jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Alerte au sel

Fabien Deglise   12 juin 2008  Santé
Un petit geste pour l'industrie agroalimentaire, mais un grand pas pour la santé publique. Le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires (ACV) a une nouvelle fois demandé hier aux acteurs de l'alimentation industrielle de réduire considérablement la teneur en sel de leurs produits. Motif? Cette mesure, a rappelé ce groupe d'experts étude en main, devrait permettre aux systèmes de santé canadiens de faire d'importantes économies en prévenant, entre autres, jusqu'à 17 000 ACV chaque année au pays.

Alors que les accidents cérébrovasculaires et les maladies cardiaques sont à l'origine de 75 000 décès annuellement au Canada, le Réseau est catégorique: si les Canadiens réduisaient de 1840 mg leur apport quotidien en sodium, la composante principale du sel qui prédispose à l'hypertension artérielle, 8300 à 17 000 personnes de moins seraient victimes d'un ACV sur une base annuelle. Par ailleurs, l'insuffisance cardiaque reculerait alors de 10 à 25 % et les crises cardiaques fléchiraient de 3 à 7 %.

C'est en tout cas ce qui ressort d'une étude conjointe de l'université Simon Fraser et du Libin Cardiovascular Institute de l'Alberta publiée dans la dernière livraison du Journal canadien de cardiologie et sur laquelle le Réseau canadien contre les accidents cérébrovasculaires a dirigé les projecteurs hier.

Actuellement, les consommateurs s'exposent en moyenne à 3500 mg de sodium par jour alors que la dose maximale a été fixée à 2400 mg par Santé Canada. Toutefois, une consommation dite responsable se situe plutôt entre 1200 et 1500 mg par jour, estiment les auteurs de l'étude.

Issu marginalement de la salière domestique, ce sel ingurgité provient principalement des aliments transformés, comme les plats surgelés ou en conserve, les céréales à déjeuner, les biscuits ou encore les charcuteries et les fromages industriels. Les jeunes hommes, grands amateurs de malbouffe, sont les plus touchés par cette surconsommation de sodium, tout comme d'ailleurs les personnes âgées qui, avec des papilles moins sensibles au sel, doivent en augmenter les quantités pour mieux le goûter.

«Avec le vieillissement de la population, il est aujourd'hui de plus en plus important d'agir pour réduire la consommation de sel», a indiqué hier au Devoir Michel Joffres, chercheur à l'université Simon Fraser et coauteur de l'étude. Le scientifique est également membre du Réseau. «C'est une question de santé publique et de prévention des maladies que nous ne pouvons plus collectivement esquiver.»

L'appel lancé aux fabricants de nourriture industrielle est d'ailleurs universel, a poursuivi M. Joffres, qui estime que le sel dans l'alimentation est en train de devenir une préoccupation mondiale pour les gouvernements, les autorités sanitaires mais, malheureusement, un peu moins pour les industriels. «Il y a de la résistance de leur part, a-t-il indiqué. Ils ont beaucoup de difficulté à réduire la présence de cette substance dans leurs produits.»

Les raisons sont multiples. Le sel est en effet utilisé dans l'univers de la transformation alimentaire pour accroître la durée de conservation d'un produit, qui peut alors rester plus longtemps sur une tablette d'épicerie. De plus, il permet de donner du goût à des choses qui n'en ont pas, mais aussi de masquer des goûts moins agréables qui apparaissent dans les processus industriels de fabrication. «Le goût du sel est aussi très ancré chez les consommateurs, qui détectent facilement des petites réductions, dit le chercheur joint hier au téléphone sur la côte ouest canadienne. Par conséquent, pour des raisons de concurrence et pour ne pas courir le risque de perdre des consommateurs, les fabricants sont moins chauds à l'idée de s'en débarrasser.»

Il n'a pas été possible de parler hier au principal représentant de l'industrie de l'alimentation au Québec, le Conseil québécois de la transformation alimentaire. Ce secteur fait l'objet de vives critiques depuis quelques années en raison de sa main leste lorsque vient le temps de saler ses produits.

Le phénomène a été largement documenté. En octobre 2006, par exemple, une étude internationale conduite par la World Action on Salt and Health (WASH) a révélé que les produits de grandes multinationales étaient plus salés lorsqu'ils étaient vendus au Canada plutôt qu'ailleurs dans le monde. À titre d'exemple, les céréales Just Right de Kelloggs sont 17 fois plus riches en sodium ici qu'en Australie.

Pourtant, dans une étude précédente dont les résultats ont été dévoilés le printemps dernier, le Réseau canadien contre les accidents cardiovasculaires avait révélé qu'une diminution de 50 % de la consommation de sel au pays aurait pour incidence de réduire de 30 % la prévalence de l'hypertension, qui elle-même est un facteur de risque de maladie et de mortalité.

Le jeu en vaut d'ailleurs la chandelle, indiquaient alors les auteurs, puisque ces coupures dans le sel surconsommé s'accompagneraient d'économies directes de 430 millions pour le secteur canadien de la santé. En tenant compte des effets indirects, c'est 1,9 milliard de dollars qui pourraient alors être épargnés chaque année, avaient alors calculé les scientifiques.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Parisien Jaque
    Abonné
    jeudi 12 juin 2008 06h08
    Cherchez l'erreur
    « «Cette mesure, a rappelé ce groupe d'experts étude en main, devrait permettre aux systèmes de santé canadiens de faire d'importantes économies en prévenant, entre autres, jusqu'à 17 000 ACV chaque année au pays.» Qu'est-ce qui ne marche pas ici? Faire des économies passe avant l'importance de sauver des vies, ne devrait-on pas lire «permettra de sauver des vies tout en économisant»? C'est partout pareil et carrément inacceptable. »

  • Jasette
    Abonné
    jeudi 12 juin 2008 07h32
    La société de demain dont on espère une autre culture, au sens anthropologique.
    « Un petit pas vers la société de demain. Si on faisait la même chose dans le monde du travail. Style, vous êtes stressé parce que vous travaillez trop. Vous travaillez trop, est-ce parce que vous consommez trop; votre salaire est trop bas pour joindre les deux bouts; ou alors, l'ambition vous consume à petit feu? »

  • Louise Charbonneau
    Abonnée
    jeudi 12 juin 2008 08h33
    Substitut au sel de table
    « Bonjour Fabien Deglise ! Connaissez-vous l'assaisonnement HERBAMARE DIÈTE de Vogel, disponible dans les magasins d'aliments naturels, qui ne contient pas de sel, donc de sodium ? Son goût ressemble à s'y méprendre à celui du sel; il est composé d'herbes, de légumes, de varech, de chlorure de potassium et de magnésium. Existent aussi Herbamare original et Herbamare piquant qui eux contiennent du sel de mer. Merci de votre article et bonne journée ! »

  • Yvon Bureau
    Abonné
    jeudi 12 juin 2008 18h56
    Un sommet svp
    « Dès cette année, le MSSS se doit d'inviter à un sommet sur la diminution du sel tous les fabrication des produits alimentaires. Et arriver à une diminution significative progressive pour tout le Québec. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009