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Les personnes surendettées paient de leur santé

Louise-Maude Rioux Soucy   21 mars 2008  Santé
Tout bon conseiller budgétaire le sait: le surendettement va de pair avec un nombre croissant de soucis qui minent le moral des plus résistants. Ainsi, 92 % des surendettés se sentent déprimés, contre seulement 14 % au sein de la population.
Photo : Agence France-Presse
Tout bon conseiller budgétaire le sait: le surendettement va de pair avec un nombre croissant de soucis qui minent le moral des plus résistants. Ainsi, 92 % des surendettés se sentent déprimés, contre seulement 14 % au sein de la population.
L'endettement est devenu une seconde nature dans nos sociétés. Poussé à l'extrême, il devient toutefois carrément destructeur, comme le montre une étude fort intéressante publiée cette semaine par le Centre d'intervention budgétaire et sociale de la Mauricie (CIBES). Sa conclusion: les gens happés par la spirale consumériste voient leur santé décliner de façon spectaculaire, un constat qui vaut pour tout le Québec.

Tout bon conseiller budgétaire le sait: le surendettement va de pair avec un nombre croissant de soucis qui minent le moral des plus résistants. Cette cassure n'avait pourtant jamais été scrutée en profondeur. D'où cette longue enquête menée auprès de 35 surendettés, qui aura révélé un véritable gouffre entre la population et les abonnés de la vie à crédit. Par exemple, 92 % des surendettés se sentent déprimés, contre seulement 14 % au sein de la population.

Les surendettés se disent également anxieux dans une proportion frisant les 95 % alors qu'ils ne sont que 18 % à dire de même dans le reste de la population. Le sentiment d'être mal dans sa peau touche 86 % des surendettés, contre 12 % globalement au Québec. «Je m'attendais à des fractures, mais certainement pas de cette ampleur», commente Bertrand Rainville conseiller budgétaire au CIBES, un organisme qui aide les familles à lutter contre l'endettement et les injustices sociales.

Toute cette détresse fait en sorte que ces gens sont handicapés par toutes sortes de symptômes. 85 % ont du mal à dormir, 63 % ont des douleurs lombaires et 61 % souffrent de fatigue chronique. Ajoutons à cela des diagnostics de stress intense (29 %), d'épuisement professionnel (6 %) et de dépression (23 %), sans oublier les idées suicidaires persistantes (47 %), et on obtient le cocktail parfait pour une surmédication. En tout, 12 des 35 personnes interrogées prenaient 17 médicaments de types différents.

Les gens qui vivent ces difficultés voient aussi leur travail littéralement vampirisé. Pas moins de 69 % d'entre eux reconnaissent en effet que leur rendement s'en ressent. La moitié des hommes et 37 % des femmes se sont absentés en raison de leurs problèmes financiers. «Nous savons que la famille et les proches sont touchés par le surendettement, qui est une grande source de conflits, mais nous ne pensions pas que le travail était lui aussi affecté. Les compagnies devraient être plus sensibles à ce problème.»

Dans la moyenne

D'autant qu'il ne s'agit pas ici de gens qui ont d'autres ennuis, que ce soit le jeu, la toxicomanie ou un grave problème de santé. Les personnes interrogées sont des gens dans la moyenne, qui travaillent et qui ont une maison et une voiture, voire davantage. «Le surendettement n'est pas lié à la pauvreté. Pour s'endetter, il faut avoir des revenus. C'est vraiment un phénomène social et on ne peut pas continuer à l'ignorer», croit M. Rainville.

Au CIBES, de 200 à 250 personnes peuvent profiter d'un suivi budgétaire pour se remettre à flot. Or il faudrait pouvoir en accueillir 800 par année au minimum, juge M. Rainville. «Nous négocions avec l'Agence [de la santé et des services sociaux] de la Mauricie pour élargir notre action.» Il faudrait faire de même partout au Québec où les ressources brillent par leur absence, juge le conseiller budgétaire.

M. Rainville plaide aussi en faveur d'une vision plus éthique du prêt chez les institutions financières. Le recouvrement peut en effet envenimer considérablement les choses. «Il arrive un moment où il ne sert plus à rien d'en rajouter, les pressions exercées par les créanciers deviennent même indécentes», conclut le CIBES, qui appelle à plus de souplesse.
 
 
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  • Chryst
    Abonné
    mardi 1 avril 2008 08h53
    Qui paie ses dettes s'enrichit
    Qui traine ses dettes s'appauvrit,pourrait-on dire aussi. Pas surprenant alors les effets néfastes du surendettement sur la santé. Toutes sortes de troubles 5 à 8 fois plus répandus que dans la population en général. De quoi faire réfléchir.

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