Québec pourrait destituer le d.g. du CHUM
Le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc, envisage de destituer le directeur général du CHUM si la gestion de l'établissement et du projet de construction du futur hôpital et de son centre de recherche n'est pas rapidement redressée.
Pour son premier dossier controversé, le ministre Bolduc avait envoyé hier son attachée de presse au front. En réaction aux révélations du Devoir selon lesquelles la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) a rejeté la demande de financement du CHUM à cause des problèmes de gestion, le message porté par Marie-Ève Bédard était clair.
«Il faudra que ça change. [...] La destitution, c'est une chose qui pourrait être envisagée, mais ça ne va pas se faire avant qu'il y ait eu des rencontres et des discussions avec les dirigeants et le conseil d'administration, notamment», a affirmé Mme Bédard.
Cette dernière a souligné que le ministre Bolduc a prévu rencontrer dès la semaine prochaine le directeur général du CHUM, Denis Roy. Elle a également précisé que la gestion du centre de recherche, avec les travaux de haut calibre qui y sont faits, ainsi que les chercheurs qui s'y trouvent ne sont pas visés.
«Quand on regarde la gestion plus globale du CHUM, il n'y a pas de raison pour que le CHUM n'arrive pas à atteindre les mêmes résultats que les autres établissements. Le ministre Bolduc a dit, dès son arrivée, qu'une de ses priorités était le CHUM, dont il veut revoir la gestion. On ne peut pas s'expliquer les problèmes d'accessibilité aux soins, de rétention de personnel ou tout autre indicateur», a précisé Marie-Ève Bédard.
Au cours des dernières années, le CHUM a souvent fait face à un manque d'effectifs médicaux mettant en péril le service des urgences de l'hôpital. C'est là l'un des problèmes récurrents auxquels est confrontée la direction du CHUM. Par ailleurs, la gestion du projet du futur CHUM fait aussi vraisemblablement problème.
Ainsi, le CHUM souhaitait obtenir de la FCI une aide de 280 millions pour la construction de la première phase de son projet, soit le centre de recherche. La somme demandée aurait été versée par le gouvernement fédéral à hauteur de 112 millions, par Québec pour 112 millions ainsi que par des partenaires privés (Fondation du CHUM, par exemple) pour 56 millions. Mais le 17 juin dernier, le conseil d'administration de la FCI a dit non au projet, soulignant que le CHUM «remplit partiellement ses objectifs» de gestion.
Par contre, le Centre universitaire de santé McGill, le pendant anglophone du CHUM, recevra, lui, un soutien de 250 millions (100 millions du fédéral, 100 millions du provincial et 50 millions du privé). L'annonce officielle doit être faite dans les prochains jours.
Le directeur général du CHUM, Denis Roy, et le directeur du centre de recherche, Jacques Turgeon, se sont dits hier «profondément déçus» de cette décision. Les deux hommes assurent avoir présenté une excellente proposition, revue par l'Université de Montréal, les experts du Fonds de la recherche en santé du Québec ainsi que les ministères de la Santé et du Développement économique.
«Je ne comprends pas. Mais ce que je sais, c'est que la FCI avait 425 millions à distribuer au Canada et que cette somme est attribuée en fonction du poids démographique de la province. [...] En principe, ses décisions ne sont pas affectées par la politique, mais la FCI a été créée à bout de bras de la politique», a affirmé M. Roy.
C'est dans le cadre de l'accord sur la santé intervenu entre Ottawa et les provinces en 2003 que le gouvernement fédéral a alloué des fonds à la FCI pour financer des installations de recherche à la fine pointe du progrès. Le programme dédié aux projets institutionnels à grande échelle n'est toutefois pas récurrent, ce qui implique que le CHUM devra trouver d'autres voies pour financer son centre de recherche.
Concrètement, la décision de la FCI crée un manque à gagner de 100 millions pour la construction du centre de recherche du CHUM, a-t-on précisé au cabinet du ministre Bolduc. Du même souffle, on assure que la situation ne remet pas en question la réalisation du centre de recherche et que les fonds du gouvernement québécois sont garantis.
La décision de la FCI apparaît tout de même comme un obstacle de plus dans le dossier tumultueux du CHUM. En plus des délais et du budget qui n'est toujours pas cadenassé, la direction du CHUM a dû revoir l'emplacement même de l'édifice, qui empiétait sur une petite place publique dédiée au patriote Chénier, au cours des derniers mois. Et c'est sans compter que l'aile sud de l'hôpital Saint-Luc devra être démolie compte tenu de sa vétusté.
