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Les jeunes et l'avortement - Nouvelle génération, nouveau comportement

Pauline Gravel   25 janvier 2003  Santé
Les spécialistes proposent diverses stratégies pour faire baisser le nombre d’avortements chez les jeunes.
Photo : Jacques Nadeau
Les spécialistes proposent diverses stratégies pour faire baisser le nombre d’avortements chez les jeunes.
Julie, âgée de 21 ans, est tombée enceinte alors qu'elle poursuivait un programme d'études et vivait une toute nouvelle relation amoureuse sans grand avenir. Elle utilisait pourtant le condom comme moyen contraceptif, mais cette nuit-là, elle n'y a pas eu recours, pensant qu'il n'y avait pas de danger puisqu'elle ne se trouvait pas dans la phase ovulatoire de son cycle.

Julie a le profil type du groupe de femmes présentant le plus haut taux d'avortement. Les jeunes femmes de 18 à 24 ans sont en effet celles qui contribuent le plus à gonfler les statistiques décrivant le phénomène de l'avortement au Québec. Mais pourquoi un nombre aussi élevé de ces jeunes femmes en viennent-elles à se faire avorter? Les spécialistes relèvent plusieurs raisons et proposent diverses stratégies pour faire baisser cette déplorable statistique.

Première constatation: les comportements sexuels des jeunes ont changé au cours des deux dernières décennies, années qui, en l'occurrence, ont été marquées par une forte hausse du taux d'avortement au Québec. L'âge de la première relation sexuelle avec pénétration a aussi baissé. Selon les données de l'Enquête sociale et de santé de 1998, publiée par l'Institut de la statistique du Québec (ISQ), environ 15 % des Québécois âgés de 15 à 19 ans et de 20 à 29 ans ont eu leur premier rapport sexuel avec pénétration avant l'âge de 15 ans, ce qui est plus élevé que dans les autres générations ou groupes d'âge.

«Les filles commencent à être actives sexuellement de plus en plus jeunes, tellement jeunes que les garçons du même âge ne sont pas encore pubères», souligne le Dr Marc Steben, médecin-conseil à la Direction de la santé publique de Montréal-Centre. «Les jeunes filles ont ainsi leurs premières relations sexuelles avec des garçons qui sont beaucoup plus vieux qu'elles et avec lesquels elles n'osent pas discuter de contraception ou refuser d'avoir une relation même si elles n'en ont pas envie.»

Le Dr Marie-Josée Gaudreau, médecin à la Clinique médicale Fémina de Montréal, fait pour sa part remarquer que plus les jeunes filles sont sexuellement actives tôt, moins elles vont se protéger lors de leurs premières relations sexuelles, habitées qu'elles sont par la «pensée magique».

«Un grand nombre de très jeunes filles ont cette pensée magique voulant qu'elles ne peuvent pas tomber enceintes la première fois qu'elles ont une relation sexuelle. Comme s'il fallait faire l'amour un certain nombre de fois pour devenir enceinte!», explique Marc Steben.

«D'autres jeunes filles concluent par contre très rapidement qu'elles sont stériles et que leur partenaire est infertile parce qu'elles ne sont pas devenues enceintes à la suite de leurs premières relations sexuelles. Elles évacuent alors toute préoccupation contraceptive», rapporte Marie-Josée Gaudreau.

Sous l'influence de la drogue et de l'alcool, beaucoup de jeunes filles ont également des relations sexuelles non planifiées et, de ce fait, non protégées. «La plus vieille drogue du viol est l'alcool, ajoute le Dr Steben. Sous l'effet de l'alcool, les jeunes filles peuvent être désinhibées ou tellement saoules qu'elles ne peuvent plus négocier une sexualité sécuritaire.»

La pilule, cette mal-aimée

Les jeunes boudent-ils les contraceptifs pour en arriver si souvent à l'avortement? Oui et non. Le principal problème est qu'ils n'adoptent pas toujours un moyen contraceptif très sûr. Une récente enquête a révélé que l'utilisation du condom est plus répandue chez les générations plus jeunes. Les percutantes campagnes de prévention du sida ont donc porté fruits, mais on se rend compte que «les activités de communication pour l'usage du condom dans le but de prévenir les maladies transmissibles sexuellement (MTS) devraient également souligner l'importance d'une double protection lors des rapports sexuels si on veut aussi éviter une grossesse», signale-t-on dans les commentaires qui accompagnent les données de l'Enquête sociale et de santé 1998 publiée par l'ISQ.

