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Faire de la technologie une solution

Laurence Martin   5 juillet 2008  Santé
Certaines technologies, comme le scanner, entraînent des coûts très importants. L’acquisition d’un tel appareil peut impliquer des restrictions financières ailleurs dans le réseau hospitalier.
Certaines technologies, comme le scanner, entraînent des coûts très importants. L’acquisition d’un tel appareil peut impliquer des restrictions financières ailleurs dans le réseau hospitalier.
L'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention de la santé du Québec (AETMIS) ne se contente pas seulement d'évaluer la performance des technologies de la santé elles-mêmes. Elle examine aussi leur potentiel concret d'utilisation dans les hôpitaux, les cliniques ou les CLSC. Le Dr Juan Roberto Iglesias, président-directeur général de l'AETMIS, explique la mission de cet organisme.

«Plus que les technologies elles-mêmes, c'est la façon dont elles peuvent être implantées dans notre système de santé québécois qui nous intéresse», explique le Dr Juan Roberto Iglesias, président-directeur général de l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention de la santé du Québec (AETMIS). L'agence, qui célèbre son 20e anniversaire cette année, est l'hôte du cinquième rassemblement d'HTAI.

Réunissant plus de 750 experts nationaux et internationaux, le congrès propose une série de conférences sur le thème «Évaluation des technologies de la santé (ÉTS)» en contexte. Les présentations et sessions plénières traiteront du lien entre l'ÉTS et les établissements médicaux, les professionnels du réseau et même les gouvernements.

La rencontre, qui se déroule pour la première fois au Canada, offre à l'AETMIS un rayonnement incontestable. «C'est l'occasion pour nous de faire connaître les réalisations de l'agence, qui jouit d'une très bonne réputation à l'échelle internationale», explique le Dr Iglesias.

L'ÉTS, une approche récente

C'est au milieu des années 1980 que la Commission d'enquête sur les services de santé et les services sociaux, présidée par Jean Rochon, a proposé la création d'une agence qui conseillerait le ministère en matière d'ÉTS. En 1988, l'AETMIS voit le jour.

Composée de médecins, d'infirmiers, d'ingénieurs et d'experts dans différents domaines scientifiques (biomédical, économie de la santé, etc.), elle emploie l'équivalent de 40 personnes à temps plein pour travailler à la préparation de ses dossiers.

En plus de l'agence, le Québec compte cinq unités d'évaluation régionales, les UETMIS, situées dans les centres hospitaliers universitaires. «Ces unités s'occupent des questions quotidiennes ainsi que des problèmes sur le terrain», précise le Dr Iglesias. Quant aux analyses des médicaments, elles sont prises en charge par un organisme indépendant de l'AETMIS, le Conseil du médicament.

Le rôle de l'AETMIS

Le travail de l'agence demeure toujours en lien direct avec les demandes du réseau de la santé. «Notre mission s'avère ainsi bien différente de celle des chercheurs universitaires qui, dans leur domaine d'expertise, oeuvrent à faire avancer la science, explique le Dr Iglesias. À l'agence, nous nous appuyons sur la littérature scientifique publiée par les chercheurs, mais nous l'analysons en fonction des besoins de notre système de santé pour soumettre ensuite des propositions aux décideurs.»

L'AETMIS ne se contente pas seulement d'évaluer la performance des technologies elles-mêmes. Elle examine aussi leur potentiel concret d'utilisation dans les hôpitaux, les cliniques ou les CLSC. «Nous tenons compte ainsi d'aspects purement scientifiques — la technologie doit évidemment être fiable, sécuritaire et efficace — mais aussi de critères pratiques, comme son coût, le nombre de bénéficiaires dans le réseau et la disponibilité de l'expertise qu'elle requiert», explique le PDG de l'agence.

Ce n'est donc pas parce qu'une technologie est performante en théorie qu'elle est nécessairement appropriée pour un patient. Dans de nombreux cas, l'approche médicale pour laquelle le médecin opte dépend de facteurs aussi anodins que la situation géographique du malade. Le Dr Iglesias cite en exemple le cas d'un patient victime d'un infarctus du myocarde: «Deux méthodes de revascularisation sont pratiquées dans la province: la prise de médicaments dits thrombolitiques ou l'insertion d'un cathéter qui sert à dilater les artères coronaires obstruées (méthode communément appelée ICP).» Même si l'AETMIS a prouvé que, dans des conditions idéales, l'approche par ICP avait légèrement plus de chances de réussir, la prise de médicaments va être privilégiée si le patient n'a pas accès rapidement à un centre de chirurgie cardiaque. «Pour une personne résidant en région éloignée, par exemple, la prise de médicaments se fait presque instantanément, alors que l'ICP peut obliger le malade à attendre quatre ou cinq heures avant de pouvoir rejoindre un hôpital dans une grande ville du Québec.»

La technologie, LA solution ?

La technologie pourrait-elle être LA solution aux problèmes du réseau de la santé? Comme le fait remarquer le Dr Iglesias, il n'existe pas de solution magique aux difficultés que connaît le système à l'heure actuelle. «Mais la technologie s'avère, dans plusieurs cas, un instrument indispensable», ajoute-t-il.

L'apparition des appareils de résonance magnétique à la fin des années 1980, par exemple, a permis une véritable révolution médicale. «Dorénavant, les médecins ont accès à une image de l'intérieur du corps du patient, un outil inestimable pour prononcer un diagnostic.» Pour le PDG de l'AETMIS, les victoires sur les maladies chroniques des dernières décennies sont devenues possibles en grande partie grâce à de nouveaux appareils, notamment dans le domaine de l'imagerie médicale.

L'arrivée de ces technologies engendre toutefois d'autres types de problèmes. Très coûteuses, elles nécessitent des dépenses considérables de la part de l'État. «Il ne faut pas oublier que, pour un nouvel équipement acheté, on perd la possibilité de faire autre chose, explique le Dr Iglesias. Le budget du ministère n'est pas, comme on le sait tous, illimité.» L'acquisition d'un appareil impliquera sans doute des restrictions financières ailleurs dans le réseau ou même dans d'autres secteurs comme l'éducation, la culture, l'environnement.

L'AETMIS accorde ainsi la priorité à l'achat de technologies à la portée sociale considérable. «Les problèmes cardiaques et le cancer occupent une place prépondérante dans les travaux de l'agence, car ils affectent un très grand nombre de Québécois.» Les traitements pour les maladies articulaires ou génétiques ou encore pour les problèmes de santé mentale sont également très en demande.

Pour limiter les dépenses du gouvernement, l'AETMIS recommande aussi de concentrer une technologie de pointe dispendieuse à un seul endroit. «Les appareils de diagnostic du cancer par médecine nucléaire ont ainsi, dans un premier temps, été regroupés dans les grands centres», ajoute-t-il.

***

Collaboratrice du Devoir






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