Le CHUM est maître d'oeuvre du chantier, mais la surveillance des coûts est assumée par le directeur exécutif, Clermont Gignac. Toutefois, le dossier relève également de l'Agence des partenariats public-privé, dont le consultant Pierre Lortie, un ami proche de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, est aussi étroitement associé à la gestion du projet.
Denis Roy a parlé hier au sous-ministre de la Santé, mais les problèmes de gestion du CHUM n'ont pas été abordés, selon M. Roy. Il a plutôt été question de l'importance de réclamer la participation financière de 100 millions du gouvernement fédéral, comme promis depuis 2004 pour chacun des projets des hôpitaux. La part du CUSM est assurée, mais pas celle du CHUM.
Denis Roy s'étonne du «jugement de valeur» de la FCI sur la gestion du CHUM alors qu'aucune vérification n'a été effectuée, a-t-il dit. «Ces gens-là ne connaissent pas la gestion du CHUM», a laissé tomber M. Roy. Quant à la structure de gestion à plusieurs têtes, le directeur général du CHUM n'y voit aucun problème, affirmant même que la présence de M. Gignac «a fait avancer le projet de façon ordonnée».
Les réactions politiques n'ont pas tardé devant la nouvelle tuile qui tombe sur le CHUM, alors que le CUSM met la main sur une somme de 250 millions. Pour l'Action démocratique du Québec, la situation actuelle est le résultat prévisible d'une mauvaise gestion du projet. «C'est le festival du cafouillage dans le dossier du CHUM», a déclaré le député Éric Caire, porte-parole en matière de santé pour l'ADQ, qui a réclamé un plan de redressement.
Le député du Parti québécois, Bernard Drainville, a dit craindre que «les contribuables québécois casquent pour ça». «C'est le projet de la communauté anglophone qui obtient l'aide du fédéral. Tant mieux pour elle. Mais ce n'est pas aux patients francophones de faire les frais de la mauvaise gestion de ce projet-là», a soutenu M. Drainville, qui ne remet pas en question l'idée d'avoir deux centres universitaires.
Selon lui, la situation actuelle soulève également des questions sur la formule de partenariat public-privé retenue par Québec pour la réalisation des deux mégahôpitaux. «Ce que le mode PPP semble livrer jusqu'à présent, c'est une très mauvaise gestion et non une gestion rigoureuse», a souligné le député péquiste, pour qui la nouvelle du Devoir «colore» la démission de Philippe Couillard mercredi dernier. «Elle fournit peut-être une partie de l'explication du départ de M. Couillard», a-t-il laissé tomber.
Pour son premier dossier controversé, le ministre Bolduc avait envoyé hier son attachée de presse au front. En réaction aux révélations du Devoir selon lesquelles la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) a rejeté la demande de financement du CHUM à cause des problèmes de gestion, le message porté par Marie-Ève Bédard était clair.
«Il faudra que ça change. [...] La destitution, c'est une chose qui pourrait être envisagée, mais ça ne va pas se faire avant qu'il y ait eu des rencontres et des discussions avec les dirigeants et le conseil d'administration, notamment», a affirmé Mme Bédard.
Cette dernière a souligné que le ministre Bolduc a prévu rencontrer dès la semaine prochaine le directeur général du CHUM, Denis Roy. Elle a également précisé que la gestion du centre de recherche, avec les travaux de haut calibre qui y sont faits, ainsi que les chercheurs qui s'y trouvent ne sont pas visés.
«Quand on regarde la gestion plus globale du CHUM, il n'y a pas de raison pour que le CHUM n'arrive pas à atteindre les mêmes résultats que les autres établissements. Le ministre Bolduc a dit, dès son arrivée, qu'une de ses priorités était le CHUM, dont il veut revoir la gestion. On ne peut pas s'expliquer les problèmes d'accessibilité aux soins, de rétention de personnel ou tout autre indicateur», a précisé Marie-Ève Bédard.
Au cours des dernières années, le CHUM a souvent fait face à un manque d'effectifs médicaux mettant en péril le service des urgences de l'hôpital. C'est là l'un des problèmes récurrents auxquels est confrontée la direction du CHUM. Par ailleurs, la gestion du projet du futur CHUM fait aussi vraisemblablement problème.
Ainsi, le CHUM souhaitait obtenir de la FCI une aide de 280 millions pour la construction de la première phase de son projet, soit le centre de recherche. La somme demandée aurait été versée par le gouvernement fédéral à hauteur de 112 millions, par Québec pour 112 millions ainsi que par des partenaires privés (Fondation du CHUM, par exemple) pour 56 millions. Mais le 17 juin dernier, le conseil d'administration de la FCI a dit non au projet, soulignant que le CHUM «remplit partiellement ses objectifs» de gestion.
