Votre cancer en vente au coin de la rue
Du biberon au shampooing en passant par la poêle en téflon et la bouteille d'eau haute performance, les composantes toxiques cancérigènes se déclinent presque à l'infini
Photo : Jacques Nadeau
Bon nombre de bouteilles réutilisables comme celle-ci sont faites d’un plastique dur transparent ou coloré appelé polycarbonate, dont une des composantes est un perturbateur endocrinien appelé bisphénol A.
Peut-on magasiner son cancer à l'épicerie ou à la quincaillerie du coin? La formule peut paraître excessive, mais elle n'est pas si folichonne quand on fait la liste des produits cancérigènes qui meublent notre train-train quotidien. Que ce soit dans le biberon du petit dernier, dans l'ordinateur portable de l'aîné ou encore dans le shampooing, la poêle en téflon ou la bouteille d'eau haute performance qui garnissent les armoires des Québécois, les composantes toxiques cancérigènes se déclinent presque à l'infini.
Hier encore, un rapport préliminaire du gouvernement américain est venu jeter un doute sur la sécurité du bisphénol A (BPA), un polycarbonate déjà mis à mal la veille par un comité scientifique de Santé Canada qui recommande de classer cette molécule dans la catégorie des produits dangereux. Présent dans des biberons, des bouteilles d'eau, des boîtes de conserve et même des cuves à vin, le bisphénol A pourrait provoquer «des problèmes hormonaux et neuronaux» importants, écrivent les scientifiques du National Toxicoly Program.
Prudents, ces derniers précisent que d'autres travaux devront être menés pour documenter l'impact complet de bisphénol A sur l'humain. Ce qui n'écarte nullement «la possibilité que ce produit chimique puisse altérer le développement» des enfants et des nouveaux-nés, ajoutent-ils du même souffle. En attendant que leurs scientifiques tranchent la question, Washington comme Ottawa s'en remettent donc au jugement des consommateurs, qui sont pourtant loin d'être outillés pour prendre des décisions éclairées.
Et pour cause. Les cinquante dernières années ont vu l'introduction de dizaines de milliers de substances chimiques apparaître, dont certaines se sont révélées hautement toxiques. Ceci explique-t-il cela? Une personne sur cinq courait le risque de développer un cancer dans sa vie dans les années 1970. En 2010, ce sera une personne sur deux. D'où toute l'attention que reçoivent aujourd'hui les facteurs environnementaux et les substances toxiques.
Cela dit, mis à part l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui tient une liste exhaustive des substances cancérigènes à éviter dans un jargon souvent bien difficile à maîtriser, le consommateur est généralement laissé à lui-même. Avec tout ce que cela suppose d'approximations et de contre-vérités.
Bien peu de gens, en effet, comprennent le jargon technique des industriels. Le bisphénol A, par exemple, s'affiche rarement en toutes lettres. Il se cache plutôt derrière le sigle du recyclage à l'intérieur duquel on retrouve le chiffre 7 ou encore sous le vocable plus générique de polycarbonate. Ça, c'est quand il s'y retrouve, déplore Nalini Vaddapalli, analyste chez Option consommateurs. «Tous les produits utilisés dans les milieux de travail doivent être accompagnés d'une fiche technique complète. Mais cette obligation ne tient plus quand il s'agit des produits destinés à la consommation courante.»
Pour Rose-Ann Cohen, qui a survécu à un cancer du sein, ce laisser-faire est tout à fait inacceptable. «Lutter contre le cancer a été la chose la plus difficile et la plus terrifiante de mon existence. Ce fut un lourd fardeau à porter et il est hors de question que je continue à mettre la vie de ma famille en danger en attendant que le gouvernement et les compagnies négocient des portes de sortie pour toutes ces substances.» La militante au sein d'Action cancer du sein Montréal a fait son choix: elle «n'achètera plus son cancer au coin de la rue».
Un guide pour avertis
Pour ce faire, elle a dû apprendre à séparer le bon grain de l'ivraie. Un vrai travail de moine qui a été repris pour la première fois au Québec par Option consommateurs. L'organisme a en effet annoncé hier la publication d'un guide spécifiquement consacré aux substances cancérigènes. Écrit en collaboration avec la Labour Environnemental Alliance Society, cette publication est un vrai petit bijou de vulgarisation aux visées pratico-pratiques indéniables.
