Évaluation des technologies en santé - L'AETMIS cherche à « éclairer la prise de décisions en santé »
Dans un contexte de développement rapide de nouvelles technologies en santé et d'explosion des coûts, l'idée de créer un organisme chargé d'évaluer ces technologies fait son chemin. En 1988, le gouvernement québécois a mis sur pied le Conseil d'évaluation des technologies de la santé (CETS), transformé en 2000 en Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS). L'organisme souffle cette année ses 20 bougies.
Le dépistage du cancer du sein, l'usage de substances de contraste en imagerie médicale, la télémédecine et l'utilisation des électrochocs sont quelques-uns des sujets sur lesquels l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) ou son prédécesseur, le Conseil d'évaluation des technologies de la santé (CETS), se sont penchés. En 20 ans, l'organisme a produit plus de 110 rapports et notes techniques.
«Le concept d'évaluation des technologies de la santé a émergé vers la fin des années 1970», indique le Dr Renaldo N. Battista, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé. En 1972, le Congrès américain crée l'Office of Technology Assessment (OTA), qui développera ce concept. De nouveaux équipements médicaux coûteux font leur apparition à cette époque.
Le Québec s'intéresse, en particulier à compter de 1987, à l'évaluation des technologies de la santé. Thérèse Lavoie-Roux est à l'époque ministre de la Santé et des Services sociaux, et Paul Lamarche, sous-ministre adjoint. Robert Jacob, qui était analyste au ministère, est alors chargé d'examiner ce qui pourrait être fait pour gérer la technologie de façon plus satisfaisante.
Un terrain d'entente
«Les technologies de la santé constituaient un sujet conflictuel», affirme M. Jacob. D'un côté, les professionnels de la santé disaient avoir besoin de ces nouvelles technologies pour offrir des services de qualité et réclamaient des fonds pour leur acquisition. De l'autre, le ministère de la Santé devait composer avec un budget limité. «L'évaluation était vue comme un terrain d'entente, dit M. Jacob. Plutôt que de dire oui à toute technologie parce que c'est le progrès, ou encore non à toute technologie parce qu'il n'y a pas d'argent, l'idée était de créer une structure pouvant évaluer les bénéfices pour la santé d'une technologie et ses coûts, pour essayer d'investir l'argent disponible dans les technologies les plus bénéfiques sur le plan de la santé.» Des enjeux éthiques ou juridiques pouvaient également être examinés.
La Commission d'enquête sur les services de santé et les services sociaux, présidée par Jean Rochon, s'était par ailleurs penchée sur le développement rapide des technologies et avait recommandé elle aussi qu'un organisme soit chargé de les évaluer.
En 1988, le gouvernement crée le Conseil d'évaluation des technologies de la santé (CETS), pour une période de quatre ans. Le Québec est la première province canadienne, et l'une des premières sociétés occidentales, à se doter d'un tel organisme. Le Dr Maurice McGregor devint le premier président du conseil d'administration du CETS.
Le CETS reçoit un mandat en deux volets. Le premier, tourné vers la population, les professionnels de la santé et les gestionnaires des services de santé, consiste à promouvoir l'évaluation des technologies de la santé, à en diffuser les résultats et à favoriser leur prise en compte dans les décisions. Le CETS a d'autre part pour mission de transmettre au ministre de la Santé des avis fondés sur des évaluations. Il ne s'agissait pas pour le CETS de prendre des décisions, précise le Dr McGregor, actuellement président de l'Unité d'évaluation des technologies du Centre universitaire de santé McGill. Si les décideurs choisissent de ne pas mettre en oeuvre des recommandations basées sur des évaluations, ils ont toutefois jusqu'à un certain point la responsabilité d'en expliquer les raisons, estime-t-il.
Premiers travaux
En 1990, le CETS produit un rapport sur le dépistage du cancer du sein. Il estime que la mise en place d'un programme de dépistage systématique pour les femmes âgées de 50 à 69 ans permettrait de diminuer d'environ 20 % le taux de mortalité du cancer du sein. Le Québec a lancé en 1998 un programme de dépistage. En janvier 1991, le CETS dépose un rapport d'évaluation sur les opacifiants, des produits de contraste utilisés en imagerie médicale. De nouveaux opacifiants produisaient moins de réactions indésirables que les anciens, mais ils étaient beaucoup plus coûteux. Le CETS estime qu'on pourrait adopter une politique d'accès sélectif et limité aux nouveaux opacifiants, tout en respectant les exigences juridiques et les impératifs moraux.
