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Les troubles de personnalité limite - De l'automutilation au suicide, la personnalité limite inquiète

Émilie Bilodeau   12 avril 2008  Santé
Photo : Agence France-Presse
Même si 10 % des adolescents souffrent de troubles de «personnalité limite», cette clientèle à tendance suicidaire qui s'inflige coupures, brûlures et coups reste bien peu connue du milieu médical. Dans le cadre de leur conférence annuelle, la division de pédopsychiatrie de l'université McGill et l'Hôpital de Montréal pour enfants ont invité une chercheuse renommée pour démystifier ce qui est aussi appelé borderline personality disorder.

Barbara Stanley, psychologue et scientifique au département de neurosciences de l'Institut psychiatrique de New York et de l'université Columbia, confirme l'urgence de mieux comprendre les personnalités limites. En effet, les trois quarts des patients qui reçoivent ce diagnostic s'automutilent alors que jusqu'à 33 % du total des suicides sont le fait des adolescents atteints de ce type de trouble de la personnalité.

Outre un comportement physique instable, les personnalités limites se caractérisent, selon les médecins, par leurs problèmes émotionnels et par leurs difficultés à créer des liens interpersonnels. «Leurs comportements sont très instables. Ces adolescents tentent de créer des liens d'amitié, mais ça échoue toujours après quelque temps et ils se retrouvent isolés», rapporte Mme Stanley. La dépression, les troubles alimentaires et les problèmes d'anxiété sont souvent associés aux personnalités limites.

Leur donner du soutien est primordial puisque 8,5 % d'entre eux se suicident. Toutefois, ce suivi ne se fait pas sans difficultés: «Je leur parle de leur tentative et ils me répondent aussitôt: "De quoi parlez-vous? C'est arrivé hier. Ça n'arrivera plus jamais!"», confie Mme Stanley.

Autant dans le cas des suicides ratés que dans celui de l'automutilation, ces adolescents cherchent à avoir de l'attention ou à manipuler leur entourage. Ils estiment également qu'ils entament un «nouveau départ» à la suite de leurs actes. «Ils préfèrent subir des douleurs physiques qu'émotionnelles», s'étonne-t-elle.

Les recherches sur les personnalités limites à l'adolescence sont encore peu nombreuses et les médecins n'osent pas tous poser des diagnostics sur des mineurs. «On évite de diagnostiquer des adolescents avec des troubles de la personnalité parce qu'on pense que jusqu'à l'âge de 18 ans, la structure de la personnalité n'est pas encore formée, n'est pas stable», raconte Éric Fombonne, président de la conférence et directeur de l'unité de psychiatrie à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Le trouble de la personnalité limite se retrouve également chez les adultes, mais la prévalence est beaucoup plus forte chez les adolescents. Les chercheurs observent d'ailleurs une hausse du nombre de suicides et de blessures corporelles au sein d'une population de plus en plus jeune. «Il y a plein d'occasions de dérailler pour les jeunes qui ont des vulnérabilités. Les systèmes de soutien qui étaient autrefois en place pour guider les adolescents dans leur trajectoire vers la maturité ont changé. Les familles sont moins disponibles, les mères travaillent davantage et, à l'âge de 18 ans, il y a 50 % des adolescents qui vivent avec un seul parent», explique le Dr Fombonne.

Le psychologue a rencontré des enfants âgés de seulement huit ans qui avaient tenté de s'enlever la vie volontairement. Comme le Québec affiche le plus haut taux de suicide au pays (21 par tranche de 100 000 habitants, comparativement à la moyenne nationale de 14 pour 100 000), les chercheurs insistent pour offrir un bon suivi aux adolescents. Et 75 % des jeunes ayant reçu le diagnostic de «personnalité limite» s'en sortent s'ils reçoivent le soutien nécessaire.






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  • Patrick Lépine
    Inscrit
    samedi 12 avril 2008 12h08
    Ce n'est que l'évolution...
    « Avez-vous déjà imaginé un vieux singe en train d'éduquer un enfant? C'est un peu l'image de ce qui se produit en ce moment...

    Ces troubles ne peuvent trouver d'issues et de résolutions que dans la prise en charge de leurs problèmes par ces mêmes personnes, mais c'est un apprentissage qui peut parfois être long. Conscients après un certain temps, de l'incapacité de ces "vieux singes" à percevoir ce qu'eux voient, où à se sortir à tout le moins de leur état rébarbatif.

    Les évènements du 11 septembre, et leurs conséquences sont une image très forte du désabusement que ces jeunes, à la conscience très aigüe, éprouvent. On se mutilerait à moins, avouez-le!

