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    Le système de santé en France fait la fierté de ses habitants

    3 mai 2008 |Martine Letarte | Santé
    Bête complexe, incontrôlable et lourde de bureaucratie, le système de santé français semble toutefois satisfaire ses habitants. Dans l'Hexagone, on ne connaît presque pas les listes d'attente ni les pénuries de médecins ou d'infirmières et presque tout le monde a accès à des soins complètement gratuits. Très contrôlé, le secteur privé cohabite bien depuis toujours avec le secteur public, mais depuis peu ce dernier est davantage en concurrence avec le secteur privé, ce qui crée de plus en plus de pression.

    La France a un système de santé qui fonctionne bien: telle serait l'évaluation que fait Marie-Pascale Pomey, médecin d'origine française établie au Québec depuis huit ans et professeure au département d'administration de la santé de l'Université de Montréal.

    D'abord, il faut savoir que le système de santé français est complètement différent de celui du Québec. «Si on met de côté les États-Unis, qui ont un système complètement différent, on retrouve deux grandes familles de systèmes de santé dans le monde. Il y a d'abord le modèle anglais, duquel descend le modèle québécois, qui est financé par la taxation de l'État. Il y a aussi le système français, qui descend du modèle bismarckien et qui est financé par les employeurs et les employés», explique d'ailleurs Michèle Saint-Pierre, professeure au département de management de l'université Laval.

    Les caisses de travailleurs

    Ainsi, la très grande majorité des Français ont une couverture médicale en fonction de leur statut professionnel. Par exemple, 80 % de la population est couverte par la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés, alors que les deux autres caisses importantes sont la Mutualité sociale agricole et la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs indépendants et artisans.

    «Ces caisses sont gérées par le patronat et les syndicats d'employés. Grosso modo, les couvertures se ressemblent, tout comme les cotisations à payer, sauf pour les travailleurs autonomes, qui doivent payer la partie de l'employé ainsi que la partie de l'employeur», affirme Marie-Pascale Pomey.

    Et en France, contrairement à ici, il y a un ticket modérateur. «Une personne qui est hospitalisée doit payer une petite partie des frais pour empêcher que des gens abusent du système. Or, l'effet du ticket modérateur est pratiquement annulé par les assurances complémentaires de la très grande majorité des Français, qui le remboursent», explique la Dre Pomey.

    Les couvertures complémentaires

    Mais qu'est-ce que ces assurances complémentaires? Est-ce qu'elles sont accessibles à une grande proportion des Français? En fait, en 2005, plus de 92 % de la population française était couverte par une assurance maladie complémentaire.

    «Les assurances complémentaires, qu'elles soient fournies par des compagnies ou par des mutuelles à but non lucratif, font vraiment partie du système de santé en France. C'est pratiquement un automatisme pour une compagnie d'en offrir à ses employés. Ces assurances couvrent presque tout ce qui n'est pas couvert par l'assurance de base», soutient la Dre Pomey.

    Couverture maladie universelle

    Mais, avec un système qui repose sur le statut professionnel, qu'en est-il des chômeurs et des gens sans emploi?

    «Jusqu'en 2000, les chômeurs et les gens qui recevaient le Revenu minimum d'insertion étaient couverts, mais environ 1 % de la population, qui n'avait personne de couvert dans sa famille et qui ne recevait rien de l'État, n'avait aucune assurance et se retrouvait dans un état épouvantable. Tellement, que Médecins du monde venait s'occuper d'eux! C'était un très grand problème, mais la France l'a réglé en instaurant la Couverture maladie universelle (CMU)», indique Marie-Pascale Pomey.

    En plus d'assurer une couverture de base à 100 % de la population française, la CMU propose une assurance complémentaire aux personnes à faibles revenus. Cette couverture complémentaire gratuite, qui comprend le ticket modérateur, l'hospitalisation sans limitation de durée ainsi que le remboursement dans une certaine limite des frais de prothèse, d'orthodontie et de lunettes, s'adresse toutefois seulement à ceux qui disposent d'un revenu imposable inférieur à un certain plafond, ce qui tout de même laisse de côté les plus démunis.

    «Par exemple, les gens de la rue n'ont pas d'assurance complémentaire, c'est donc pour eux que le ticket modérateur fait mal», remarque la Dre Pomey.

    Cohabitation public-privé

    Enfin, dans le système français, le secteur public cohabite depuis toujours avec le secteur privé. Les assurances complémentaires fournies par les grandes compagnies à but lucratif, par les mutuelles ou par l'État permettent aux gens de se faire soigner dans les hôpitaux publics comme dans les cliniques privées.

    «Il faut dire que le privé en France est très réglementé. Par exemple, les médecins généralistes, à part le petit pourcentage qui est désaffilié, appliquent les tarifs négociés avec l'État. La cohabitation s'est toujours bien passée, mais depuis une dizaine d'années on sent que le privé exerce plus de pression sur le public. On commence à sentir que les médecins sont plus attirés par le privé qui offre de meilleures conditions de travail. Le public se plaint également que le privé fait seulement les interventions les plus lucratives et les cas les plus légers pour s'assurer un maximum de profits, alors qu'il laisse tout le reste au public. Des réformes sont donc nécessaires pour faire diminuer cette pression», affirme Marie-Pascale Pomey.

    Tout de même, actuellement, tous les Français sont couverts par une assurance maladie et ont facilement accès à des soins de qualité. Un rêve devenu réalité?

    «C'est vrai que les Français ne connaissent pas vraiment les listes d'attente et sont généralement très satisfaits de leur système de santé, précise la Dre Pomey. Toutefois, il est évident que les Français ont un système de santé très coûteux, largement au-dessus de leurs moyens. Or aucun ministre de la Santé n'a encore eu le courage de faire les réformes nécessaires pour réduire les coûts. Les Français sont très attachés à leur système de santé et, lorsqu'ils regardent les pays autour d'eux, ils ont peur! Ils ne veulent pas se retrouver comme les Anglais, par exemple!»

    En guise de comparaison, les dépenses totales en matière de santé correspondent à environ 11 % du PIB de la France, contre un peu moins de 10 % au Canada et un peu plus de 8 % au Royaume-Uni.

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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