Le guide, d'une cinquantaine de pages, ratisse en effet très large: des pesticides aux produits nettoyants en passant par les aliments, les jouets et une panoplie d'objets courants. Il fait aussi le point sur le téflon et son petit cousin moderne, le PFC, un composé d'alkyle perfluoré. Il revient également sur le plomb, qui a conduit à de nombreux retraits de jouets dans les derniers mois, et sur les phtalates, ces substances très prisées des industriels qui rendent les plastiques plus souples.
«Le problème, c'est que les phtalates sont difficiles à identifier», note Nalini Vaddapalli. On les retrouve pourtant un peu partout, dans les cosmétiques, les produits pour le corps et même dans certains plastiques, notamment dans les jouets sous les acronymes DINP et DEHP. Or les phtalates ont un impact direct sur le système hormonal et reproducteur. En 2003, le Japon les a carrément interdits dans les jouets flexibles pour enfants, suivi deux ans plus tard par l'Union européenne. Santé Canada a plutôt choisi d'imposer à son industrie une concentration maximale de 0,1 %.
Tout cela et bien d'autres informations ont été colligées par Sean Griffin, qui a ainsi voulu redonner un peu de pouvoir aux consommateurs. «Le cancer a toujours fait partie de ma vie. Mon épouse et ma soeur ont toutes deux survécu à un cancer du sein, ma mère en est morte alors que j'étais encore enfant.» Conscient que la lutte ne se fera jamais à armes égales, ce dernier estime toutefois que les gens «ont le droit de savoir ce à quoi ils s'exposent et ce par quoi ils peuvent les substituer.»
Son guide met donc des mots sur des concepts autrement indéchiffrables pour le commun des mortels. Et tous ont été scientifiquement validés, affirme Nalini Vaddapalli. «La plupart des données proviennent directement du Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS, qui fait la recension des produits cancérigènes probables ou reconnus. Nous avons voulu rester loin de la controverse pour nous concentrer sur ce qui fait consensus.»
Mais il ne s'agit là que d'un premier pas, estime l'analyste. «Je pense qu'il faut réclamer plus de transparence de la part des industriels et exiger qu'ils publient leur fiche technique complète.» Ottawa doit aussi sortir de sa léthargie. «Santé Canada considère de plus en plus la pertinence d'évaluer les effets à long terme de certaines substances autorisées. Elle l'a fait pour le bisphénol A et c'est un pas très significatif dans la bonne direction, mais cela ne cache en rien son retard sur les pays européens.»
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Vous pouvez vous procurer le guide (en français) «Diminuer les risques de cancer: guide du consommateur averti» sur le site d'Option consommateurs à www.option-consommateurs.org ou par téléphone au 514 598-7288 ou au 1 888 412-1313.
Hier encore, un rapport préliminaire du gouvernement américain est venu jeter un doute sur la sécurité du bisphénol A (BPA), un polycarbonate déjà mis à mal la veille par un comité scientifique de Santé Canada qui recommande de classer cette molécule dans la catégorie des produits dangereux. Présent dans des biberons, des bouteilles d'eau, des boîtes de conserve et même des cuves à vin, le bisphénol A pourrait provoquer «des problèmes hormonaux et neuronaux» importants, écrivent les scientifiques du National Toxicoly Program.
Prudents, ces derniers précisent que d'autres travaux devront être menés pour documenter l'impact complet de bisphénol A sur l'humain. Ce qui n'écarte nullement «la possibilité que ce produit chimique puisse altérer le développement» des enfants et des nouveaux-nés, ajoutent-ils du même souffle. En attendant que leurs scientifiques tranchent la question, Washington comme Ottawa s'en remettent donc au jugement des consommateurs, qui sont pourtant loin d'être outillés pour prendre des décisions éclairées.
Et pour cause. Les cinquante dernières années ont vu l'introduction de dizaines de milliers de substances chimiques apparaître, dont certaines se sont révélées hautement toxiques. Ceci explique-t-il cela? Une personne sur cinq courait le risque de développer un cancer dans sa vie dans les années 1970. En 2010, ce sera une personne sur deux. D'où toute l'attention que reçoivent aujourd'hui les facteurs environnementaux et les substances toxiques.
Cela dit, mis à part l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui tient une liste exhaustive des substances cancérigènes à éviter dans un jargon souvent bien difficile à maîtriser, le consommateur est généralement laissé à lui-même. Avec tout ce que cela suppose d'approximations et de contre-vérités.
