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Grand ménage en vue chez les psychothérapeutes

Louise-Maude Rioux Soucy   11 mars 2008  Santé
Ne pourra plus se prétendre psychothérapeute qui veut au Québec. Le gouvernement Charest a en effet déposé un projet de loi qui viendra sonner le glas des consultations bidon, un fléau maintes fois dénoncé sur la place publique. S'il se concrétise, ce grand ménage donnera de nouveaux pouvoirs à l'Ordre des psychologues du Québec (OPQ) qui aura pour mandat de trancher une fois pour toutes entre la bonne pratique et le charlatanisme de ceux qui revendiquent à tort ou à raison le titre de psychothérapeute.

Présentement, rien n'empêche quiconque de pratiquer la psychothérapie. Cette formule élastique fait en sorte qu'il revient en fait au public de séparer le bon grain de l'ivraie. Avec les conséquences que l'on sait, dénonce la présidente de l'OPQ, Rose-Marie Charest. «Actuellement, un psychothérapeute qui n'est membre d'aucun ordre et qui a des relations sexuelles avec un patient a le champ libre, [...] personne ne peut le sanctionner. Idem pour un psychothérapeute qui fait preuve de négligence ou d'abus de pouvoir.»

Les gens qui ont recours à des services de psychothérapie traversent des moments de fragilité qui sont pourtant incompatibles avec le laisser-faire qui a cours présentement, croit Mme Charest. Si jamais la thérapie tourne mal, ces gens n'ont en effet aucun moyen de faire valoir leurs droits. «Je suis devenue présidente de l'ordre il y a neuf ans justement pour régler ce dossier-là. Je trouvais parfaitement effrayant que, dans un domaine aussi sensible que la santé mentale, n'importe qui puisse s'improviser spécialiste.»

Beaucoup des psychothérapeutes visés par cette loi sont les premiers ravis de pouvoir compter sur des balises plus solides. En 1991, un groupe de psychologues et de psychothérapeutes avait même fondé la Société québécoise des psychothérapeutes professionnels (SQPP). Ceux-ci s'étaient alors dotés d'un Code de déontologie clair et de règlements rigoureux destinés à mettre un peu d'ordre dans ce milieu mal balisé. Mais les pouvoirs de la société sont restés limités, et la loi 50 vient en quelque sorte donner un peu de chair à une lutte vieille de plus de 15 ans, soit la protection du public.

Ce projet de loi vient aussi mettre fin à une vieille opposition avec les psychologues et les médecins, qui était à la source de grandes frustrations. «Pendant des années, nous avons eu l'impression d'aller à contre-courant. Aujourd'hui, nous sommes fatigués d'avoir à constamment défendre notre place entre les psychologues et les charlatans», raconte le président de la SQPP, Michel Brais. En tout, sa société compte 80 % de psychothérapeutes dits compétents mais non admissibles à un ordre (PCNA).

L'examen du projet de loi 50 qui reprend demain viendra en quelque sorte normaliser leur pratique. Mais ne sera pas admissible qui veut. Les PCNA devront montrer patte blanche et prouver leurs compétences. L'OPQ délivrera les permis et assurera la surveillance professionnelle de tous ces nouveaux membres. La SQPP ne voit aucun problème à devoir se soumettre aux règles de l'OPQ.

Mais, attention, il ne faudrait toutefois pas y voir une tutelle, prévient M. Brais. «Il s'agit d'un mandat beaucoup plus large qui prendra son sens à travers une structure partagée avec le Conseil consultatif interdisciplinaire et l'Office des professions.» La SCPP estime d'ailleurs que ses membres de même que ceux de la Société canadienne de psychanalyse et de l'Association des psychothérapeutes psychanalytiques du Québec devront jouir d'un droit acquis qui les rendra admissibles d'office à l'obtention d'un permis. Le ministre de la Justice, Jacques Dupuis, s'est montré ouvert à cette idée. «Le règlement sera écrit de telle sorte que cette volonté-là [...] soit respectée», a-t-il laissé entendre jeudi.

Un acte réservé et partagé

Concrètement, la loi 50 propose de partager le titre de psychothérapeute avec plusieurs autres professionnels: les travailleurs sociaux, les conseillers d'orientation, les psychoéducateurs, les infirmières et les ergothérapeutes qui auront les compétences nécessaires pour faire ce travail délicat. Les psychologues et les médecins pourront bien entendu continuer à pratiquer cet art, mais sans être obligés d'utiliser le titre de psychothérapeute pour autant.

Le projet précise de surcroît que ce titre sera réservé de même que toutes les activités qui y sont reliées. Ainsi, il ne sera plus possible pour un psychothérapeute dont la compétence est remise en doute de continuer ses activités sous le couvert d'un autre titre, comme thérapeute en progression par exemple. Il faut donc s'attendre à ce que de nombreux prétendants au titre de psychothérapeute se voient forcés de changer leur carte professionnelle — et leurs pratiques par la même occasion.