    Et soyons sérieux, vous confieriez le pilotage de quelque appareil que ce soit à un vieux singe plutôt qu'à n'importe quel jeune être humain normalement constitué? Il est peut-être temps pour les politiciens de cèder le volant... »

  • Robert Labrosse
    Inscrit
    lundi 14 avril 2008 18h22
    Avoir une personnalité borderline n'est pas un drame en soi...
    « Comme le souligne l'article d'Émilie Bilodeau, dans l'article du 12 avril 2008, il est primordial d'offrir du soutien aux personnes aux prises avec un trouble de personnalité limite (TPL).

    Ayant reçu le diagnostic du TPL en 1996, et de suicidaire chronique (ayant fait 14 tentatives de suicide - après avoir utilisé des moyens plus ou moins létaux, dont la dernière tentative remonte en 2003 - ayant été dans le coma et en hypothermie), je sais qu'il n'est pas évident de demander de l'aide.

    Premièrement, il y a l'étape du déni (pour certains), pour ma part, je me sentais mal dans ma peau depuis mon tout jeune âge, mais à l'époque, les appelations « trouble de personnalité limite, borderline, état limite, etc. » n'était pas à la mode.

    J'avais le goût de mourir depuis 1976 (à mes 18 ans)! Les « psy » à l'époque me parlait de dépression, de crise d'adolescence, etc.

    Lorsque j'ai compris de quoi je souffrais (en 2000), j'ai aussi découvert la perception négative de plusieurs soignants face aux personnes qui ont ce diagnostic (qui augmente le désir de s'auto-détruire pour débarasser le plancher).

    Il m'a fallu une grande motivation pour demander de l'aide et faire face aux interminables longueurs d'attente (lorsqu'on est en situation de crise).

    Cela m'a pris aussi beaucoup de tolérance à la détresse, de vigilance et de courage pour persévérer dans ma démarche de demande de soins afin d'identifier un médecin compétent qui ne me jugerait (condamnerait) pas, pour identifier un centre de traitement sur-spécialisé (qui rassurerait ma méfiance excessive qui s'est développé suite à des abus physiques et des abus de confiance de pseudo-thérapeutes que l'on retrouve sur le Net), pour m'investir dans une douloureuse démarche (à froid) pour cesser mes comportements suicidaires et améliorer ma qualité de vie.

    Le Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean de Québec, clinique externe du Centre hospitalier Robert-Giffard, m'a beaucoup aidé en ce sens. Mais cela ne suffisait pas.

    Le sentiment de vide persiste toujours, le goût de mourir aussi (même si je suis en relation de couple qui va très bien). Je ne peux faire appel à la famille pour parler de ma souffrance. Je préfères les épargner considérant que cela (cette pathologie) les dépasses, bien que je me sens supporté à leur façon, par leur amour (je me considère privilégié). Ce qui me sauve surtout, c'est l'entraide!

    Je parviens à accepter radicalement ma souffrance lorsque j'y donne un sens et que je canalise son énergie en alimentant un projet de vie : celui d'aider mes pairs !

    C'est ainsi que j'ai conçu le site personnalitelimite.org, que j'ai été l'instigateur du collectif d'auteur « Trouble de personnalité limite et réadaptation - Points de vue de différents acteurs » publié aux Éditions Ressources, que j'ai été membre fondateur de l'Association québécoise de l'organisation limite de la personnalité (AQOLP), que j'anime un groupe de soutien à Québec et accompagne mes pairs au démarrage de groupes à Montréal et en régions.

    Il n'est pas facile de faire ces choix, étant sur l'aide sociale en raison d'une contrainte à l'emploi. Mais l'entraide (le soutien) est une ressource complémentaire à la thérapie, qui m'a permit d'évoluer, de retrouver un rôle dans cette société où je ne trouve plus de place.

    Depuis 18 ans, je lutte pour « survivre » et j'y parviens. Je parviens même à améliorer ma qualité de vie au quotidien, sans trop attendre après les autres.

    L'AQOLP est jeune, elle regroupe déjà une trentaine de membres de différentes régions sociaux-sanitaires. Le site, qui est à présent géré par l'Association, est très fréquenté en raison de la qualité de son contenu et à son bulletin mensuel (plus de 675 abonnés), et surtout grâce aux partenaires qui nous accompagnent pour assurer la diffusion d'information de qualité, que ce soit pour le collectif d'auteurs, pour un feuillet d'information qui sera prochainement diffusé à la grandeur du Québec, que ce soit pour d'autres projets en développement.

    Pour conclure, je tiens à partager à mes pairs ce message d'espoir :

    « Avoir une personnalité borderline n'est pas un drame en soi...
    ... car après avoir acquis une bonne conscience de ses vulnérabilités, les traits de personnalité d'hier générateurs de difficultés (trouble relationnel, chaos intense, sentiment de vide, rage, etc.) deviennent des générateurs de potentialités (hypersensibilité, passion, authenticité, spontanéité, compassion, etc.). »

    Source :

    Dr Évens Villeneuve
    Professeur agrégé Université Laval
    Président du comité de l'admission au Programme de doctorat en médecine
    Directeur adjoint du département universitaire de psychiatrie
    Chef du Programme de traitement des Troubles sévères de personnalité, Institut universitaire en santé mentale Robert-Giffard
    (Mars 2008)

    Je tiens à remercier Le Devoir de me permettre de transmettre ce témoignage à mes pairs.