Par contre, le Centre universitaire de santé McGill, le pendant anglophone du CHUM, recevra, lui, un soutien de 250 millions (100 millions du fédéral, 100 millions du provincial et 50 millions du privé). L'annonce officielle doit être faite dans les prochains jours.
Le directeur général du CHUM, Denis Roy, et le directeur du centre de recherche, Jacques Turgeon, se sont dits hier «profondément déçus» de cette décision. Les deux hommes assurent avoir présenté une excellente proposition, revue par l'Université de Montréal, les experts du Fonds de la recherche en santé du Québec ainsi que les ministères de la Santé et du Développement économique.
«Je ne comprends pas. Mais ce que je sais, c'est que la FCI avait 425 millions à distribuer au Canada et que cette somme est attribuée en fonction du poids démographique de la province. [...] En principe, ses décisions ne sont pas affectées par la politique, mais la FCI a été créée à bout de bras de la politique», a affirmé M. Roy.
C'est dans le cadre de l'accord sur la santé intervenu entre Ottawa et les provinces en 2003 que le gouvernement fédéral a alloué des fonds à la FCI pour financer des installations de recherche à la fine pointe du progrès. Le programme dédié aux projets institutionnels à grande échelle n'est toutefois pas récurrent, ce qui implique que le CHUM devra trouver d'autres voies pour financer son centre de recherche.
Concrètement, la décision de la FCI crée un manque à gagner de 100 millions pour la construction du centre de recherche du CHUM, a-t-on précisé au cabinet du ministre Bolduc. Du même souffle, on assure que la situation ne remet pas en question la réalisation du centre de recherche et que les fonds du gouvernement québécois sont garantis.
La décision de la FCI apparaît tout de même comme un obstacle de plus dans le dossier tumultueux du CHUM. En plus des délais et du budget qui n'est toujours pas cadenassé, la direction du CHUM a dû revoir l'emplacement même de l'édifice, qui empiétait sur une petite place publique dédiée au patriote Chénier, au cours des derniers mois. Et c'est sans compter que l'aile sud de l'hôpital Saint-Luc devra être démolie compte tenu de sa vétusté.
Le CHUM est maître d'oeuvre du chantier, mais la surveillance des coûts est assumée par le directeur exécutif, Clermont Gignac. Toutefois, le dossier relève également de l'Agence des partenariats public-privé, dont le consultant Pierre Lortie, un ami proche de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, est aussi étroitement associé à la gestion du projet.
Denis Roy a parlé hier au sous-ministre de la Santé, mais les problèmes de gestion du CHUM n'ont pas été abordés, selon M. Roy. Il a plutôt été question de l'importance de réclamer la participation financière de 100 millions du gouvernement fédéral, comme promis depuis 2004 pour chacun des projets des hôpitaux. La part du CUSM est assurée, mais pas celle du CHUM.
Denis Roy s'étonne du «jugement de valeur» de la FCI sur la gestion du CHUM alors qu'aucune vérification n'a été effectuée, a-t-il dit. «Ces gens-là ne connaissent pas la gestion du CHUM», a laissé tomber M. Roy. Quant à la structure de gestion à plusieurs têtes, le directeur général du CHUM n'y voit aucun problème, affirmant même que la présence de M. Gignac «a fait avancer le projet de façon ordonnée».
Les réactions politiques n'ont pas tardé devant la nouvelle tuile qui tombe sur le CHUM, alors que le CUSM met la main sur une somme de 250 millions. Pour l'Action démocratique du Québec, la situation actuelle est le résultat prévisible d'une mauvaise gestion du projet. «C'est le festival du cafouillage dans le dossier du CHUM», a déclaré le député Éric Caire, porte-parole en matière de santé pour l'ADQ, qui a réclamé un plan de redressement.
Le député du Parti québécois, Bernard Drainville, a dit craindre que «les contribuables québécois casquent pour ça». «C'est le projet de la communauté anglophone qui obtient l'aide du fédéral. Tant mieux pour elle. Mais ce n'est pas aux patients francophones de faire les frais de la mauvaise gestion de ce projet-là», a soutenu M. Drainville, qui ne remet pas en question l'idée d'avoir deux centres universitaires.
Selon lui, la situation actuelle soulève également des questions sur la formule de partenariat public-privé retenue par Québec pour la réalisation des deux mégahôpitaux. «Ce que le mode PPP semble livrer jusqu'à présent, c'est une très mauvaise gestion et non une gestion rigoureuse», a souligné le député péquiste, pour qui la nouvelle du Devoir «colore» la démission de Philippe Couillard mercredi dernier. «Elle fournit peut-être une partie de l'explication du départ de M. Couillard», a-t-il laissé tomber.
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