Leur nombre est toutefois difficile à évaluer. En 1992, l'Office des professions avait mené une enquête dans le but de recenser les gens qui se présentent comme des psychothérapeutes sans faire partie d'un ordre professionnel. «À l'époque, on avait avancé le chiffre de 4000 personnes, mais cela nous a toujours paru énorme. Je pense que pas plus de 400 à 500 vont réussir à faire reconnaître leurs compétences au bout du compte», estime Michel Brais.

La semaine dernière, certains intervenants se sont inquiétés de voir ainsi disparaître des ressources imparfaites, certes, mais essentielles en ces temps de pénurie. Chaque fois, le ministre Dupuis a balayé leurs craintes du revers de la main. Loin de faire disparaître des ressources, la loi 50 vient élargir l'offre de services en permettant à de nouvelles catégories de professionnels qualifiés de pratiquer la psychothérapie. Et «il y aura des dispositions transitoires qui permettront qu'on évite cet écueil de la rupture de services», a-t-il promis.

La transition promet toutefois d'être longue. Pour l'instant, le ministre envisage une période de rodage de six ans, ce qui paraît beaucoup trop long à de nombreux intervenants. Le Collège des médecins recommande plutôt une période de trois ans, qui, à son sens, suffira largement à tout mettre en place.






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  • Jean-Philippe Vaillancourt
    Abonné
    mardi 11 mars 2008 08h30
    Une interrogation
    « Qu'est-ce qui différencie un médecin d'un psychothérapeute sans formation? Probablement seulement le manque de temps pour l'exercer et la possibilité de charger la psychothérapie avec la carte soleil. Pouvez-vous m'expliquer pourquoi au Québec les médecins ont toujours la main mise sur TOUT et je dis bien TOUT ce qui touche la santé? C'est encore une fois une soumission d'un Ordre professionnel face à la superpuissance que représente le seul et unique Collège du Québec...celui des médecins... »

  • Olivier René
    Inscrit
    mardi 11 mars 2008 08h53
    Un profesionnalisme structurant
    « L'acte thérapeutique semble bien éloigné de la relation d'aide lorsqu'on encadre toute ses composantes et ses intentions. En termes de services (privé en cabinet ou public en établissement) la loi 50 vient offrir une forme de protection aux clients et clientes, leur garantir un service de qualité. Cependant, nombre d'intervenants et d'intervenantes pratiques de la relation d'aide sans attache à un statut professionnel (TS, psy, ergo,...) et sans prétendre non plus au titre de psychothérapeute. Le domaine de la santé mentale est assez large que c'est davantage un rapport humain qui est la base de tout traitement non médical. »

  • Michaël Lessard
    Inscrit
    mardi 11 mars 2008 11h28
    Enfin !
    « Les gens pouvaient trop facilement se faire avoir par ce titre qui sonnait professionnel. Au moins, avec un diplôme pertinent, cela prouve que l'aidant-e a passé par quelques formations, «tests de réalité», etc.

    Après la loi, ces intervenant-es sans formation pourront continuer à faire de la relation d'aide payante je présume, mais sans le titre de psychothérapeute.

    --
    (MA Sc. de l'orientation) »

  • Isabelle Binet-Rochette
    Inscrite
    mardi 11 mars 2008 17h17
    Une démarche essentielle
    « Il s'agit d'un dossier qui m'intéresse particulièrement étant donné que je pratique la psychothérapie comme psychologue. Cette pratique est trop souvent perçue comme nécessitant peu de compétences spécifiques, et le grand public est généralement trop peu informé quand vient le temps de choisir un intervenant. Ceci, sans parler du tabou que représente le fait d'avoir besoin d'aide. J'espère que Le Devoir continuera d'offrir de l'information à propos de l'adoption et de la mise en application concrète de cette loi. »

  • Philippe Bernard
    Inscrit
    mardi 11 mars 2008 18h29
    Quid de l'exigence d'une psychothérapie personnelle préalable pour le psy?
    « Si la réglementation a du sens et que c'est vraiment de la protection du public dont il est question, comment se fait-il que la formation universitaire de psychologue, par exemple, n'exige pas que le futur psychologue ait lui-même fait une propre psychothérapie ou psychanalyse, ne serait-ce que pour mettre à jour ses propres motivations à vouloir aider les autres? Que signifie le silence face à cette question?
    Faudrait-il croire qu'en matière d'aide face à la souffrance psychique, seules les études confèrent la compétence et que les professionnels seraient exempts, au motif qu'ils ont un diplôme, de tous troubles, manque ou souffrance? Devient-on psy parce qu'on est totalement équilibré?
    Peut-être faudrait-il informer le public du constat d'Alice Miller (Alice Miller, (2002), L'avenir du drame de l'enfant doué, Le fil rouge, puf, p21-22). Selon elle, "il y aurait en tout psychothérapeute, une sensibilité, une capacité d'intuition, des «antennes» particulièrement développées qui «indiquent qu'enfant il a été utilisé - sinon abusivement exploité - par des êtres en état de besoin. (...) de fait les besoins inconscients, profondément refoulés, du thérapeute le pousseraient à chercher auprès d'un être plus faible la disponibilité que ne lui ont pas montrée ses parents», transférant ainsi sur la personne qui consulte la situation, restée inconsciente, de sa propre enfance.