    Robert Labrosse, président fondateur de l'AQOLP »

  • Mère Anonyme
    Inscrite
    dimanche 20 avril 2008 08h54
    Réaction d'une mère...
    « Je suis une mère d'un jeune homme de 18 ans qui est atteint du trouble de personnalité limite sévère et dont nous avons eu le diagnostic il y a à peine 2 mois.

    Je suis tout à fait d'accord avec Mme Bilodeau lorsqu'elle dit que leur donner un soutien est primordial surtout en sachant que 75% des jeunes ayant reçu le diagnostic de personnalité limite s'en sortent s'ils reçoivent le soutien nécessaire mais encore faut-il que le diagnostique soit posé.

    Comme le dit Eric Fombonne dans cet article, les médecins spécialistes évitent de diagnostiquer des adolescents avec des troubles de la personnalité parce qu'ils pensent que jusqu'à l'âge de 18 ans, la structure de la personnalité n'est pas encore formée, n'est pas stable.

    Je ne veux pas contredire ou contester ces propos, par contre, cela m'inquiète et me fait réagir.

    À mon sens, pour pouvoir donner un soutien approprié et aidant à ces adolescents, il faut d'abord poser un diagnostic préliminaire permettant d'identifier la problématique potentiel du trouble de personnalité limite. Cela permettrait d'offrir un soutien en attendant que sa personnalité finisse de se construire et qu'il y ait un diagnostic plus précis.

    L'absence de soutien durant la phase de l'adolescence fait en sorte qu'un certains nombres de cas vont empirer et cela met une pression énorme sur les familles qui doivent composer avec la problématique, l'absence de support, de compréhension et de jugements.

    De plus, l'intérêt de poser un diagnostic préliminaire est de pouvoir aider les personnes AVANT que la problématique soit trop lourde et par conséquence diminuer le taux de suicide, de judiciarisassions, l'éclatement des familles, etc... Le cheminement pour les adolescents risque d'être moins difficile et dévastateur en étant pris plus tôt.

    Atttendre l'âge de 18 ans pour poser un diagnostic pose aussi un problème pour les parents qui sont des personnes-clés dans le support à leur adolescent car ils n'ont plus la possibilité d'avoir accès à son dossier médical.

    J'aimerais aussi porter votre attention sur le manque d'information et de formation des personnes travaillant avec les adolescents. Je parle des enseignants et des intervenants de tous les milieux dont les centres jeunesses. Ces personnes devraient avoir la possibilité et les outils nécessaires pour pouvoir détecter les symptômes de TPL pour ensuite pouvoir intervenir adéquatement face à ces adolescents.

    À l'âge de 15 ans, mon fils a fait un séjour de plusieurs mois dans un centre jeunesse. Combien de fois leur ai-je dit que mon fils aurait besoin d'une évaluation psychiatrique car je savais, en tant que mère qui connait son fils depuis la naissance, qu'il avait un problème autre qu'une crise de rébellion dû à l'adolescence? En plus d'essayer de leur expliquer que ce n'est pas aussi mon encadrement trop protecteur qui fait défaut mais qu'il a un problème dont je ne connaissais pas le diagnostic. Les moyens d'interventions d'aide face à un adolescent avec un trouble de personnalité limite sont différents de ceux qui n'en sont pas atteints. J'aurais aimé qu'on tienne compte de mes observations et de ma demande d'évaluation. Nous aurions pu, dès ce moment, apporté une aide appropriée pour mon fils et pour ma part, j'aurais pu être outillée spécifiquement dans mon rôle de mère face à ce TPL.

    Ce manque n'est certainement pas la faute des éducateurs qui font un travail, pour la plupart, remarquable mais c'est plutôt le cadre d'opération, les outils et les possibilités d'interventions du système qui ne sont pas adaptés à cette problématique. Ce qui est positif, c'est que dernièrement, on m'a informé que c'est en voie de le devenir.

    J'en profite pour remercier Robert Labrosse pour son excellent site Web qui contient beaucoup d'information sur le TPL, il est pour moi d'une grande utilité.
    Réf. : http://www.personnalitelimite.org/

    Je tiens aussi à remercier la boussole, un organisme communautaire dédié au soutien des proches de personnes atteintes d'une maladie mentale. Sans leur soutien et leur aide, je me serais sentie encore plus perdue, j'y retrouve l'espoir. Cet organisme est vraiment pour moi une boussole et à mon avis ESSENTIEL. Merci milles fois!
    Réf. : http://www.laboussole.ca/index.html


    Une mère »

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