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Québec pourrait destituer le d.g. du CHUM

Kathleen Lévesque   28 juin 2008  Santé
Le nouveau ministre de la Santé, Yves Bolduc, envisage de destituer le directeur général du CHUM si la gestion de l'établissement et du projet de construction du futur hôpital et de son centre de recherche n'est pas rapidement redressée.

Pour son premier dossier controversé, le ministre Bolduc avait envoyé hier son attachée de presse au front. En réaction aux révélations du Devoir selon lesquelles la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) a rejeté la demande de financement du CHUM à cause des problèmes de gestion, le message porté par Marie-Ève Bédard était clair.

«Il faudra que ça change. [...] La destitution, c'est une chose qui pourrait être envisagée, mais ça ne va pas se faire avant qu'il y ait eu des rencontres et des discussions avec les dirigeants et le conseil d'administration, notamment», a affirmé Mme Bédard.

Cette dernière a souligné que le ministre Bolduc a prévu rencontrer dès la semaine prochaine le directeur général du CHUM, Denis Roy. Elle a également précisé que la gestion du centre de recherche, avec les travaux de haut calibre qui y sont faits, ainsi que les chercheurs qui s'y trouvent ne sont pas visés.

«Quand on regarde la gestion plus globale du CHUM, il n'y a pas de raison pour que le CHUM n'arrive pas à atteindre les mêmes résultats que les autres établissements. Le ministre Bolduc a dit, dès son arrivée, qu'une de ses priorités était le CHUM, dont il veut revoir la gestion. On ne peut pas s'expliquer les problèmes d'accessibilité aux soins, de rétention de personnel ou tout autre indicateur», a précisé Marie-Ève Bédard.

Au cours des dernières années, le CHUM a souvent fait face à un manque d'effectifs médicaux mettant en péril le service des urgences de l'hôpital. C'est là l'un des problèmes récurrents auxquels est confrontée la direction du CHUM. Par ailleurs, la gestion du projet du futur CHUM fait aussi vraisemblablement problème.

Ainsi, le CHUM souhaitait obtenir de la FCI une aide de 280 millions pour la construction de la première phase de son projet, soit le centre de recherche. La somme demandée aurait été versée par le gouvernement fédéral à hauteur de 112 millions, par Québec pour 112 millions ainsi que par des partenaires privés (Fondation du CHUM, par exemple) pour 56 millions. Mais le 17 juin dernier, le conseil d'administration de la FCI a dit non au projet, soulignant que le CHUM «remplit partiellement ses objectifs» de gestion.

Par contre, le Centre universitaire de santé McGill, le pendant anglophone du CHUM, recevra, lui, un soutien de 250 millions (100 millions du fédéral, 100 millions du provincial et 50 millions du privé). L'annonce officielle doit être faite dans les prochains jours.

Le directeur général du CHUM, Denis Roy, et le directeur du centre de recherche, Jacques Turgeon, se sont dits hier «profondément déçus» de cette décision. Les deux hommes assurent avoir présenté une excellente proposition, revue par l'Université de Montréal, les experts du Fonds de la recherche en santé du Québec ainsi que les ministères de la Santé et du Développement économique.

«Je ne comprends pas. Mais ce que je sais, c'est que la FCI avait 425 millions à distribuer au Canada et que cette somme est attribuée en fonction du poids démographique de la province. [...] En principe, ses décisions ne sont pas affectées par la politique, mais la FCI a été créée à bout de bras de la politique», a affirmé M. Roy.

C'est dans le cadre de l'accord sur la santé intervenu entre Ottawa et les provinces en 2003 que le gouvernement fédéral a alloué des fonds à la FCI pour financer des installations de recherche à la fine pointe du progrès. Le programme dédié aux projets institutionnels à grande échelle n'est toutefois pas récurrent, ce qui implique que le CHUM devra trouver d'autres voies pour financer son centre de recherche.

Concrètement, la décision de la FCI crée un manque à gagner de 100 millions pour la construction du centre de recherche du CHUM, a-t-on précisé au cabinet du ministre Bolduc. Du même souffle, on assure que la situation ne remet pas en question la réalisation du centre de recherche et que les fonds du gouvernement québécois sont garantis.

La décision de la FCI apparaît tout de même comme un obstacle de plus dans le dossier tumultueux du CHUM. En plus des délais et du budget qui n'est toujours pas cadenassé, la direction du CHUM a dû revoir l'emplacement même de l'édifice, qui empiétait sur une petite place publique dédiée au patriote Chénier, au cours des derniers mois. Et c'est sans compter que l'aile sud de l'hôpital Saint-Luc devra être démolie compte tenu de sa vétusté.

Le CHUM est maître d'oeuvre du chantier, mais la surveillance des coûts est assumée par le directeur exécutif, Clermont Gignac. Toutefois, le dossier relève également de l'Agence des partenariats public-privé, dont le consultant Pierre Lortie, un ami proche de la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, est aussi étroitement associé à la gestion du projet.