La firme Price Waterhouse fait en 1991 une évaluation, positive, des travaux du CETS. Le gouvernement renouvelle son mandat l'année suivante, sans limite de temps. En 1994, le Dr Renaldo N. Battista succède au Dr McGregor. Le CETS examine notamment en 1995 les avantages, les effets indésirables et les coûts du dépistage du cancer de la prostate. Le traitement chirurgical de l'obésité morbide et la télémédecine sont deux sujets dont il traite en 1998.
Un mandat élargi
En 2000, l'organisme obtient un mandat élargi et prend ainsi le nom d'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé. «Cette transformation était le résultat d'une évolution du concept d'évaluation, du Conseil d'évaluation, et, peut-être à plus forte raison encore, de l'importance perçue de l'évaluation des technologies pour la prise de décisions dans le système de santé québécois», dit le Dr Battista, actuellement directeur du département d'administration de la santé à l'Université de Montréal.
L'AETMIS produit en 2002 un rapport sur l'utilisation des électrochocs. Elle reconnaît leur efficacité dans certains cas, en particulier pour des formes de dépression résistant aux médicaments et à la psychothérapie. Leur utilisation n'est toutefois pas sans risques, indique-t-elle. L'AETMIS recommande de mieux encadrer le recours aux électrochocs et de poursuivre les recherches sur ce sujet.
En 2004, le Dr Luc Deschênes devient président-directeur général de l'AETMIS. «J'ai beaucoup insisté sur la mission d'aide à la prise de décisions», dit le chirurgien, qui avait été sous-ministre adjoint. L'AETMIS présente en 2005 un rapport sur les soins préhospitaliers d'urgence et recommande une «introduction prudente et progressive des soins avancés dispensés par des techniciens ambulanciers au Québec», privilégiant les traitements de la détresse respiratoire, des douleurs thoraciques et de l'arrêt cardiorespiratoire.
En 2006, l'AETMIS organise un colloque sur l'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé dans les centres hospitaliers universitaires. La même année, le Dr Juan Roberto Iglesias succède au Dr Deschênes.
Le gouvernement annonce en mars dernier, à la suite du rapport Castonguay, son intention de créer l'Institut national d'excellence en santé, qui doit naître de la fusion de l'AETMIS et du Conseil du médicament. La responsabilité de l'évaluation est actuellement partagée entre les deux organismes. «Leur intégration au sein du nouvel institut contribuera à renforcer l'influence de la pratique évaluative dans la prise de décisions en santé au Québec», estime l'AETMIS.
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Collaboratrice du Devoir
Le dépistage du cancer du sein, l'usage de substances de contraste en imagerie médicale, la télémédecine et l'utilisation des électrochocs sont quelques-uns des sujets sur lesquels l'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé (AETMIS) ou son prédécesseur, le Conseil d'évaluation des technologies de la santé (CETS), se sont penchés. En 20 ans, l'organisme a produit plus de 110 rapports et notes techniques.
«Le concept d'évaluation des technologies de la santé a émergé vers la fin des années 1970», indique le Dr Renaldo N. Battista, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé. En 1972, le Congrès américain crée l'Office of Technology Assessment (OTA), qui développera ce concept. De nouveaux équipements médicaux coûteux font leur apparition à cette époque.
Le Québec s'intéresse, en particulier à compter de 1987, à l'évaluation des technologies de la santé. Thérèse Lavoie-Roux est à l'époque ministre de la Santé et des Services sociaux, et Paul Lamarche, sous-ministre adjoint. Robert Jacob, qui était analyste au ministère, est alors chargé d'examiner ce qui pourrait être fait pour gérer la technologie de façon plus satisfaisante.
Un terrain d'entente
«Les technologies de la santé constituaient un sujet conflictuel», affirme M. Jacob. D'un côté, les professionnels de la santé disaient avoir besoin de ces nouvelles technologies pour offrir des services de qualité et réclamaient des fonds pour leur acquisition. De l'autre, le ministère de la Santé devait composer avec un budget limité. «L'évaluation était vue comme un terrain d'entente, dit M. Jacob. Plutôt que de dire oui à toute technologie parce que c'est le progrès, ou encore non à toute technologie parce qu'il n'y a pas d'argent, l'idée était de créer une structure pouvant évaluer les bénéfices pour la santé d'une technologie et ses coûts, pour essayer d'investir l'argent disponible dans les technologies les plus bénéfiques sur le plan de la santé.» Des enjeux éthiques ou juridiques pouvaient également être examinés.
La Commission d'enquête sur les services de santé et les services sociaux, présidée par Jean Rochon, s'était par ailleurs penchée sur le développement rapide des technologies et avait recommandé elle aussi qu'un organisme soit chargé de les évaluer.
