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    La haute technologie médicale à l'heure des choix

    Il n'y a pas que l'efficacité qui compte... les coûts aussi

    5 juillet 2008 |Claude Lafleur | Santé
    Lorsqu'apparaît une technologie, il faut pouvoir évaluer non seulement les bienfaits qu'elle procure mais aussi son coût et le contexte dans lequel elle sera utilisée. C'est à quoi se consacrent les organismes nationaux membres de Health Technology Assessment International, qui chapeaute l'évaluation des technologies de la santé à travers le monde. Entretien avec le Dr Reiner Banken, président de cet organisme, qui tient cette année son congrès à Montréal.

    Le monde de la santé n'a plus jamais été le même après l'apparition, en 1974, d'une nouvelle technologie «qui coûtait les yeux de la tête». Il s'agit du tomographe axial, un appareil de haute technologie qui permet d'examiner l'intérieur de l'organisme de façon nettement plus perçante que les rayons X. «Auparavant, lorsque, dans un hôpital, un médecin demandait tel ou tel équipement, on le lui procurait presque automatiquement, raconte le Dr Reiner Banken, président de Health Technology Assessment International, organisme qui chapeaute l'évaluation des technologies de la santé à travers le monde. Toutefois, poursuit-il, un tomographe axial coûte si cher que les directions des hôpitaux ont été contraintes de se demander si elles auraient dorénavant les moyens de répondre à toutes les demandes de leurs médecins.»

    C'est ainsi qu'est née une discipline inusitée en médecine: l'évaluation des innovations technologiques. «C'est un cas particulier, confirme le Dr Banken, puisque ce ne sont pas les chercheurs qui sont venus proposer leurs services aux décideurs — comme cela se fait habituellement — mais plutôt ces derniers qui ont dit: "Nous avons besoin d'information pour prendre nos décisions..."»

    Lorsqu'est apparu le tomographe axial — la première technologie médicale aussi dispendieuse que performante —, l'Office of Technology Assessment du Congrès américain s'est demandé si cette innovation en valait vraiment le coût, de poursuivre le Dr Banken. «C'est de la sorte que l'évaluation technologique de la santé s'est développée, dit-il. On ne dit pas aux décideurs quelle décision prendre — surtout pas! — mais plutôt: "Vous avez une décision à prendre, souvent une décision difficile, voici ce que vous devez savoir..."»

    C'est ainsi que, lors de l'apparition d'une technologie, il faut pouvoir évaluer non seulement les bienfaits qu'elle procure mais aussi le contexte dans lequel elle sera utilisée. «Il faut considérer différentes dimensions, explique le Dr Banken, notamment soupeser son utilité dans le contexte de nos soins hospitaliers et de notre système de santé.»

    Par exemple, l'université McGill a récemment réalisé une étude pour déterminer jusqu'à quel point on devrait utiliser un petit dispositif qui empêche les piqûres accidentelles après la pose d'une intraveineuse. «Le petit bidule ne coûtant que 80 cents, en principe, on ne peut être contre la vertu!, pose comme principe le Dr Banken. En conséquence, ne devrait-on pas l'utiliser chez tous les patients sur qui ça pourrait être utile?» Toutefois, l'emploi systématique du dispositif entraînerait des déboursés de 300 000 $ par année, soit l'équivalent de deux lits hospitaliers. Ainsi donc, vaut-il mieux financer deux lits de plus ou protéger tous les patients contre un certain risque?

    «Vous voyez que, selon la perspective dans laquelle on se place, on doit tenir compte de différents enjeux, dont des questions éthiques, sociales, juridiques et organisationnelles, afin de savoir s'il est pertinent ou non d'utiliser telle ou telle technologie chez nous, dans notre contexte.»

    Or c'est précisément ce qu'étudie Reiner Banken à titre de directeur général adjoint au développement et aux partenariats de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention de la santé du Québec. «Il s'agit de l'agence indépendante qui conseille le ministre de la Santé du Québec, précise-t-il. Et nous sommes l'une des quarante agences internationales qui se consacrent à l'évaluation technologique de la santé.»

    Le Dr Banken préside en outre l'organisme Health Technology Assessment International (HTAI), qui regroupe 1100 membres à travers la planète qui sont spécialisés dans l'évaluation technologique de la santé. «L'association rassemble autant les spécialistes universitaires, les décideurs des systèmes de santé et des chercheurs qui travaillent dans les agences d'évaluation comme la nôtre, dit-il. HTAI regroupe aussi les représentants de l'industrie, c'est-à-dire ceux qui habituellement conçoivent les innovations technologiques.»

    L'expérience de quatre systèmes de santé comparables

    Reiner Banken préside en outre le comité organisateur de la 5e rencontre annuelle de HTAI, qui se tient cette année à Montréal. «C'est un concours de circonstances — une coïncidence — si le congrès annuel de l'organisation que je préside se tient au

    Québec, souligne-t-il au passage, mais c'est en même temps une excellente chose!»

    Il faut que toute évaluation technologique de la santé réponde à la question: que devons-nous faire chez nous?, poursuit-il. Évidemment, l'intérêt scientifique et clinique d'une innovation est la même partout. Par conséquent, les données scientifiques, la recherche et les faits rassemblés sont les mêmes partout. C'est pourquoi quantité d'échanges se font entre agences et entre professionnels. «Par contre, vous devez vous demander quel impact aura l'implantation d'une innovation chez vous, dans votre système de santé, enchaîne le Dr Banken. Bien entendu, le contexte américain n'est pas le même qu'ici au Canada ou au Québec. En outre, le ministre doit aussi se demander s'il devrait financer un équipement de haute technologie pour un seul hôpital ou pour plusieurs... Tout dépend du système, des modes de régulation, etc.»

    Dans le cadre de la 5e rencontre annuelle, les participants s'intéresseront tout particulièrement à la comparaison de l'expérience acquise dans quatre pays semblables en matière d'organisation politique: les États-Unis, le Mexique, le Brésil et le Canada. «Il s'agit de quatre régimes fédéraux, mais avec des systèmes de santé fort différents», résume le Dr Banken. Un représentant de chacun des pays décrira son système d'évaluation technologique de la santé ainsi que la façon dont celui-ci se relie aux instances décisionnelles.

    «C'est la première fois qu'un tel exposé sera fait, souligne le

    Dr Banken. De la sorte, on procédera à une vaste réflexion sur la manière dont la fonction d'évaluation technologique de la santé s'intègre au processus décisionnel et à la gouvernance dans quatre systèmes de santé différents.»

    D'autre part, les participants compareront l'évaluation technologique qui se fait dans les hôpitaux en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, «pour voir quelles sont les conditions de mise en oeuvre et comment on appuie les décisions selon des processus qui sont différents.»

    En fait, le Dr Banken observe que, ces dernières années, l'évaluation technologique des innovations médicales est de plus en plus considérée comme un élément important de la gouvernance et du fonctionnement des systèmes de santé. «Or voilà précisément ce dont on parlera lors de la rencontre de Montréal!»

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