Simulation du réel aux soins intensifs
Photo : Jacques Nadeau
Ceci n’est pas une simulation de réanimation cardiaque. Plus vraie que vraie, cette scène a été croquée sur le vif alors que des médecins s’affairaient à ramener à la vie une patiente qui venait d’arriver à l’unité de soins intensifs de
Dispensé pour la première fois au Québec, le cours avancé de réanimation ACES (Acute Critical Events Simulation), qui commence aujourd'hui à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, permettra à des médecins de partout au Canada de se familiariser avec la simulation haute-fidélité. Essentiellement pratique, la formation fait appel à un mannequin contrôlé par ordinateur. Question de faire en sorte que ces futurs spécialistes en soins intensifs soient mieux préparés à affronter la réalité.
«Vous voulez sauver une vie?», demande le Dr Philippe Marquis à la journaliste en pointant un défibrillateur relié à un corps en caoutchouc couché sur une table. Le son monocorde et alarmant du moniteur résonne dans la petite pièce. Diagnostic: arrêt cardiaque. Il faut appuyer sur un bouton qui transmettra la charge au patient, en prenant garde de ne pas s'électrocuter. Tout est simulé, pourtant le stress est à son comble.
«C'est émotivement très réaliste. J'ai déjà vu des médecins figer, pleurer, j'en ai même vu se battre», lance le Dr Marquis, intensiviste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, en parlant du cours avancé de réanimation. Le mannequin utilisé dans la simulation peut pousser des cris, respirer et même vomir. Il est relié à un ordinateur qui permet d'en modifier la fréquence cardiaque, la respiration ou produire tout autre effet susceptible d'apparaître chez un patient aux soins intensifs.
Pour le Dr Marquis, l'apport de la simulation haute-fidélité est indéniable. Il permet de former et de préparer les médecins à la «vraie vie». «Le simulateur est un outil pédagogique. Il est important de ne pas créer de situation catastrophe», insiste-t-il. Car sans encadrement, l'exercice devient caduque. «J'ai déjà eu un étudiant qui a attendu un an avant de recommencer l'expérience du simulateur. Il avait mal réagi et s'était senti ridiculisé. C'est un puissant moyen d'apprentissage et non un jouet», souligne le spécialiste en médecine interne affilié au Centre d'apprentissage par simulation en soins aigus transdisciplinaires (CASSAT). «Le débriefing est très important pour intégrer les notions et comprendre pourquoi on a réagi d'une telle façon.»
D'une durée de trois jours, ce cours, qui compte une cinquantaine de participants, s'adresse aux médecins-résidents de partout au Canada souhaitant travailler aux soins intensifs et qui n'ont pas encore commencé leur formation, mais également, et c'est la nouveauté cette année, à des personnes qui ne sont pas médecins, comme des infirmières et des inhalothérapeutes. Axée sur le développement du leadership, la formation visera à développer des compétences pratiques par des ateliers, notamment sur l'intubation et la réanimation cardiaque.
Un métier intense
Devoir poser un diagnostic en quelques secondes, prodiguer rapidement des soins à un patient «qui ne répond plus», rester alerte durant de longues heures le jour ou la nuit n'importe quel jour de l'année... le métier d'intensiviste est exigeant. En constant combat contre la mort, ces médecins de dernière ligne — par opposition aux urgentologues qui sont sur la première ligne — doivent être à toute épreuve. «Il faut être dynamiques et vouloir être dans l'action. On est les Navy SEAL [une unité polyvalente des forces spéciales de nageurs de combat de l'US Navy, NDLR] du domaine médical parce qu'on plonge dans des situations souvent difficiles et qu'on doit faire au meilleur de notre connaissance», soutient le Dr Stéphane Ahern, lui aussi intensiviste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. «C'est extrêmement routinier dans un univers extrêmement non routinier. Un beau paradoxe.»
Pour lui, l'intensité du métier vient aussi du fait qu'il est appelé à côtoyer des familles en crise, auxquelles il doit souvent annoncer le décès d'un proche. «Les patients sont souvent dans le coma, mais les familles, elles, passent par une période de crise», rappelle cet ancien président de la Fédération des médecins-résidents du Québec. «On joue un peu ce rôle d'accompagnateur spirituel dans la mort.»