En 1988, le gouvernement crée le Conseil d'évaluation des technologies de la santé (CETS), pour une période de quatre ans. Le Québec est la première province canadienne, et l'une des premières sociétés occidentales, à se doter d'un tel organisme. Le Dr Maurice McGregor devint le premier président du conseil d'administration du CETS.
Le CETS reçoit un mandat en deux volets. Le premier, tourné vers la population, les professionnels de la santé et les gestionnaires des services de santé, consiste à promouvoir l'évaluation des technologies de la santé, à en diffuser les résultats et à favoriser leur prise en compte dans les décisions. Le CETS a d'autre part pour mission de transmettre au ministre de la Santé des avis fondés sur des évaluations. Il ne s'agissait pas pour le CETS de prendre des décisions, précise le Dr McGregor, actuellement président de l'Unité d'évaluation des technologies du Centre universitaire de santé McGill. Si les décideurs choisissent de ne pas mettre en oeuvre des recommandations basées sur des évaluations, ils ont toutefois jusqu'à un certain point la responsabilité d'en expliquer les raisons, estime-t-il.
Premiers travaux
En 1990, le CETS produit un rapport sur le dépistage du cancer du sein. Il estime que la mise en place d'un programme de dépistage systématique pour les femmes âgées de 50 à 69 ans permettrait de diminuer d'environ 20 % le taux de mortalité du cancer du sein. Le Québec a lancé en 1998 un programme de dépistage. En janvier 1991, le CETS dépose un rapport d'évaluation sur les opacifiants, des produits de contraste utilisés en imagerie médicale. De nouveaux opacifiants produisaient moins de réactions indésirables que les anciens, mais ils étaient beaucoup plus coûteux. Le CETS estime qu'on pourrait adopter une politique d'accès sélectif et limité aux nouveaux opacifiants, tout en respectant les exigences juridiques et les impératifs moraux.
La firme Price Waterhouse fait en 1991 une évaluation, positive, des travaux du CETS. Le gouvernement renouvelle son mandat l'année suivante, sans limite de temps. En 1994, le Dr Renaldo N. Battista succède au Dr McGregor. Le CETS examine notamment en 1995 les avantages, les effets indésirables et les coûts du dépistage du cancer de la prostate. Le traitement chirurgical de l'obésité morbide et la télémédecine sont deux sujets dont il traite en 1998.
Un mandat élargi
En 2000, l'organisme obtient un mandat élargi et prend ainsi le nom d'Agence d'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé. «Cette transformation était le résultat d'une évolution du concept d'évaluation, du Conseil d'évaluation, et, peut-être à plus forte raison encore, de l'importance perçue de l'évaluation des technologies pour la prise de décisions dans le système de santé québécois», dit le Dr Battista, actuellement directeur du département d'administration de la santé à l'Université de Montréal.
L'AETMIS produit en 2002 un rapport sur l'utilisation des électrochocs. Elle reconnaît leur efficacité dans certains cas, en particulier pour des formes de dépression résistant aux médicaments et à la psychothérapie. Leur utilisation n'est toutefois pas sans risques, indique-t-elle. L'AETMIS recommande de mieux encadrer le recours aux électrochocs et de poursuivre les recherches sur ce sujet.
En 2004, le Dr Luc Deschênes devient président-directeur général de l'AETMIS. «J'ai beaucoup insisté sur la mission d'aide à la prise de décisions», dit le chirurgien, qui avait été sous-ministre adjoint. L'AETMIS présente en 2005 un rapport sur les soins préhospitaliers d'urgence et recommande une «introduction prudente et progressive des soins avancés dispensés par des techniciens ambulanciers au Québec», privilégiant les traitements de la détresse respiratoire, des douleurs thoraciques et de l'arrêt cardiorespiratoire.
En 2006, l'AETMIS organise un colloque sur l'évaluation des technologies et des modes d'intervention en santé dans les centres hospitaliers universitaires. La même année, le Dr Juan Roberto Iglesias succède au Dr Deschênes.
Le gouvernement annonce en mars dernier, à la suite du rapport Castonguay, son intention de créer l'Institut national d'excellence en santé, qui doit naître de la fusion de l'AETMIS et du Conseil du médicament. La responsabilité de l'évaluation est actuellement partagée entre les deux organismes. «Leur intégration au sein du nouvel institut contribuera à renforcer l'influence de la pratique évaluative dans la prise de décisions en santé au Québec», estime l'AETMIS.
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Collaboratrice du Devoir
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