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Système de santé - Un chercheur démonte le « château de cartes »

Claire Harvey   10 mai 2008  Santé
La clinique privée Rockland, à Montréal, un exemple récent de l’extension du secteur privé dans le domaine hospitalier.
Photo : Jacques Nadeau
La clinique privée Rockland, à Montréal, un exemple récent de l’extension du secteur privé dans le domaine hospitalier.
Chercheur au Groupe de recherche interdisciplinaire en santé (GRIS), Damien Contandriopoulos déboulonnera quelques mythes entourant la privatisation du système de santé, à l'occasion du 62e congrès de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui aura lieu du 12 au 17 mai prochain.

La privatisation est souvent présentée comme un remède pour notre système de santé. Ses partisans avancent que nous n'avons plus les moyens de nous offrir un système de santé public. Que celui-ci est trop lourd. Que le vieillissement de la population empirera les choses. Selon eux, le secteur privé réduirait les délais d'attente. Il offrirait aussi de meilleurs soins et à des coûts moins élevés que le système public. Tout cela, c'est de la foutaise, affirme M. Contandriopoulos, également chercheur adjoint au département d'administration de la santé et chercheur à l'Université de Montréal.

«Un vide abyssal.» «Un château de cartes.» «De la pensée magique.» M. Contandriopoulos ne mâche pas ses mots lorsqu'il parle des propos des partisans de la privatisation. Selon lui, il n'y a pas un argument qui tient la route. «Ainsi, on prétend que notre système coûte trop cher. Si on le privatise, les coûts totaux continueront à être défrayés par les Québécois. On n'allégera pas le fardeau public. La seule différence est que les personnes les plus fortunées pourront obtenir des services plus rapidement.»

Il serait également faux de prétendre que les coûts du système de santé sont «hors de contrôle». «Comparativement au produit intérieur brut, les dépenses publiques de santé sont plutôt stables, fait-il observer. Elles occupent plus ou moins 7,5 % du PIB depuis 20 ans. Ce qui a augmenté, c'est la part qu'occupe la santé dans le budget total de l'État, soit environ 43 % maintenant. Cette augmentation s'explique facilement par le fait que l'État coupe dans tous les secteurs sauf en santé.»

Le chercheur dénonce une autre «absurdité». «On demande aux Québécois s'ils sont prêts à payer 100 $ par année pour avoir un médecin de famille. Évidemment, tout le monde le serait. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, où irons-nous le chercher, le médecin?» Il remet aussi en question la pertinence d'imposer un ticket modérateur. «Non seulement celui-ci ne contribue pas à renflouer les coffres de l'État, mais il a aussi des effets néfastes, explique M. Contandriopoulos. Il diminue autant les soins nécessaires que les soins superflus, ce qui se répercute sur les coûts globaux de santé en bout de ligne.»

Une question d'intérêts...

Ouvertement en faveur d'un système de santé public, le chercheur affirme que les études scientifiques arrivent toutes aux mêmes conclusions. «Le système public est le plus efficace, indique-t-il. Il prodigue également des soins de meilleure qualité que le secteur privé.»

Selon lui, il est aussi prouvé que les coûts de la santé sont mieux contrôlés lorsque le système est public.

«Le gouvernement dispose de tous les leviers pour faire face aux groupes de pression. Il peut contrôler les salaires des professionnels et répartir l'offre de services et de soins à travers la province. Il en va de même pour les médicaments et les technologies médicales.»

... et de gros sous

Pourquoi alors vouloir privatiser le système? «Ce n'est pas un débat scientifique ni idéologique, c'est un débat d'intérêts», précise-t-il. Selon lui, les acteurs qui poussent dans cette direction sont nombreux. «Les assureurs, les think tanks de droite comme l'Institut économique de Montréal et certains médias présentent le privé comme la solution miracle parce qu'ils ont intérêt à ce que cela se fasse.»

Le chercheur explique qu'il y a de grosses sommes d'argent en jeu. «Le système de santé québécois coûte 20 milliards de dollars par année. Les assureurs font environ 10 % de profit sur leur chiffre d'affaires. Pour eux, un marché de 20 milliards de dollars représente un profit potentiel de deux milliards de dollars. De leur côté, certains médecins voient dans la privatisation un moyen de gagner le même salaire que leurs homologues américains, soit un million au lieu de 300 000 $ par année.»

La note sera salée

En 2005, l'arrêt Chaoulli a ouvert une brèche importante dans le système public. Dans ce jugement, le tribunal dit que les Québécois peuvent dorénavant souscrire une assurance privée pour payer les soins médicaux privés. Depuis ce jugement, on se demande s'il faut élargir la couverture des régimes privés d'assurance maladie et leur permettre d'assurer les soins déjà couverts par le régime public. Ceux-ci couvriraient les soins prodigués dans des cliniques privées qui se développeraient en parallèle avec le système public.

Les partisans de l'assurance maladie privée avancent qu'on soulagerait ainsi le système public. Que faut-il en penser? «Bon nombre de personnes croient à tort que cela va leur coûter 50 $ d'assurance pour avoir des services auxquels elles n'ont pas accès actuellement, précise M. Contandriopoulos. C'est faux. On se dirige vers un système où cela coûtera des milliers de dollars par année.»