Denis Roy a parlé hier au sous-ministre de la Santé, mais les problèmes de gestion du CHUM n'ont pas été abordés, selon M. Roy. Il a plutôt été question de l'importance de réclamer la participation financière de 100 millions du gouvernement fédéral, comme promis depuis 2004 pour chacun des projets des hôpitaux. La part du CUSM est assurée, mais pas celle du CHUM.

Denis Roy s'étonne du «jugement de valeur» de la FCI sur la gestion du CHUM alors qu'aucune vérification n'a été effectuée, a-t-il dit. «Ces gens-là ne connaissent pas la gestion du CHUM», a laissé tomber M. Roy. Quant à la structure de gestion à plusieurs têtes, le directeur général du CHUM n'y voit aucun problème, affirmant même que la présence de M. Gignac «a fait avancer le projet de façon ordonnée».

Les réactions politiques n'ont pas tardé devant la nouvelle tuile qui tombe sur le CHUM, alors que le CUSM met la main sur une somme de 250 millions. Pour l'Action démocratique du Québec, la situation actuelle est le résultat prévisible d'une mauvaise gestion du projet. «C'est le festival du cafouillage dans le dossier du CHUM», a déclaré le député Éric Caire, porte-parole en matière de santé pour l'ADQ, qui a réclamé un plan de redressement.

Le député du Parti québécois, Bernard Drainville, a dit craindre que «les contribuables québécois casquent pour ça». «C'est le projet de la communauté anglophone qui obtient l'aide du fédéral. Tant mieux pour elle. Mais ce n'est pas aux patients francophones de faire les frais de la mauvaise gestion de ce projet-là», a soutenu M. Drainville, qui ne remet pas en question l'idée d'avoir deux centres universitaires.

Selon lui, la situation actuelle soulève également des questions sur la formule de partenariat public-privé retenue par Québec pour la réalisation des deux mégahôpitaux. «Ce que le mode PPP semble livrer jusqu'à présent, c'est une très mauvaise gestion et non une gestion rigoureuse», a souligné le député péquiste, pour qui la nouvelle du Devoir «colore» la démission de Philippe Couillard mercredi dernier. «Elle fournit peut-être une partie de l'explication du départ de M. Couillard», a-t-il laissé tomber.
 
 
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  • Etienne Merven
    Inscrit
    samedi 28 juin 2008 09h14
    Et pourquoi pas?
    Vu l'ampleur du gâchis et des dégâts, pourquoi les « grosses têtes » du CHUM ne vont-elles pas demander conseil à celles du CUSM qui, lui, fonctionne bien et, surtout, avance?
    Y a des fois où il faut savoir faire preuve d'humilité et reconnaître ses lacunes et son incompétence!

  • Dominic Pageau
    Abonné
    samedi 28 juin 2008 10h11
    À mort les CHUM
    En aucun cas au Québec, on a de besoin d'un méga projet comme le CHUM. On est pas en pénurie de béton à Québec, mais d'infirmières et de docteurs.

    Un méga hopital, pire deux mégas hopitaux, ça signifie méga probleme, pour à peu près aucun avantage.

    Et le faire en PPP n'apporte encore là aucun avantage. Le privé a une moins bonne cote de crédit, sans oublier qu'il doit se faire un profit....

    Dans le fond, à mort le(s) "supers" hopitaux.

  • Gabriel Deschambault
    Inscrit
    samedi 28 juin 2008 14h14
    Ils veulent tous être calife à la place du calife!
    Il y a trop de monde, trop de décideurs, dans ce dossier!

    Récemment je participait à un rallye historique pour une école de mon quartier, où je présentais aux écoliers le lieu de fondation de l'hôpital Sainte-Justine. Dans ma petite présentation, je soulignais que l'idée de créer un hôpital avait germée dans la tête du docteur Irma Levasseur en mai 1907 et, avec l'aide de Justine Lacoste-Beaubien pour les considérations matérielles, l'hôpital recevait son premier petit patient en novembre de la même année. SIX MOIS!

    C'est vrai que le premier bébé a passé quelques temps couché dans une valise (selon l'historique publié par l'hôpital Sainte-Justine) mais il était quand même soigné.

    Aujourd'hui, on prends tellement de temps à choisir et décider quel équipement «hyper-super-sophistiqué» l'hôpital devrait acheter, qu'il est déjà désuet lors de la prise de décision.

    Simplicité, efficacité, humilité devraient pourtant faire l'affaire.

  • LeRévoltéTranquille
    Abonné
    samedi 28 juin 2008 15h14
    CHUM et UQAM, même Petite Politique Partisane
    En effet, à comparer l'efficacité des institutions anglophones et leur talent à étouffer leurs dissenssions internes si tant est qu'il y en eût, la gestion libâral provincial actuelle expose ses multiples incapacités dûes au fait tristement avéré que ces deux "blackeyes" administratifs sont directement liés aux nominations partisanes qui font débouler l'incompétence dans la fonction publique provinciale par les effets-domino du "middle-management".

