Un puissant souffle
Frêle et robuste à la fois, roseau et roc terrés sous le même petit bout de femme, Diane Hébert n'est plus. La force de son souffle, qui la porta dans nombre de luttes, survit malgré elle.
On la disait infatigable. Une véritable battante qui brava les pronostics de malheur, faisant mentir au passage quelques sarraus blancs. Lorsque les médecins constatent, impuissants, les ravages causés chez elle par une embolie pulmonaire, on lui prédit une fin imminente.
C'était mal connaître la pugnace Diane, qui gagna un combat décisif en novembre 1985 en devenant la première Québécoise à se voir greffer un coeur et des poumons. Cette victoire personnelle allait consacrer un avenir voué à gagner des batailles pour la santé des autres. On lui avait promis deux ans d'horizon au lendemain de sa greffe; elle croqua 20 ans de plus.
«Si je sors d'ici vivante, je vais donner ma vie aux malades», avait-elle affirmé avant de passer sous le bistouri. Vaincue par ses faiblesses — elle est décédée des suites d'une infection pulmonaire —, elle laisse un inestimable legs tant elle a fait pour la cause des greffés.
Quelques mois à peine après s'être remise de sa propre greffe, elle concrétise son serment: pétition en main, elle propose au ministre de la Santé de faire de la carte d'assurance maladie le passeport vers le don d'organes. Diane Hébert convainc Québec qu'une simple signature sur la carte soleil peut devenir le don de vie qu'espèrent encore chaque année des centaines de Québécois en attente d'une greffe salvatrice. Figure emblématique et diligente utilisatrice des médias, elle remporte cette manche, dont on goûtera longtemps les effets salutaires.
Des ministres ont eu maille à partir avec cette admirable entêtée: qu'on pense seulement à Jean Rochon qui, au milieu des années 1990, proposa qu'on fasse de Québec, plutôt que Montréal, le centre officiel du programme de greffes. Mal lui en prit: c'est une Diane Hébert indignée qui affronta le choix politique du ministre, faisant valoir le bien-être de «ses» greffés, dont les trois quarts, ainsi que les donneurs, étaient plus près de la métropole. Elle eut gain de cause.
Au-delà de ces luttes à grand déploiement, et de la Fondation Diane-Hébert qui constitue un précieux patrimoine, elle mena nombre de combats de l'ombre, toujours au bénéfice de patients espérant ce second souffle auquel elle eut droit.
Sa force de caractère et son courage, son désir de vivre et sa persévérance infatigable font de Diane Hébert une ambassadrice du don d'organes qui ne mourra jamais. Chapeau bas à une grande dame.
***
machouinard@ledevoir.com
On la disait infatigable. Une véritable battante qui brava les pronostics de malheur, faisant mentir au passage quelques sarraus blancs. Lorsque les médecins constatent, impuissants, les ravages causés chez elle par une embolie pulmonaire, on lui prédit une fin imminente.
C'était mal connaître la pugnace Diane, qui gagna un combat décisif en novembre 1985 en devenant la première Québécoise à se voir greffer un coeur et des poumons. Cette victoire personnelle allait consacrer un avenir voué à gagner des batailles pour la santé des autres. On lui avait promis deux ans d'horizon au lendemain de sa greffe; elle croqua 20 ans de plus.
«Si je sors d'ici vivante, je vais donner ma vie aux malades», avait-elle affirmé avant de passer sous le bistouri. Vaincue par ses faiblesses — elle est décédée des suites d'une infection pulmonaire —, elle laisse un inestimable legs tant elle a fait pour la cause des greffés.
Quelques mois à peine après s'être remise de sa propre greffe, elle concrétise son serment: pétition en main, elle propose au ministre de la Santé de faire de la carte d'assurance maladie le passeport vers le don d'organes. Diane Hébert convainc Québec qu'une simple signature sur la carte soleil peut devenir le don de vie qu'espèrent encore chaque année des centaines de Québécois en attente d'une greffe salvatrice. Figure emblématique et diligente utilisatrice des médias, elle remporte cette manche, dont on goûtera longtemps les effets salutaires.
Des ministres ont eu maille à partir avec cette admirable entêtée: qu'on pense seulement à Jean Rochon qui, au milieu des années 1990, proposa qu'on fasse de Québec, plutôt que Montréal, le centre officiel du programme de greffes. Mal lui en prit: c'est une Diane Hébert indignée qui affronta le choix politique du ministre, faisant valoir le bien-être de «ses» greffés, dont les trois quarts, ainsi que les donneurs, étaient plus près de la métropole. Elle eut gain de cause.
Au-delà de ces luttes à grand déploiement, et de la Fondation Diane-Hébert qui constitue un précieux patrimoine, elle mena nombre de combats de l'ombre, toujours au bénéfice de patients espérant ce second souffle auquel elle eut droit.
Sa force de caractère et son courage, son désir de vivre et sa persévérance infatigable font de Diane Hébert une ambassadrice du don d'organes qui ne mourra jamais. Chapeau bas à une grande dame.
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