La pilule contraceptive, qui a connu ses heures de gloire à l'époque où les femmes cherchaient à s'émanciper, n'a plus la cote auprès des jeunes filles d'aujourd'hui. Un préjugé négatif et tenace est accolé à cet anovulant oral. On croit, à tort bien sûr, que la pilule fait engraisser. «Ce mythe tient peut-être au fait que la pilule est souvent administrée à de jeunes filles qui n'ont pas terminé leur croissance et, donc, qui n'ont pas fini de grandir et qui n'ont pas atteint leur poids d'adulte, explique Marc Steben. Les jeunes sous-estiment les avantages de la pilule et surestiment ses effets secondaires, pourtant minimes compte tenu des très faibles doses d'hormones qui sont proposées aujourd'hui.» En plus d'être une méthode de contraception très fiable, la pilule réduit l'absentéisme dû aux douleurs menstruelles et diminue le risque d'anémie, de formation de kystes aux ovaires et aux seins, de cancer de l'ovaire et d'arthrite rhumatoïde, fait également remarquer le médecin spécialisé en MTS.

L'éducation sexuelle est déficiente et trop tardive au Québec, soulignent aussi les spécialistes de l'avortement. Les jeunes puisent ainsi leurs modèles parmi les stars de la musique pop, souvent vêtues de façon provocante, ainsi que parmi les vedettes de films pornographiques dans lesquels les femmes sont couramment contraintes et violentées, fait remarquer Marc Steben.

Un oubli...

«On veut préparer les jeunes à la vie économique, mais on oublie que la meilleure façon de les écarter du marché du travail est qu'elles tombent enceintes, s'insurge le médecin. Au Québec, nous n'avons pas de politique de santé sexuelle comme il en existe en Belgique et aux Pays-Bas.»

La Belgique et les Pays-Bas sont justement les pays où les taux d'avortement sont les plus bas au monde. En 1996, on y comptait 0,2 avortement par femme au cours d'une vie, alors qu'au Québec, ce taux s'élevait à 0,57. Dans ces pays européens, l'avortement est libre, gratuit et très facile d'accès, précise Marie-Josée Gaudreau. L'accessibilité n'est donc pas un motif qui permettrait d'expliquer l'accroissement du nombre d'avortements au Québec depuis sa légalisation.

La clé du succès de ces pays européens est de toute évidence une éducation sexuelle précoce, et ce, autant au sein de la famille qu'à l'école dès la maternelle. «Dans ces pays, les condoms sont disponibles au sein des familles et dans les écoles, souligne le Dr Gaudreau. Les infirmières distribuent les moyens de contraception. L'accès facile aux contraceptifs et au counseling contraceptif réduit la culpabilité associée au comportement sexuel. Ainsi, un jeune qui se sent moins coupable d'être sexuellement actif sera beaucoup plus disposé à aller se chercher un contraceptif.»

Les médecins québécois réclament aussi la gratuité totale et une meilleure accessibilité à la «pilule du lendemain», dénommée plus justement «nouvelle contraception d'urgence» ou «plan B». «Ce médicament se prend immédiatement après une relation sexuelle non protégée. S'il est absorbé dans les 24 heures qui suivent le rapport sexuel, son efficacité s'élève à 95 %, alors qu'après cinq jours, celle-ci n'est plus que de 45 %», précise le Dr Édith Guilbert, médecin à l'Institut national de santé publique du Québec.

«La pilule du lendemain constitue une excellente avenue pour prévenir des grossesses non désirées, affirme Marie-Josée Gaudreau. Son accessibilité est toutefois grandement liée aux infirmières en planning, qui sont de moins en moins présentes dans les écoles. Bien que cette contraception d'urgence soit remboursée par l'assurance-médicaments, il faut néanmoins payer la consultation du pharmacien, qui peut s'élever à 45 $. Pour éviter ces coûts, les jeunes doivent obtenir une ordonnance d'un médecin, une démarche qui implique souvent un délai, délai qui compromet l'efficacité de cette contraception d'urgence.»






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