    Les groupes communautaires et autres lobbys de pression font bien de continuer à dénoncer cette incurie partisane et cette débauche de fonds publics qui ne profiteront qu'aux peddleurs de ciment, arborateurs de l'Ordre de la Grande Toge et autres technocrates médico-pharmaceutiques, habituels bienfaiteurs du Parti libâral de la Province Of Qwebec.

    Et ça donne malheureusement une mauvaise réputation imméritée à la compétence de la fonction publique vu la chaîne de commandement biaisée et gangrenée par le politique et le privé.

    Il n'y a pas de meilleur moyen qu'un PPP pour que la PPP finisse de détruire l'édifice pourtant solide de l'État du Québec.

    Dans un ordre d'idées parallèle, comment se fait-il que personne n'ait noté et n'ait fait un quelconque lien sur le fait que le bon Dr Couillard ait demandé à changer de comté l'an dernier un peu AVANT que l'entente avec la clinique Rockland MD, sise dans son tout récent ancien comté, ne soit dévoilée, et que maintenant que les copains de l'administration du CHUM aient foiré sur cette vitale demande de subvention pour ce projet pharaonique, ce même bon Dr Couillard tire sa révérence tout juste avant que cette nouvelle bévue ne soit exposée ?

    C'est ce qui s'appelle avoir l'instinct de survie de la cocquerelle.

    De savoir qui en bénéficiera le plus, du bon Dr Couillard ou du Cheuf Patapoof One-&-A-Half, le temps nous le dira bien assez vite...

  • Claude Stordeur
    Abonné
    samedi 28 juin 2008 15h24
    Il y a toujour une énorme difference
    le poids démographique de la communauté anglophone de Montréal est encore égale à celui de la francophonie pour les gouvernements, alors que dans les faits il y a une énorme différence...

    Quel gifle en plein visage que ces deux super-hôpitaux, égaux en nombre de lit et financement mais un qui sera presque vide et l autre plus que plein...

    A moins de devenir anglophone pour pouvoir se faire soigner.

    Et en plus le CHUM devient le stade olympique moderne, mal placé, mal gérer, en rupture avec les besoins du milieu...

    Merci Mr Charest

  • l poisson
    Inscrit
    samedi 28 juin 2008 18h59
    Ou est donc Mme Helene Desmarais ?
    Presidant depuis peu un obscur comite consultatif sur le PPP du CHUM, Mme Helene Desmarais (partisane du site Outremont) est-elle en train presentement de regler ses vieux comptes avec le Dr Roy (partisan du site finalement retenu) ?

    Le Dr Couillard s<etait tenu debout devant Jean Charest quant au choix de l<emplacement du futur CHUM. Mais face a la puisante ideologue de l<Institut economique de Montreal (IEDM) qui, en fait, cherche a americaniser notre systeme de sante, le Dr Couillard prefere renouer avec sa canne a peche tout en se mettant en reserve de la republique.

    Donner les clefs de la bergerie au loup, c<est ce que l<on fait dans le dossier du CHUM avec Mme Desmarais dont les interets economiques evidents ne semblent pas faire obstacle... presentement. La banque de sang de la Croix-Rouge serait-elle mieux geree par Dracula ?

    Mme Desmarais a-t-elle veritablement a coeur, par exemple, de solutionner les penuries de personnels infirmiers ou medicaux au futur CHUM ?

    Dans <<Effectifs infirmiers: une penurie d<imagination>>, M. Mathieu Laberge de l<IEDM badigeonnait sa prose dans le Devoir du vendredi 27 juin pour essayer de faire croire a une solution simpliste selon un sondage scientique par internet (i.e. n<importe qui pouvait repondre une ou plusieurs fois a ce questionnaire boycotte par au moins une organisation syndicale). Il s<agissait de valider ses premisses de depart et, comme un bon comptable de Nordbourg, l<IEDM y parvient...presque.

    Disponible sur le site de l<IEDM, le document de base de l<economiste Frappier mentionne en page 15: <<l<organisation actuelle oblige les infirmieres a passer pres de la moitie de leur temps a effectuer des taches administratives>>

    M. Laberge en bon relationniste passe cela sous silence pour ne pas faire de peine a Mme Desmarais dont les coleres peuvent etre devastatrices, semble-t-il. Parlez-en au Doc Couillard si vous le croisez cet ete.

  • ethan solal
    Inscrit
    samedi 28 juin 2008 21h02
    C'est génétique...
    Je m'excuse d'avance pour mes amis québécois que je vais blesser... Mais un ane et un mulet ne font pas un cheval de course. Tout ce que les québécois de souche (hi hi hi, de quelle souche exactement?) ratent, les anglophones le réussissent.

    Le CUSM et le CHUM en est la énième preuve flagrante.

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