultats de son étude viendraient révolutionner les constats parus dans le rapport de 1994 du ministère de la Santé américain, qui décrivait le lien entre les jeunes et le tabagisme en cinq étapes. «Ça ne prend plus deux à trois ans avant d'être dépendant, beaucoup de jeunes ont des symptômes, comme des fortes envie de fumer, cinq mois seulement après avoir commencé à fumer», soutient-elle.
Une volonté naïve
Léanne, une jolie brunette âgée de 16 ans qui fume un demi-paquet par jour, a pris ses premières bouffées à 13 ans. L'an dernier, l'idée d'arrêter lui a traversé l'esprit pour la première fois, mais elle ne s'est finalement pas exécutée parce qu'elle n'en sentait pas le besoin. À l'automne, c'est décidé: elle et son copain, un fumeur âgé de 15 ans, arrêteront ensemble. «Je n'ai pas envie d'avoir le cancer», lance-t-elle, parfaitement lucide. Auront-ils de la difficulté? Pas vraiment, répondent en choeur les deux tourtereaux.
Une réponse qui ne surprend guère Jennifer O'Loughlin, qui a remarqué que le désir des adolescents d'arrêter de fumer est, au départ, «plutôt naïf». «Les jeunes pensent qu'ils peuvent arrêter de fumer facilement, mais on observe que la semaine ou le mois suivant, ils ont recommencé», affirme Mme O'Loughlin. «Ils ne comprennent pas bien que la dépendance, c'est un processus neurobiologique qui touche le cerveau. Il ne suffira pas pour un jeune de dire "je suis capable". Il lui faut de l'aide et des outils», insiste-t-elle.
À la Société canadienne du cancer, on propose une panoplie de mesures gouvernementales et préventives pour arrêter de fumer, exigeant l'interdiction de la publicité concernant le tabac et une action plus ferme à l'égard de la contrebande. Et pour les jeunes fumeurs qui veulent écraser? «Ils peuvent appeler au 1-866-jarrete ou consulter le site Internet. C'est gratuit», souligne Rob Cunningham, analyste de politiques à la Société canadienne du cancer. «On pourrait développer des programmes pour que les médecins incitent les jeunes à arrêter de fumer», ajoute-t-il en rappelant que c'est au Québec que les besoins sont les plus criants. Plus de 18 % des adolescents âgés de 15 à 19 ans y fument, contre 15 % des adolescents canadiens.
Jennifer O'Loughlin, qui a coordonné une revue des initiatives existantes pour les jeunes qui souhaitent arrêter de fumer, est pour l'instant plutôt dubitative. «Il y a des interventions prometteuses, mais on n'a encore rien trouvé d'efficace», a-t-elle conclu.
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