    Dès lors, n'est-il pas plus dangereux de se confier à un professionnel qui ignore ses propres manques, blessures voire qui les nie plutôt qu'à un professionnel qui en est conscient? »

  • nicole ouellet
    Inscrite
    mercredi 12 mars 2008 09h13
    monopole médical = monopole psycho...
    « Quelle est donc notre réalité:
    Le Québec obtient la palme du taux de suicide le plus élevé. Les coûts horaires des psychologues sont très onéreux. Les temps d'attente sont interminables.

    Une grande partie de la population n'a pas la bourse pour y avoir accès malgré la détresse, l'anxiété et l'angoisse qui l'opprese.
    Une demande d'écoute attentive est souhaité par plusieurs
    alors, par altruiste, des gens se forment en thérapies diverses pour répondre à cette demande à moindre coût et plus accessible.

    À combien sera le taux de suicide dans 5 ans en vertu de cette loi 50? La responsabilité en incombera aux psychologues qui suivant l'exemple donné par le cartel médical monopolise un titre pour $$$$$$$. »

  • Marc Lorange
    Inscrit
    dimanche 16 mars 2008 12h04
    Un sophisme délirant et des perspectives opportunistes.
    « Cela fait maintenant belle lurette que l'on sait très bien que l'OPQ en est une qui porte cette tendance à sécuriser ses propres membres au lieux de protéger la population en générale - pour laquelle d'ailleurs elle a été créée. C'est donc devant un sophisme éhonté que l'on crois que l'OPQ travaille à améliorer la qualité des services psychothérapeutiques, alors qu'au sein de ses propres membres nous espérons aussi qu'elle supervisera la qualité de ses propres travailleurs. Car, depuis le création de cette ordre professionnelle, admettons qu'il n'y a pas eu beaucoup de tentative à donner l'accès à la population en générale à des soins psychothérapeutiques. De plus, pourriez vous m'expliquer l'argumentaire qui justifie l'exclusion des médecins concernant la loi 50? En quoi, les médecins seraient-ils plus habilités - sans évaluation de l'OPQ - à interventir auprès des personnes plus vulnérables psychologiquement?

    Avoueons-le, il existe effectivement des psychologues diplômés et inscrits à l'OPQ - franchement dangereux pour notre société - contre des aidants naturels vraiment extraordinaires dans la pratique de l'intervention psychosociale. Dite moi une chose, suite à l'application de la loi 50, est-ce que tout le monde oeuvrant dans le domaine de la psychothérapie seront évalué? Et j'entends par là, aussi les membres de l'OPQ? Si oui, je suis d'accord avec la loi et la démarche à venir.

    Sinon, nous nous en faisont passé toute une qui aura des répercussions inquiétantes pour l'avenir et la qualité des services aux personnes en état de vulnérabilité. Soit concernant les tarifs encourues pour de tels services ou en rapport avec l'accessibilité.

    Deux autres questions? Q'arrivera t-il avec les (T.R.A.) thérapeute en relation d'aide et tous les intervenants oeuvrant auprès des organismes communautaires et autonomes du québec? Accepterons t-ils d'être évalué et recommandé ... ou refusé par l'OPQ? Pas sûr de ça, et avec raison.

    Car l'OPQ n'est pas la bonne ressource pour alimenter et influencer une directivité de la loi 50 car elle sera très porté vers l'opportunisme corporative; ce qu'elle fait très bien d'ailleurs en ce moment même car au fond, le vrai sophisme demeure le fait que l'OPQ a besoin d'être reconnue et apprécié de ses membres et que ... tous les autres intervenants qui travaillent dans le domaine de la psychologie sont des ... concurents directs à ces derniers.

    En ce moment, l'OPQ n'a pas besoin de nouveaux membres - surtout lorsque l'on sait que certains d'entre-eux travail à des tarifs de 50$ par consultation par manque de clients, je ne vois donc aucune raison pour laquelle cette dernière encouragerait la venue de nouveaux psychothérapeutes non diplômés dans une faculté de psychologie à part celles où ses propres membres sont issue.

    De toute évidence, le gouvernement a dormi devant un sophisme délirant et des perspectives opportunistes évidents.
    Merci. »

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