Bien peu de gens, en effet, comprennent le jargon technique des industriels. Le bisphénol A, par exemple, s'affiche rarement en toutes lettres. Il se cache plutôt derrière le sigle du recyclage à l'intérieur duquel on retrouve le chiffre 7 ou encore sous le vocable plus générique de polycarbonate. Ça, c'est quand il s'y retrouve, déplore Nalini Vaddapalli, analyste chez Option consommateurs. «Tous les produits utilisés dans les milieux de travail doivent être accompagnés d'une fiche technique complète. Mais cette obligation ne tient plus quand il s'agit des produits destinés à la consommation courante.»
Pour Rose-Ann Cohen, qui a survécu à un cancer du sein, ce laisser-faire est tout à fait inacceptable. «Lutter contre le cancer a été la chose la plus difficile et la plus terrifiante de mon existence. Ce fut un lourd fardeau à porter et il est hors de question que je continue à mettre la vie de ma famille en danger en attendant que le gouvernement et les compagnies négocient des portes de sortie pour toutes ces substances.» La militante au sein d'Action cancer du sein Montréal a fait son choix: elle «n'achètera plus son cancer au coin de la rue».
Un guide pour avertis
Pour ce faire, elle a dû apprendre à séparer le bon grain de l'ivraie. Un vrai travail de moine qui a été repris pour la première fois au Québec par Option consommateurs. L'organisme a en effet annoncé hier la publication d'un guide spécifiquement consacré aux substances cancérigènes. Écrit en collaboration avec la Labour Environnemental Alliance Society, cette publication est un vrai petit bijou de vulgarisation aux visées pratico-pratiques indéniables.
Le guide, d'une cinquantaine de pages, ratisse en effet très large: des pesticides aux produits nettoyants en passant par les aliments, les jouets et une panoplie d'objets courants. Il fait aussi le point sur le téflon et son petit cousin moderne, le PFC, un composé d'alkyle perfluoré. Il revient également sur le plomb, qui a conduit à de nombreux retraits de jouets dans les derniers mois, et sur les phtalates, ces substances très prisées des industriels qui rendent les plastiques plus souples.
«Le problème, c'est que les phtalates sont difficiles à identifier», note Nalini Vaddapalli. On les retrouve pourtant un peu partout, dans les cosmétiques, les produits pour le corps et même dans certains plastiques, notamment dans les jouets sous les acronymes DINP et DEHP. Or les phtalates ont un impact direct sur le système hormonal et reproducteur. En 2003, le Japon les a carrément interdits dans les jouets flexibles pour enfants, suivi deux ans plus tard par l'Union européenne. Santé Canada a plutôt choisi d'imposer à son industrie une concentration maximale de 0,1 %.
Tout cela et bien d'autres informations ont été colligées par Sean Griffin, qui a ainsi voulu redonner un peu de pouvoir aux consommateurs. «Le cancer a toujours fait partie de ma vie. Mon épouse et ma soeur ont toutes deux survécu à un cancer du sein, ma mère en est morte alors que j'étais encore enfant.» Conscient que la lutte ne se fera jamais à armes égales, ce dernier estime toutefois que les gens «ont le droit de savoir ce à quoi ils s'exposent et ce par quoi ils peuvent les substituer.»
Son guide met donc des mots sur des concepts autrement indéchiffrables pour le commun des mortels. Et tous ont été scientifiquement validés, affirme Nalini Vaddapalli. «La plupart des données proviennent directement du Centre international de recherche sur le cancer de l'OMS, qui fait la recension des produits cancérigènes probables ou reconnus. Nous avons voulu rester loin de la controverse pour nous concentrer sur ce qui fait consensus.»
Mais il ne s'agit là que d'un premier pas, estime l'analyste. «Je pense qu'il faut réclamer plus de transparence de la part des industriels et exiger qu'ils publient leur fiche technique complète.» Ottawa doit aussi sortir de sa léthargie. «Santé Canada considère de plus en plus la pertinence d'évaluer les effets à long terme de certaines substances autorisées. Elle l'a fait pour le bisphénol A et c'est un pas très significatif dans la bonne direction, mais cela ne cache en rien son retard sur les pays européens.»
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Vous pouvez vous procurer le guide (en français) «Diminuer les risques de cancer: guide du consommateur averti» sur le site d'Option consommateurs à www.option-consommateurs.org ou par téléphone au 514 598-7288 ou au 1 888 412-1313.
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