Vivre avec l'incertitude, devoir tout connaître sans avoir droit à l'erreur. Pour le Dr Marquis, un bon intensiviste doit être capable de voir une situation dans les détails sans perdre la vue d'ensemble. «C'est une énorme responsabilité», reconnaît-il. Selon lui, 95 % de l'apprentissage se fait au contact du patient. La simulation a l'avantage de donner le droit à l'erreur, note le Dr Ahern. «Notre ami mannequin, il peut mourir. Jusqu'à cinq fois dans une journée. Il permet au moins aux résidents d'acquérir des compétences», dit-il.
Plus de ressources
Dans la vraie vie, il arrive bien sûr que des malades ne puissent être sauvés. À l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, c'est le cas de 15 à 30 % des patients internés à l'unité des soins intensifs, estime le Dr Ahern. Le stratégiste Jean Saine se considère, lui, comme un miraculé. En mai 2005, il s'est retrouvé aux soins intensifs pour une septicémie (une infection généralisée du sang) alors qu'il était interné pour une endoscopie. Trente jours aux soins intensifs dont deux semaines entre la vie et la mort. «Je ne suis pas censé être ici aujourd'hui, dit avec émotion celui qui a été à la tête de Saine Marketing. On m'a dit que j'ai pu m'en sortir parce que je voulais être sauvé et que j'étais dans une bonne condition physique. Moi, je dis que c'est parce que les médecins aux soins intensifs étaient d'excellente qualité.» Depuis, un événement-bénéfice en son honneur a permis d'amasser des fonds pour acheter 16 lits à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Longtemps engagé dans la fondation de l'hôpital, notamment comme bénévole pour l'événement Montréal Passion Vin, M. Saine travaille actuellement avec des médecins intensivistes sur un projet de chaire de recherche à l'Université de Montréal qui pourrait voir le jour dans quelques mois. «La recherche clinique, c'est le nerf de la guerre», croit-il.
Le Dr Ahern reconnaît la nécessité de la recherche mais souhaite plus de ressources pour pouvoir avoir accès à des technologies plus avancées, même s'il insiste pour dire que le Québec se tire bien d'affaire par rapport à d'autres provinces. Le spécialiste aimerait voir plus de ressources allouées au recrutement des infirmières, qui redoutent ce travail «exigeant physiquement et émotionnellement». «J'ai plusieurs lits de fermés sur un total de 26. Je ne veux pas être alarmiste, mais quand ça monte à neuf ou dix lits, la simulation et la formation ne sont plus une priorité. L'idéal serait d'avoir plus de ressources pour retenir les infirmières et faire de la formation», conclut-il.
«Vous voulez sauver une vie?», demande le Dr Philippe Marquis à la journaliste en pointant un défibrillateur relié à un corps en caoutchouc couché sur une table. Le son monocorde et alarmant du moniteur résonne dans la petite pièce. Diagnostic: arrêt cardiaque. Il faut appuyer sur un bouton qui transmettra la charge au patient, en prenant garde de ne pas s'électrocuter. Tout est simulé, pourtant le stress est à son comble.
«C'est émotivement très réaliste. J'ai déjà vu des médecins figer, pleurer, j'en ai même vu se battre», lance le Dr Marquis, intensiviste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, en parlant du cours avancé de réanimation. Le mannequin utilisé dans la simulation peut pousser des cris, respirer et même vomir. Il est relié à un ordinateur qui permet d'en modifier la fréquence cardiaque, la respiration ou produire tout autre effet susceptible d'apparaître chez un patient aux soins intensifs.
Pour le Dr Marquis, l'apport de la simulation haute-fidélité est indéniable. Il permet de former et de préparer les médecins à la «vraie vie». «Le simulateur est un outil pédagogique. Il est important de ne pas créer de situation catastrophe», insiste-t-il. Car sans encadrement, l'exercice devient caduque. «J'ai déjà eu un étudiant qui a attendu un an avant de recommencer l'expérience du simulateur. Il avait mal réagi et s'était senti ridiculisé. C'est un puissant moyen d'apprentissage et non un jouet», souligne le spécialiste en médecine interne affilié au Centre d'apprentissage par simulation en soins aigus transdisciplinaires (CASSAT). «Le débriefing est très important pour intégrer les notions et comprendre pourquoi on a réagi d'une telle façon.»