La raison? «Actuellement, les frais de santé d'une personne coûtent en moyenne de 2000 à 3000 $ par année au gouvernement du Québec, explique l'expert. Il faudra donc assumer ces coûts. Pour une famille de quatre personnes, cela représentera 12 000 $ par année.»

Ce n'est pas tout. D'après lui, les coûts du système exploseront. «Si on privatise partiellement, les professionnels seront payés plus cher qu'ils ne le sont actuellement, dit-il. Et il y aura une duplication des services. Chaque hôpital voudra attirer les patients en fonction de son offre technologique. Notre système de santé deviendra l'un des plus coûteux de la planète. Nous rattraperons la Suisse et les États-Unis. Tout cela, il faudra le payer. S'il faut prévoir une protection de base en cas de maladie ou d'hospitalisation, il y aura impact sur les régimes de convention collective et sur la compétitivité des entreprises.»

Sans compter qu'un tel système serait inéquitable. «Les personnes les plus démunies, les personnes âgées et les personnes très malades ne pourront pas être assurées, conclut-il. Enfin, on aggravera également la pénurie de main-d'oeuvre dans le système de santé public, ce qui allongera les délais d'attente des établissements publics.»

De l'avis du chercheur, il n'y a donc rien de bon à espérer de la privatisation du système de santé public. Voilà autant de questions sur lesquelles se pencheront les congressistes de la CSN.

***

Collaboratrice du Devoir






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  • Louis-Olivier Savard
    Inscrit
    samedi 10 mai 2008 09h02
    À lire et à suivre
    « Comme il est souligné dans cet article, ce n'est pas la santé des gens qui motive les tenants de la privatisation mais bien le profit associé à la fourniture de service. Observer ce qui se passe avec l'industrie des médicaments et vous aurez un bref apperçu de ce qui pourra, fort probablement, se passer dans le système médical si privatisation il y a (Explosion des coût pour les usagers --> Explosion des profits pour les pourvoyeurs de produits et services). Ça coût cher satisfaire des actionnaires! »

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 11 mai 2008 10h00
    Anesthésie
    « Sans se liguer publiquement, compagnies d'assurance-santé et corporations médicales travaillent à anesthésier le bon peuple depuis au moins deux décennies. Ce dernier en est venu à croire que les Castonguay, Jérôme-Forget, Charest et autres, veulent laisser ces requins mettre la main sur le système de santé public pour le plus grand bien des citoyens. Je me demande ce qu'ils sont en train de concocter pour têter aussi le système scolaire public. Quelqu'un sait ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Marco Madon
    Abonné
    lundi 12 mai 2008 12h08
    Une idée... Pour alléger le système de santé!
    « Il est primordial de conserver notre régime comme il est actuellement, soit publics. Trouver des solutions de façon drastique, comme aller vers le régime privé n'est pas une bonne solution et cela, tout le monde en est contient, même ceux que les dollars du privé font rêver. Disons simplement, que l'appât du gain fausse leur bon jugement.

    Voilà... Il existe actuellement un type d'assurance qui pourrait bien aider notre régime public. L'assurance en cas de perte d'autonomie. L'assuré reçoit une rente non-imposable s'il est incapable d'effectuer deux activités de la vie quotidienne couvertes. Si le gouvernement donnait un crédit d'impôt pour la souscription de ce plan, je pense que les retombés, même à moyen terme, serait bénéfique pour le financement du régime public. Je m'explique...

    La perte d'autonomie coutent chère au régime public. Ce crédit inciterait les gens à souscrire cette assurance. Le plus grand souhait quand une personne est en perte d'autonomie, est de demeurer le plus longtemps possible à son domicile. Cette prestation permet déjà à certain de ne pas être à la charge du système.

    À titre d'exemple,
    L'une de mes clientes, qui a souscrit le plan «Vie-Autonome de Desjardins Sécurité Financière» reçoit actuellement une prestation non-imposable, mensuelle, qui lui permet de demeurer à son domicile. La dame qui souffre d'arthrose et qui ne peu laver le bas de son corps seul et ne peu mettre des bas ou souliers seul. Sans cette prestation, elle ne pourrait pas demeurer à la maison, ses moyens financiers ne lui permettraient pas de s'offrir de l'aide privé à domicile. Avec cette rente, elle a pu s'offrir d'aller vivre dans une résidence pour gens semi-autonomes. Sans cette prestation, elle serait à la charge de notre système, soit en étant obligé d'être en CHSLD ou encore de recevoir de l'aide à domicile quotidiennement.

    Cette idée, selon moi mérite que l'ont s'y arrête. La prestation de cette rente évite des couts au système. Et si l'ont va plus loin avec cette idée, quand la personne est totalement en perte d'autonomie les couts exploses. La prestation, suite au crédit, deviendrai à déclaration obligatoire. Elle demeurait non imposable mais, si la personne désire ou son état nécessite être en centre public ou privé-conventionné, la prestation servirait à payer plus que les frais d'hébergement mais de même qu'une portion des frais de soins liés. Ou encore, le centre d'hébergement privé de son choix ou de celui de son mandataire. Donc cela laisserait plus d'argents disponibles pour les autres secteurs du système santé.

    Marco Madon
    Conseiller en sécurité financière »

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