D'une durée de trois jours, ce cours, qui compte une cinquantaine de participants, s'adresse aux médecins-résidents de partout au Canada souhaitant travailler aux soins intensifs et qui n'ont pas encore commencé leur formation, mais également, et c'est la nouveauté cette année, à des personnes qui ne sont pas médecins, comme des infirmières et des inhalothérapeutes. Axée sur le développement du leadership, la formation visera à développer des compétences pratiques par des ateliers, notamment sur l'intubation et la réanimation cardiaque.
Un métier intense
Devoir poser un diagnostic en quelques secondes, prodiguer rapidement des soins à un patient «qui ne répond plus», rester alerte durant de longues heures le jour ou la nuit n'importe quel jour de l'année... le métier d'intensiviste est exigeant. En constant combat contre la mort, ces médecins de dernière ligne — par opposition aux urgentologues qui sont sur la première ligne — doivent être à toute épreuve. «Il faut être dynamiques et vouloir être dans l'action. On est les Navy SEAL [une unité polyvalente des forces spéciales de nageurs de combat de l'US Navy, NDLR] du domaine médical parce qu'on plonge dans des situations souvent difficiles et qu'on doit faire au meilleur de notre connaissance», soutient le Dr Stéphane Ahern, lui aussi intensiviste à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. «C'est extrêmement routinier dans un univers extrêmement non routinier. Un beau paradoxe.»
Pour lui, l'intensité du métier vient aussi du fait qu'il est appelé à côtoyer des familles en crise, auxquelles il doit souvent annoncer le décès d'un proche. «Les patients sont souvent dans le coma, mais les familles, elles, passent par une période de crise», rappelle cet ancien président de la Fédération des médecins-résidents du Québec. «On joue un peu ce rôle d'accompagnateur spirituel dans la mort.»
Vivre avec l'incertitude, devoir tout connaître sans avoir droit à l'erreur. Pour le Dr Marquis, un bon intensiviste doit être capable de voir une situation dans les détails sans perdre la vue d'ensemble. «C'est une énorme responsabilité», reconnaît-il. Selon lui, 95 % de l'apprentissage se fait au contact du patient. La simulation a l'avantage de donner le droit à l'erreur, note le Dr Ahern. «Notre ami mannequin, il peut mourir. Jusqu'à cinq fois dans une journée. Il permet au moins aux résidents d'acquérir des compétences», dit-il.
Plus de ressources
Dans la vraie vie, il arrive bien sûr que des malades ne puissent être sauvés. À l'hôpital Maisonneuve-Rosemont, c'est le cas de 15 à 30 % des patients internés à l'unité des soins intensifs, estime le Dr Ahern. Le stratégiste Jean Saine se considère, lui, comme un miraculé. En mai 2005, il s'est retrouvé aux soins intensifs pour une septicémie (une infection généralisée du sang) alors qu'il était interné pour une endoscopie. Trente jours aux soins intensifs dont deux semaines entre la vie et la mort. «Je ne suis pas censé être ici aujourd'hui, dit avec émotion celui qui a été à la tête de Saine Marketing. On m'a dit que j'ai pu m'en sortir parce que je voulais être sauvé et que j'étais dans une bonne condition physique. Moi, je dis que c'est parce que les médecins aux soins intensifs étaient d'excellente qualité.» Depuis, un événement-bénéfice en son honneur a permis d'amasser des fonds pour acheter 16 lits à l'hôpital Maisonneuve-Rosemont. Longtemps engagé dans la fondation de l'hôpital, notamment comme bénévole pour l'événement Montréal Passion Vin, M. Saine travaille actuellement avec des médecins intensivistes sur un projet de chaire de recherche à l'Université de Montréal qui pourrait voir le jour dans quelques mois. «La recherche clinique, c'est le nerf de la guerre», croit-il.
Le Dr Ahern reconnaît la nécessité de la recherche mais souhaite plus de ressources pour pouvoir avoir accès à des technologies plus avancées, même s'il insiste pour dire que le Québec se tire bien d'affaire par rapport à d'autres provinces. Le spécialiste aimerait voir plus de ressources allouées au recrutement des infirmières, qui redoutent ce travail «exigeant physiquement et émotionnellement». «J'ai plusieurs lits de fermés sur un total de 26. Je ne veux pas être alarmiste, mais quand ça monte à neuf ou dix lits, la simulation et la formation ne sont plus une priorité. L'idéal serait d'avoir plus de ressources pour retenir les infirmières et faire de la formation», conclut-il.
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